L-E MARQUIS ET LE SERRURIER
Quand les explications, échangées sur le terrain, eurent terminé l’affaire, Joseph se retira avec Marie, et la pauvre femme eut encore à essuyer, en chemin, quelques reproches au sujet de son coup de tête. v Cependant, le père.Brontin était resté sur les lieux a veç d’Antonelle et l’officier. Depqis quelques heures, le brave homme ne vivait pour ainsi dire plus. Il avait
assisté presque machinalement à ce duel, et l’idée du danger que courait Joseph l’avait jeté dans une sorte de stupeur. Il connaissait saûlle et n’osait calculer, en cas de malheur, jusqu’où irait son désespoir. Pendant
la courte durée de l’engagement, le vieil ouvrier avait
gardé l’immobilité d'une statue; on eût dit que son cœur avait cessé de battre. Ses poings serrés, ses muscles contractés indiquaient seuls une lutte intérieure et un effort puissant de la volonté. S’il êût obéi à son instinct, il eût fait intervenir dans le débat son poignet d’athlète, et Grisel eût appris à ses dépens ce que valent les armes de la nature. Le point d’honneur domina, chez Brontin, cette disposition violente; il parvint à se vaincre. Mais quand Marie fut venue se jeter entre les combattants, l’émotion prit le dessus; notre Vulcain pleura comme un enfant.
— Oufl s’écria-t-il, ça m’étouffait; à la bonne heure! on peut respirer à présent. Crédié ! quel poids de moins!
Par une réaction naturelle, le père Brontin passa alors d’un excès de tacilurnité à un excès d’expansion. Ce Grisel, que tout à l’heure il eût voulu assommer d’un coup de poing, ne lui parut plus un homme aussi affreux ; il lui tendit la main et la serra cordialement. L’ancien marquis fit surtout sa conquête, et il le lui témoigna par une familiarité dont celui-ci s’amusait beaucoup.
— Une idée, citoyen, dit tout à coup le vieux serrurier.
— Qu’est-ce donc, l’ancien î répliqua Grisel.
— Si nous allions nous refaire quelque part? Le duel m’a porté sur l’estomac.... et vous?
— Au fait, ditd’Antonelle, la proposition a du bon ; je ne recule pas.
— Ni moi non plus, Cyclope, ajouta l'officier.
— Eh bien! écoutez, citoyens, je sais un coin au faubourg Antoine où l’on traite le haricot de mouton comme nulle part ; la cuisine est de con-
science, et la sauce pas allongée, ' ça vous va-t-il?
— Aux oiseaux! vétéran du camp de la Lune, aux oiseaux! dit Grisel.
— Va pour le haricot de mouton, dit d’Antonelle.
— Et vous y boirez, citoyens, un petit Beaugency qui est perlé, je m’en vante, un liquide qui fait honneur au territoire de la république. C’est innocent el
c’est corsé, foi de Brontin.
— Va pour le Beaugency ! dirent les deux interlocuteurs.
On serendit au Faisan (F Or, cabaret situé à l’extrémité du faubourg et presque dans la campagne. Le père Brontin y fut reçu comme un habitué. L’établissement se composait d’une grande -pièce pour le commun des buveurs, d’une tonnelle où étaient disposées de nombreuses tables, enfin de trois ou quatre petits cabinets pour les personnes qui désiraient s’isoler. Du reste, tout cela était fort propre, et la cuisine que l’on traversait ën entrant arinonçaitune maison bien tenue.
Le vieux serrurier voulu! que les choses fussent convenablement faites; il demanda une salle à part et alla inspecter les articles qui devaient composer le menu. I
On se mit à table, et en effet Brontin n’avait rien exagéré. Le haricot de mouton était fortement épicé; on y pouvait distinguer les arômes du girofle et de la cannelle, et le poivre s'emparait du palais de manière à signaler et à faire respecter sa présence; mais, pour le robuste ouvrier, c’étaient là des qualités de plus.
— Bien touché, disait-il à l’hôtesse qui veillait ellemême au service; bien touché, môrePluchonl On voit que vous n’y avez rien épargné, à la ratatouille! Ça ferait revenir de douze pieds sous terre, crédié 1 Parlezmoi de ça, il y a du montant, il y a du ton !
— Toujours flatteur, ce père Brontin , répondait l’hôtesse.
— Non, mère Pluchon, c’est la justice pure qui parle. Le Faisan d'Or est la tête des gargottes 1 Les
épices de X Indre ne coûtent rien dans cette maison. Allez, la mère, vous avez bien mérité du père Brontin ! Je vous enverrai un moellon d’honneur de la Bastille ! C’est toujours ça !
En môme temps il cherchait à entourer de ses bras d’Hercule la taille puissante de la cabaretière, mais l’entreprise offrait des difficultés.
— Allons, galantin, soyez sage, dit l’hôtesse en se dégageant. A votre âge, fi donc l
Pour que le père Brontin se fût livré à un écart qui ne lui était point habituel, il fallait toute l’audace que peut donner le Beaugency. Le vieux serrurier était ordinairement sobre ; mais les événements de la journée l’avaient frappé au cerveau, et le vin avait entretenu cette petite pointe. D’Antonelle et Grisel s’en divertissaient beaucoup, et la conversation était des plus animées. Naturellement, elle inclina vers l’idée fixe du moment, vers le régime des Égaux et la république du bonheur commun. Le capitaine et l’ex-
marquis comptaient parmi les adeptes les plus passionnés et les propagateurs les plus enthousiastes de la doctrine. De la part de d’Antonelle une pareille croyance supposait un désintéressement réel. Opulent propriétaire du Midi, il avait tout à perdre à l’établissement de la communauté : ce régime ne pouvait lui donner ce qu’il devait lui ravir. Une pareille position imprimait plus de poids à ses paroles, et augmentait son influence sur son parti. Grisel, si volontiers insolent, avait pour lui un certain respect, se contenait en sa présènce et faisait trêve à ses rodomontades. Aussi, quand l’entretien s’engagea et prit un caractère de propagande, l’officier s’effaça-t-il pour laisser pérorer l’ ex-marquis :
— Au bonheur commun! au règne de l’égalité, dit ce dernier en élevant son verre.
— Au bonheur commun ! répéta Grisel : il n’y a que les Égaux qui soient des hommes.
— Minute, mon officier, dit alors le père Brontin ;
ne ravalons personne. Je vénère les Égaux, mais je ne mange pas de la chose. Les opinions sont libres ; on n’a pas pris la Bastille pour rien.
— Sans doute, digne ouvrier, les opinions sont libres, dit alors d’Antonelle, en s’emparant de l’entretien, oui, les opinions sont libres, Grisel, et ilfautles respecter toutes, ajouta-t-il, pour calmer les susceptibilités et préparer les esprits à l’effet de sa parole ; les opinions sont libres, citoyens, mais on peut les éclairer; c’est ce que nous cherchons tous de bonne foi.
— Oh ! pour ça, oui, respectable ci-devant, répliqua le serrurier.
— Que veut l’homme ici-bas, reprit d’Antonelle? le bonheur. Où peut-il le trouver? Voilà le problème. L’a-t-il trouvé jusqu’ici? Non. Faut-il le chercher dans une autre combinaison de la société? Oui. Tout ceci me semble indubitable.
Le père Brontin ne répondit rien. Évidemment cette formedogmalique l’intimidait sans le convaincre;
d’Antonelle supposa que, pour agir sur cette nature simple, il fallait procéder par d’autres moyens.
— Qu’est-ce qu’on voit ici-bas, ajouta-t-il? Des riches et des pauvres, des hommes qui regorgent de tout, auprès d'hommes qui manquent du nécessaire. N’est-ce pas contre nature? Moi qui n’ai qu’un estomac, que deux bras, qu’une tête, j’aurais de quoi en nourrir mille ? Pourquoi plus de ressources qu’on n’a de besoins?
— Sans vous contredire, citoyen, m’est avis, répliqua l’ouvrier, que les choses vont là comme elles vont partout. Il y a dans le monde des bossus et des gens qui ne le sont pas, des roux, des blonds, des bruns, des hommes d’esprit et des imbéciles, de grands arbres et des plantes qui rampent. Bref, il n’y a pas sur terre, à ce qu’on dit, ni une feuille, ni un nez qui se ressemblent. Pourquoi voulez-vous que la société soit uniforme quand la nature ne l’est pas ?
— C’est insidieux ce que vous dites-là, père Bron-
tin, mais ce n’est pas concluant. On ne veut pas de l’uniformité, mais de l’égalité. Les hommes ne sont point identiques quant aux formes extérieures, cela est vrai, mais ils ont un grand sentiment qui leur est commun, le désir du bonheur. C’est là-dessus que doit porter l’égalité : il faut que les moyens d’arriver au bonheur soient les mômes pour tous les hommes.
— Merci, répliqua l’ouvrier, comme si chacun n’était pas heureux à sa manière ! Vous allez décréter le bonheur pour tout le monde, et si ce bonheur ne nous convient pas; si j’aime mieux être malheureux à ma façon qu'heureux à la vôtre! Dam ! ça s’est vu. Je me défie du bonheur par ordre.
— C’est que vous ne comprenez pas, Brontin, les délices de l’égalité. Cela viendra, digne ouvrier; nous vous les inculquerons. Figurez-vous un peuple de frères où personne n’a rien à soi, où vous cueillez un fruit sur un arbre sans vous inquiéter à qui est cet arbre, où l’or et l’argent, ces vils métaux, ne servent
plus qu’à faire des plats à barbe, où le boucher donne ses côtelettes, le tailleur ses habits, le boulanger son pain, le jardinier ses légumes , le menuisier ses châssis, le forgeron ses espagnolettes...
— Assez comme ça ! Je m’insurge, ôtez les espagnolettes, et j’accepte le reste. J’accepte les châssis, j’accepte le pain, j’accepte les habits et les côtelettes, je passe môme condamnation sur les plats à barbe; mais les espagnolettes, merci. C’est ma pitance, respectable ci-devant, c’est l’héritage de ma fille.
— Mais, Brontin, Brontin, vous n’aurez plus besoin de tout cela. Je vous comprends, excellent père, vous voulez que votre famille ne manque de rien. Eh bien! votre cœur sera satisfait. La république des Égaux prend l’entretien de tous ses membres à entreprise. Vous lui donnez vos espagnolettes, vos loquets, vos serrures, vos verrous, enfin tous les produits de vos bras et de votre intelligence. Vous vous croyez dépouillé; rassurez- vous. Jamais vous n’avez été plus
MAIIE BRONTIN
riche. La république vous doit le bonheur; elle est responsable à tout jamais de vos besoins. Vous et votre famille, Brontin, votre gendre qui est un si digne garçon, votre fille, cette enfant si dévouée; tout cela est désormais nourri, chauffé, éclairé, coiffé, voituré, logé aux frais de la république. Ils ont tous droit à l’ordinaire des Égaux, au costume des Égaux, à l’appartement des Égaux, votés chaque année par la chambre de l’égalité et du bonheur commun.
— Tout ça est bel et bon, répondit l’ouvrier sans se laisser prendre par le sentiment; le tableau est flatteur; mais raisonnons. Aujourd’hui, quand je travaille, je sais ce que je fais. Si je gagne six francs : bon, c’est tant pour les vivres, tant pour le reste, je fais mou compte en cherchant à tomber juste. Si le travail donne, je me permets quelques douceurs ; s’il se ralentit, je me prive un peu. J’arrive ainsi au bout de l’an, souvent sans épargnes, mais sans dettes. Supposez-moi fainéant, comme je suis laborieux; il faut
que je travaille pourtant; le besoin est là. Sans travail, point de pain; et sur cent ouvriers, citoyen, il y en a cinquante au moins que la faim mène.
— Vous chargez un peu la chose, père Brontin.
— Non, citoyen, c’est le besoin qui mène le monde, croyez-le. Est-ce que vous pensez qu’il soit agréable de se rôtir le visage tout le long du jour devant un feu de forge, de se déhancher en frappant sur une enclume? Supposez-vous que l’ouvrier se livre à eet exercice par plaisir, et qu’il n’aimerait pas mieux aller cueillir, par un beau soleil de printemps, des pâquerettes le long du chemin?
— Qu’est-ce que cela prouve, mon ami?
— Cela prouve que le jour où nous aurons notre pitance assurée, le jour où la république des Égaux nous donnera ce que vous nous promettez en son nom, le logement, le pain, la viande, ce jour-là, mon brave ci-devant, adieu la besogne! On cherchera en vain des mineurs pour piocher dans les mines, des
balayeurs pour nettoyer les rues, des verriers pour souffleries vitres, des plombiers pour faire des tuyaux de descente. Nous serons tous égaux, tous bourgeois et nous nous promènerons en masse, la canne à la main. Voilà ce qui vous pend à l’oreille.
— Vous ne croyez donc pas au dévouement, Brontin, à la bonne foi, à la conscience ! Dans tous les cas, si les travailleurs méconnaissent leurs devoirs, on les réduira par la contrainte. On leur coupera les vivres.
— Juste comme aujourd’hui! Alors, ce n’est pas la peine de changer.
— Chaque métier sera une fonction sociale, une obligation, une dette à la patrie.
— Oui, mais alors que devient l’égalité ! ci-devant. L’égalité serait que toutle monde fît le même métier ! Autrement, s’il y a des métiers plus durs les uns que les autres, et il y en a beaucoup, l’égalité est détruite au profit de ceux-là qui ont les métiers les plus doux, et au préjudice de ceux qui gardent les plus durs.
Vous trouverez peu de forgerons parmi les Égaux, c’est moi qui vous en réponds.
— Mon Dieu! Brontin, vous prenez le système par un détail, vous l’examinez avec des préjugés d’état. Quand tout le monde sera astreint au travail, mon ami, la tâche de chaque homme sera plus légère. S’il est des besognes qui répugnent, on trouvera des machines pour suppléer aux bras humains. L’avenir est long, et la science n’a pas encore dit son dernier mot. Vous ne comprenez pas assez, digne ouvrier, l’avantage qu’il y aurait à créer ici-bas un régime d’harmonie en place de cet ordre social que l’intérét et l’ambition vouent à des discordes éternelles. Voyezvous ce peuple de frères, uniformément vêtu, n’ayant qu’un cœur et qu’une table, buvant à la même coupe, et puisant dans le môme grenier. Le tien et le mien disparaissent : plus de haies, plus de murailles, signes de défiance. Les moutons se confondent dans la prairie, les gerbes dans les champs. Plus de ces ja-
MARIE BROWTIN
lousies qui naissent de la différence des rangs et des fortunes. L’égalité, l’égalité sainte, voilà le code de toute la terre.
— G’est joli, citoyen, mais voilà tout. Écoutez, je ne suis qu’un pauvre ouvrier, mais quand on a traversé la prise de la Bastille et les séances des Jacobins, on a entendu bien des choses. J’en ai tant vu passer depuis cinq ans, que je connais toutes les rengaines. Si je vous parle avec trop de franchise, excusez le Beaugency. Ce diable de petit vin; ça vous pomme, ça vous porte sur la langue. Enfin quoi ! j’ai un peu babillé ; histoire de passer un quart d’heure, sauf votre respect, monsieur le marquis.
— Père Brontin, il n’y a plus de marquis, il n’y a que des Égaux, répondit d’Àntoneile, touché de l’accent et du langage de l’ouvrier.
— L’égalité ou la mort, ajouta Grisel en frisant et relevant ses moustaches.
— L’égalité, mon officier, reprit l’honnéte ouvrier,
vous qui êtes militaire, pouvez-vous en parler ainsi ? Une supposition que vous ayez une armée à lever, de quoi la composerez-vous ? toute de soldats ou toute de généraux. S’il y a des grades, adieu l’égalité ; s’il n’y en a pas, adieu la discipline.
— Les Égaux n’ont pas besoin d’armée ; ils savent se faire respecter sans cela, répondit Grisel.
— A la bonne heure, je n’y tiens pas ! mais n’y aura-t-il pas un gouvernement, une justice, une police, des chambres législatives? Où est l’égalité alors !
— Dans le droit, dit d’Antonelle, qu’ont les citoyens d’être tous traités sur le même pied, sans distinction, sans préférence.
— Ah ! sans préférence ! dans ce cas, à un jour quelconque, toute la France mangera le même plat. Si j’aime le gras, on me servira du maigre, du poisson si je veux du bœuf. Il y a des citoyens qui ne peuvent pas se passer de gilets de flanelle, d’au -
très qui ne peuvent pas les supporter ; il y en a qui usent un habit en trois mois, d’autres qui le font durer une année. Les uns après le dîner se passent le café et le petit verre, d’autres méprisent ce bonheur , ceux-ci fument, ceux-là sont incommodés par l’odeur de la pipe. Où est l’égalité au milieu de tout ce salmigondis?
— Détails! purs détails! mon ami Brontin, vous rapetissez la question !
— Ah ça, et les sixièmes étages, qui les habitera? Faudra donc faire des maisons qui n’aient que des rez-de-chaussée ? Si je monte cent marches pour gagner ma chambre, et que vous n’en montiez que douze, il n’y a pas d’égalité. Si votre plafond est à quinze pieds et le mien à huit, il n’y a pas égalité. Si votre lit est en acajou et le mien en noyer, il n’y a pas égalité; c’est un écheveau qui n’est pas facile à dévider, allez.
— Cela vient, Brontin, de ce que vous ne montez
MARIE BROHTIN
pas sur les hauteurs d’où les inégalités s’effacent. Écoutez une comparaison. Quand vous marchez dans la plaine, les moindres monticules vous paraissent des accidents de terrain fort considérables. Gravissez un sommet élevé, vous êtes fort étonné de ne plus apercevoir devant vous qu’une surface unie. Voilà, mon brave et honnête ami, ce que c’est que le régime de l’égalité. Il demande à être envisagé de haut. Je ne vous dis que cela.
— Au fait, c’est moi qui ai tort, citoyen. Excusez un artisan. Vous êtes des savants, vous autres, vous avez des livres qui vous apprennent tout, tandis que nous, pauvres gens du peuple, nous raisonnons à la bonne franquette, comme ça nous vient.
— Mais père Brontin, sans vous flatter, vous ne vous en tirez pas mal, dit d’Antonelle.
— Il est de fait que le Cyclope pince le raisonnement avec succès, ajouta le militaire. Nom d’une carabine ! comme il te serrait les coudes, d’Antonelle.
MARIE BRONTfN
— Faites pas attention, c’est ce petit Beaugency, dit l’ouvrier; drôle de vin, va ! ça ne manque jamais ! Toutes les fois que nous avons affaire ensemble, j’en sors pommé ! Ah ! tu fais jaser le père Brontin, petit Beaugency ! eh bien ! de quatre mois on ne te verra plus. C’est la mère Pluchon qui payera pour toi.
— Mais non, mon brave homme, il n’y a point de regret à avoir ; les choses se sont passées au mieux.
— Allons donc ! me mettre en bisbille avec des gens d’esprit comme vous, y songez-vous? J’en suis confus, foi de Brontin ! C’est pourtant ce gueux de Beaugency, quia fait cela; le scélérat est bon, mais il est bien traître. On ne m’y repincera plus.
La journée était avancée : les convives se séparèrent. Grisel et d’Antonetle partirent pour le camp de Grenelle, où il s’agissait de pratiquer quelque embauchage parmi les troupes; le père Brontin regagna sa forge, peu habituée à chômer ainsi par un jour ouvrable.