‹ Marie dans le dogme catholique (volume 2)Chapitre 100 sur 154 · Cités par Castelplanio, v. 1, p · texte numérisé non relu

Cités par Castelplanio, v. 1, p

que la chose ne se peut faire, parce qu'il lui semble que sa virginité est intéressée dans cette proposition : tant sa pureté lui est précieuse ! » (Serm. sur la compassion de la S. V.; t. 1v, p. 280, édit. Lefèvre 1836).

Elle lui était si précieuse, que pour mieux la conserver, elle la consacra à Dieu par un vœu formel. Quand tout Israël exaltait le mariage, parce chacun vivait dans le désir anxieux d’avoir parmi ses descendants le Messie, quand, tout au moins, n’avoir pas d'enfant était regardé comme une chose malséante, Marie, illuminée sans aucun doute par l’Esprit-Saint, se proposa de conserver toujours, en l'honneur de Dieu, la fleur de sa virginité. Ce fut un engagement, une obligation formelle qu'elle prit; ce fut un vœu, au sens exact du mot.

Cette affirmation, comme il fallait s’y attendre, ne plait point aux protestants. On connait leur théorie sur le mariage et sur la virginité volontaire. Ils nient que cette dernière, selon l’évangile, l’emporte sur la première. Cette négation est en contradiction flagrante avec les enseignements de saint Paul et de Jésus lui-même. et pourtant les protestants y restent attachés avec une impertubable et, nous devrions dire, une inexplicable franchise. Or cette théorie les a poussés à nier la perpétuelle virginité de la Mère de Jésus ; elle devait à plus forte raison les pousser à nier aussi, et même à tourner en dérision, ce vœu de perpétuelle chasteté, que, selon nous, elle fit. Calvin écrivait : « ce que certains

veulent tirer des paroles de Marie, à savoir: qu’elle ait fait le vœu de perpétuelle virginité, est bien fragile et même absurde. La conclusion en effet en serait qu’elle manque de foi, en se laissant entrer dans le mariage, ou qu’elle aurait, non sans deshonneur pour le Sauveur, méprisé le saint lien conjugal, » (1) car, ajoute-t-il « il n’est pas permis à la femme de faire vœu de continence, de son propre mouvement. »

L’argument est spécieux. Il se réduit à dire : Marie ne fit pas vœu de chasteté avant de s’unir en mariage avec Joseph, car autrement elle n’aurait jamais accepté cetteunion ; elle ne le fit point après avoir contracté mariage, car alors elle n'était plus maîtresse d'elle-même. L’argument est donc spécieux, mais ce caractère ne constitue point la force d’un argument.

Nous affirmons, au contraire et solidement, de Marie, cette gloire d’avoir promis à Dieu, par vœu, de renoncer à toute satisfaction, même légitime, de la nature. Cette affirmation s'appuie, comme sur deux colonnes inébranlables, sur la sainte Ecriture et sur la tradition la plus vénérable de l'Eglise.

Qu'on pense d’abord aux paroles de Marie à

1. « Quod ex ejus (Mariæ) verbis suspicati sunt quidam, perpetuæ virginitatis conceptum habuisse votum, nimis infirmum est, imo prorsus absurdum. Perfide enin passa fuis-

set se marito collocari, sanctumque conjugii foedus, non sine

Dei ludidrio sprevisset. » (Cit. par Petau, De /ncarn., 1. xvI, C. IV.)

l'ange. A cet ange, qui lui avait annoncé sa future maternité divine, elle répond : « comment cela se fera-t-il, car je ne connais point d'homme ? Quomodo fied istud, quoniam virum non cognosco ? » Cette réponse contient une objection à la proposition de l'ange. La difficulté est que Marie ne peut point user des droits conférés par la société conjugale.

C’est une impossibilité perpétuelle, car il eut été

parfaitement ridicule, même sur les lèvres d’une femme inintelligente, de répondre comme le fait Marie, si vraiment elle se sentait tout-à-fait libre

«d’elle-méme. Marie sentait donc en elle-même un

insurmontable obstacle moral à devenir mère, et c’est pourquoi elle parla comme elle le fit. Qu’est-ce à dire, sinon qu’elle avait fait un vœu de perpétuelle virginité ? C’est la conclusion, qu’au nom de la logique, en tirait saint Augustin : « Marie n’au-

rait pas parlé ainsi, si déjà elle n’avait consacré à

Dieu sa virginité par vœu. — {oc profecto non dice- . . . . . . Ù

rel, nisi Deo virginem se ante vovisset. » (De Virg.,

Page 1