IV. Il fut, dès le début, absolu et non conditionnei
On s’est demandé encore si ce vœu fut, dès le début, absolu ou conditionnel. Saint Thomas pense
qu’il était conditionnel. Il adopte l'opinion de ceux qui pensent que, dans l’ancienne loi, l’état de virginité était défendu, au moins pour les femmes ; alors Marie, ne voulant point transgresser la loi, et sentant un très puissant attrait pour la virginité, aurait d’abord fait vœu de virginité, mais à condition qu’il fut agréable au Seigneur. Puis ayant connu davantage la volonté de Dieu, elle lui aurait consacré sa virginité d’une façon absolue.
« Dicendum quod quia videbalur lege prohibitum non dare operam ad relinquendum semen super terram, ideo non simpliciter virginilalem vovit Deigenitrix, sed sub condilione, si Deo placerel ; posiquam autem ei innotuit hoc esse Deo acceptum, absolute vovit aniequam ab Angelo annunliarelur ». (nt p., q. xxvui, art. 4 ad 1).
D'autres auteurs pensent le contraire; ils n’admettent point dans l’ancien testament une prohihition de la virginité. Sans aucun doute, c'était chose rare, mais non pas défendue. En tout cas, si cette défense eut existé dès le début, quand il était nécessaire de faire croître le peuple de Dieu, elle eut cessé d'elle-même, lorsque ce peuple, comme du temps de Marie, était nombreux et florissant. Rien donc n’empêcha Marie de se consacrer à Dieu, dès le début et d’une façon absolue.
Même parmi les plus ardents partisans de saint Thomas, il se trouve des auteurs pour souscrire à cette idée. Billuart ne craint point d'affirmer, avec Serry, que saint Thomas se range parmi ceux qui
soutiennentle voeu conditionnel de la Vierge, uniquement par respect pour un passage qu'il croyait de saint Augustin, alors qu'en réalité il est apocryphe.
Ce passage se trouve chez le Maître des Sentences et chez Gratien, et il est de la teneur suivante :
« Beata Virgo proposuit se servaluram votum virginitalis in corde, sed ipsum votum non expressil in ore. Subjecil se divine dispositioni ; proposuil se perseveraluram virginem nisi Deus aliter ei revelaret. Commillens ergo virginitatem suam divino disposilioni, consensit in carnalem copulam illam non appetendo, sed divine inspiralioni in ulroque obediendo. Poslea vero simul cum viro labiis expressit, et uterque in virginilale permansil. »
Saint Thomas crüt à l’authenticité de cette citation, et personne ne pourrait le lui reprocher, étant donné, pour parler comme Serry, la pénurie de bons manuscrits, en son temps. Et que ce soit ces paroles, crues de saint Augustin, qui aient fait pencher l'opinion du Docteur angélique en faveur du vœu conditionnel, cela est évident, par ce qu’il dit dans le Commentaire au livre des Sentences (1).
Nous croyons devoir retenir, que la Vierge a toujours eu l’irrévocable et absolu dessein de faire à Dieu l'hommage parfait de sa virginité.