‹ Marie dans le dogme catholique (volume 2)Chapitre 108 sur 154 · I. L’assomption de Marie au ciel fut précédée de sa mort · texte numérisé non relu

I. L’assomption de Marie au ciel fut précédée de sa mort

Marie fut soumise certainement à la mort : la loi statutum est hominibus semel mori, eut aussi en elle son fatal accomplissement. Les liens qui unissent l’âme au corps eurent aussi en elle à subir d’inévitables coups, dont ils restèrent brisés, et alors son esprit s'envola libre hors de la chair.

Divers écrivains anciens ont eu la prétention de nous informer des circonstances de la mort de Marie; ils nous disent l’âge qu’elle avait alors, le lieu où fut déposée sa vénérable dépouille, et les honneurs funèbres rendus, surtout par les apôtres, à la chère défunte. Mais ces récits sont souvent contradictoires, puérils, ridicules ; ils sont tous évidemment apocryphes, et ne méritent pas foi. Dans l’Ecriture Sainte et dans les œuvres authentiques des premiers écrivains chrétiens, la mort de Marie est entourée du plus profond et du plus impénétrable silence. C’est en vain que nous demanderions aux hagiographes et aux porte-voix de la tradition ecclésiastique, l’année, le lieu, les circonstances en un mot, dans lesquelles Marie termina son pélerinage terrestre, pour aller s’unir éternellement à son fils, dans la félicité céleste. Mais nous reparlerons de tout cela ailleurs.

Il serait illogique, et l’on arriverait à une conclusion contraire à la vérité, si de ce silence de l’Ecriture et des Pères, on voulait déduire que Marie n’est pas morte. Autre chose sont les circonstances d’une mort, autre chose le fait de cette mort. Sur le premier point, nous ne savons rien par rapport à Marie ; il ne serait point sérieux de douter du second.

De fait pourtant, il y eut et il y a des auteurs qui s’accommodent mal de l’idée de la mort de Marie, et qui doutent de cette mort ou la combattent ouvertement. Une première raison de leur opinion, ils la trouvent dans le silence des Livres Saints et des Pères. Puis ils se confirment dans leur idée, en s'appuyant sur des raisons théologiques dont nous parlerons bientôt.

Le premier à mettre en doute la mort. de Marie fut saint Epiphane (310-403). Il nous fait part de ses incertitudes et de ses doutes, au n° livre contre les hérésies. Là il combat les adversaires de la virginité de Marie, qui se vantaient de trouver un appui dans l’Ecriture parlant des frères de Jésus. Après avoir posé ce principe, que toute la question doit se traiter d’après les données de l’Ecriture, après avoir dit qu’il ne permettra point d'autre argument, le saint docteur lui-même s’en tient à cette méthode. Il réfute les adversaires par ce fait que Jésus confiait sa mère à Jean, ce qu'Il n'aurait pas fait, si Marie avait eu d’autres fils. Arrivé à ce point, Epiphane trouve à propos de faire une di-

gression, et il remarque que Marie ne resta pas toujours avec Jean ; qu’au moins l’Ecriture n’en dit rien, comme elle ne dit rien d’ailleurs de sa mort, dont on pourrait douter. Voici les paroles précises du saint Evêque de Salamine : « Si certains croient. que je suis dans l'erreur, qu'ils scrutent l’Ecriture : ils n’y trouveront ni mention, ni allusion qui servent à affirmer la mort de Marie, ou qui indiquent simplement si elle est morte ou non, si elle fut ensevelie ou non. — Querant vesligia Scriplurarum, el invenirent ulique, neque morlem Marie, neque an morlua sit, neque an sepulla sil, an non sepulta. » Epiphane continue : « Et ainsi, en aucun passage, nous ne lisons que Jean ait pris Marie avec lui dans. son voyage en Asie Mineure. L’Ecriture garde le silence, pour ne point nous remplir de stupeur, par d’extraordinaires merveilles. Pour moi je n’ose plus parler, et tout en ayant mon opinion, je conserve aussi le silence. » Et encore: « bien qu’incapables d’affirmer la mort de Marie, peut-être pouvons-nous trouver dans l’Ecriture quelque allusion à cette mort. D'un côté nous avons Siméon qui dit de Marie : un glaive lranspercera ton dàme, pour que soient manifestées les pensées de beaucoup ; d’autre part saint Jean nous dit, dans l’apocalypse, que le dragon poursuil la femme qui avail mis au monde un fils, mais des ailes d’aigle lui furent données, et elle vola vers le désert, où elle fut nourrie loin du serpent. Tout ceci peut bien s'être vérifié en Marie. Pour moi, je ne veux point décider et affirmer

qu’elle soit demeurée immortelle, mais je n’affirme pas non plus qu’elle soit morte. — Non omnino definio hoc, et non dico quod immortalis mansit; sed neque affirmo an morlua sil. — L’Ecriture Sainte, qui surpasse tout entendement humain, a voulu laisser en suspens la question, craignant de nous faire soupconner les bassesses et les hontes de la chair en un vase si vénérable et si pur. Nous ne savons donc pas si elle est morte, ni si elle fut ensevelie ; ce qui est certain, cest que sa virginité ne fut jamais souillée. Æxcedil enim Seriplura mentem humanam, el in suspenso relinquit propter vas preliosum el excellenlissimum, ul ne quis ad suspicionem venial carnalium de ipsa rerum. Sive igilur morlua est, non novimus, sive sepulla est, non copulala fuit carni : absit. » (Haer 78).

Tel est le passage fameux de saint Epiphane, passage que tous n'interprètent pas de la même façon. Certains découvrent, en saint Epiphane, à travers ces paroles, une conviction certaine de l’immortalité de Marie, que cependant il n’exprime point d’une manière absolue, par le fait seul que, dans la controverse avec ses adversaires, il s’est obligé à ne rien soutenir qui ne fut évidemment appuyé sur l’Ecriture. Au contraire dans les Saints Livres, il ne voit qu’une allusion à l’immortalité de la Vierge, et par suite lui-même se borne à en parler discrètement. Il a toutefois fixé en son esprit que la femme qui réussit à fuir la persécution du démon est Marie, qui demeure immortelle. D’autres

au contraire, pour éviter de se heurter contre l’autorité d’Epiphane, ont cherché, par une exégèse subtile et ingénieuse, à montrer dans ces paroles un simple argument ad hominem, contre les antidicomarianites. Ceux-ci disaient : Marie ne fut pas toujours vierge, parce que l’Ecriture parle des frères de Jésus. Non, répond Epiphane, vous vous trompez, les frères de Jésus ne sont point les fils de Marie, car il eut été inutile de la confier à Jean. De plus l’Ecriture ne nous parle pas de la mort de Marie: beaucoup moins pourrait-elle nous parler de son manque d'’intégrité.

Laquelle des deux opinions retrace la vraie pensée d’Epiphane? nous n’oserions le dire avec assurance: mais de ses paroles que nous avons rapportées, il nous paraît difficile de penser qu’Epiphane ne fut point pour l’immortalité de la grande Femme.

Quoiqu'il en soit, Epiphane serait non seulement le premier, mais le seul parmi les anciens écrivains, qui aurait enseigné l’immortalité de Marie. Nous savons les efforts tentés pour unir à saint Epiphane dans cette opinion, saint Ambroise et saint Isidore d'Espagne. Mais saint Ambroise commentant les paroles de Siméon, et {uam ipsius animam pertransibit gladius, écrit : « Ni l’Ecriture, ni l’histoire ne nous enseigne que Marie ait terminé sa vie par une mort violente. Le prophète parle d’une épée qui devait transpercer non le corps mais l’âme ; il ne s’agit donc point d’épée matérielle. » (1).

1. « Et tuam ipsius animam pertransibit gladius. Nec littera,

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