‹ Marie dans le dogme catholique (volume 2)Chapitre 109 sur 154 · VEN · texte numérisé non relu

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Et saint Isidore écrit à son tour : «il y en a qui affirment que Marie a été ravie à l’existence violemment et qu’elle a été tuée ; ils s'appuient sur la prophétie de Siméon qui, tenant entre ses bras Jésus, dit à Marie : le glaive transpercera ton âme. Mais il est incertain s’il parlait de l’épée matérielle, ou bien de la parole de Dieu, plus aigüe qu'une épée tranchante. Avant tout nous faisons observer qu’aucun document historique ne nous atteste sa mort violente : en aucun passage, on ne lit qu'elle soit morte, et nulle part on ne peut trouver sa sépulture » (1).

Le lecteur, libre de tout préjugé, comprend tout de suite qu'ici nous sommes loin de l’affirmation de l’immortalité de Marie : on constate simplement le: profond silence qui enveloppe sa mort et sa tombe.

Au contraire, l’idée de l’exemption de la mort

‘en Marie trouve de plus nombreux partisans dans

les temps modernes. Benoît XIV, dans son livre

nec historia docet ex hac vita Mariam corporalis necis passione migrasse. Non enim anima sed corpus materiali gladio transverberatur. » (Lib. 2 in Luc., c. II).

1. « Mariam quidam corporalis necis passione adserunt ab hac vita migrasse, pro eo quod justus Simeon complectens brachiis suis Christum prophetaverit dicens : El tuam ipsius animam pertransibit gladius. Quod quidem incertum est, utrum pro martyrii gladio dixerit, an pro verbo Dei valido et aucto pre omni gladio ancipiti. Specialiter tamen nulla docet historia Mariam gladii animadyersione peremptam, quia nec obitus ejus, uspiam legitur dum tamen nec reperiatur sepultura. » (De Vita et morte sanct., m. 68).

De festis, parlant de l’Assomption de Marie, rappelle qu’un peu avant lui, certains niaient obstinément la mort de la Vierge. Ali ulterius (quam Epiphanius) progressi obfirmate negant, beatam Virginem mortuam. Il ne lesnomme pas toutefois, et pour de plus amples détails, il renvoie à l’œuvre de Francois Macedo De:clavibus:Petri,t. ru, p-ar, sec.Aur.

Dernièrement écrivirent, pour nier la mort de Marie, Guastalla y Schiuvenlier, Joseph-Antoine Verdia, des Mineurs Conventuels, évêque de Cariati, et surtout Mgr Arnaldi de Gênes. Ce dernier, pour prouver que Marie n’est pas morte, écrivit un livre édité à Milan, en 1879, sous le titre : Super lransilu B. Marie Deiparæ expertis omni labe culpa originalis dubia proposita.

Le très docte théologien, ainsi parle le P. Carlo: Bertani di Rho, (1) ne se dissimule pas les difficultés qu'il rencontrera, les objections qui lui seront faites, a priori : « ignorez-vous que la mort de Marie est attestée par de vraies traditions ? ignorezvous que la mort de Marie est une vérité enseignée par l’Eglise ? que personne ne fut jamais exempt de cette loi de mort qui suit le péché ? que si Jésus est mort, Marie devait donc mourir aussi ? et puis est-ce que ce sont des choses à traiter in tanta desperalione rerum religiosarum ? Ce sont des questions trop périlleuses. Mais après s'être rendu compte des difficultés, Arnaldi promet de chercher à répondre

1. Osservazioni critiche sul’ opera di Monsignor Dom. Arnaldi : Super transilu, elc., Milano, 1880.

à ces cinq accusations, par cinq livres, qui prouveront: 1° Que les traditions dites {rès vraies sur la mort de Marie, sont au contraire très fausses ; 2° Qu'il n’est pas vrai que l'Eglise enseigne que Marie soit morte; 3° Qu'il est faux qu'il n’y ait point d’exemption du commun décret de mort; 4° Que, de la mort de Jésus, on ne peut conclure que sa sainte Mère dùt aussi mourir; 5° Que traiter une telle question ne peut causer aucun dommage à la foi. »

Le professeur J. Pennacchi de Rome fut convaincu par la thèse de Mgr Arnaldi ; il s’en fit l’ardent défenseur aux Ecoles de la Propagande, où il enseignait l’histoire écclésiastique. J'ai encore présent à l'esprit les leçons qu'il donnait il y a douze ans, comme si je les avais entendues hier. Je ne crois pas qu'on puisse soutenir l’immortalité de Marie, mieux que ne le faisait le professeur Pennacchi. Par l'autorité de son éloquence, par la subtilité de sa dialectique,- par son érudition historique non ordinaire, ils’efforça de donner à cette thèse toute la fascination ettout l'attrait dont elleestsusceptible. Grande fut l'impression sur ses disciples ; il ne les convainquit point tous, non; mais il en enthousiasma plusieurs, et fit naître le doute et la perplexité chez la plupart.

Je dirai franchement que j’ai ressenti de la peine, j'eus la sensation que produit la perte d'une chose chère, lorsque j'ai dù me convaincre que l’idée de l’immortalité de Marie est plus attrayante que so-

lide, plus spécieuse que vraie. Bien qu’à première vue, il paraisse conforme à l’immense respect que nous devons à Marie, de dire qu'elle ne fut jamais humiliée sous les coups de la mort, en réalité cette idée va et se brise même, contre l’évidente affirmation de l'Eglise. Quoiqu’on puisse prétendre, l'Eglise enseigne, par la voix solennelle de la liturgie, que Marie mourut. A la voix de l'Eglise, il est nécessaire que se taise toute autre voix discordante, serait-ce celle d'hommes illustres en savoir et en piété. Pour se convaincre que dans la liturgie de l'Eglise, la mort de Marie est affirmée, il n’y a qu’à jeter sur elle un rapide regard. Voici par exemple ce qu'on lit dans la Secrèle de la messe de l’Assomption : « Subveniat, Domine, plebi tuo Dei Genitricis oralio, quam etsi pro condilione carnis migrasse cognoscimus, in coelesti gloria apud te pro nobis intercedere sentiamus. » Et dans les lecons du Bréviaire, l'Eglise nous fait réciter un passage de S. Jean Damascène où, entre autres choses, il est dit : « Ex qua enim omnibus vera vila manavit, quomodo illa morlem gustarel ? Sed cedit legi lato ab eo quem genuil : el ul filia veleris Adam, velerem sententiam subil (nam el ejus Filius, quis est vila ipsa eam non recusavit) : ut autem Dei vivenlis Mater, ad illum ipsum digne assumitur ? » L’attestation de la mort de Marie n’est point de date récente, dans la liturgie : elle remonte à la plus vénérable antiquité. En nous restreignant à la liturgie latine, nous la trouvons mentionnée dans les Sacramentaires de saint

Grégoire et de Gélase. Du reste, comme cela résultera des témoignages cités dans la suite, l'Eglise autrefois, au moins dans beaucoup de lieux, avait coutume de célébrer deux fêtes distinctes, l'une pour rappeler l’Assomption de Marie, l’autre pour rappeler sa bienheureuse mort; et celle-ci était appelée précisément Dormilio, pausatio beate Marie Virginis.

En face de cette solennelle affirmation de l'Eglise, l'opinion contraire doit nécessairement perdre toute consistance, elle ne peut servir qu’à manifester le zèle de ses partisans pour la gloire de Marie, mais on sait que toute sorte de zèle n’est pas louable. Marie est d'une gloire si grande et si sublime, qu'elle n’a nullement besoin, pour son exaltation, de nos suppositions imaginaires. La seule autorité de saint Epiphane, pour si grande qu’elle soit, ne suffit pas à diminuer le poids de l’affirmation contraire, jaillissant du sentiment commun de l'Eglise.

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