‹ Marie dans le dogme catholique (volume 2)Chapitre 112 sur 154 · Cité par Janucci · texte numérisé non relu

Cité par Janucci

Ainsi parlent les partisans de l’immortalité de la Vierge : mais dans leur raisonnement le grand point faible saute aux yeux, le point par où ils tombent dans un sophisme évident. L’équivoque nait de ce qu’ils considèrent la mort sous un seul aspect, sous un point de vuesecondaire, ils la regardent en effet, comme une peine du péché, alors qu’en outre on peut et doit la considérer, comme la conséquence nécessaire d’une nature complexe, composée d'éléments divers, luttant l’un contre l’autre, et amenant le tout à une plus ou moins lointaine décomposition. De fait, Adam devint sujet de la mort en suite du péché, et l'Ecriture a raison de dire que la mort est le châtiment de la faute: mais, d'autre part, il est de foi qu’il serait mort, s’il eut été laissé dans le simple état de nature et y fut toujours resté fidèle à Dieu. L'immortalité concédée pour un temps à nos premiers parents, n’était point un fruit spontané de la nature, mais un privilège extraordinaire de la grâce. Et par suite, la mort, de simple nécessité de nature qu’elle était d’abord, devint en outre la juste punition de la faute.

Or, en Marie, la mort ne revêtit point la formalité et le caractère de peine ; elle demeura simplement comme un défaut naturel. Ce qui n'empêche point de pouvoir dire que Marie mourut, elle aussi, à cause du péché d'Adam. en ce sens que sans ce péché aucune créature humaine n’aurait eu à subir de nouveau ces maux naturels, contre lesquels l’état de justice originelle, par le don d’intégrité,

nous avait préparé un remède très efficace. Sans la faute originelle, personne n’eut connu la mort, et Marie si elle eut existé, eut été immortelle au même titre que les autres. Or maintenant tous meurent, mais entre la mort de Marie et celle des autres, il y a une diffèrence énorme : les autres meurent parce que pécheurs ; le péché déchaîne en eux les éléments dissolvants et délétères. Marie au contraire ne meurt point à cause du péché ; elle ne meurt que parce que Dieu n’a point voulu qu’en elle la grâce fut nécessairement la cause de l’immortalité. En d'autres termes, Dieu s’il avait voulu aurait pu placer Marie dans des conditions identiques à celles d’Adam, et alors elle eut été immortelle. Il ne l’a pas voulu : pour les raisons ci-dessus indiquées, il crut bon de ne point lui donner avec la justice originelle, tous les dons que celle-ci comportait dans le premier homme, et par suite il la laissa sujette à la mort. Que peut-on raisonnablement opposer à ces dispositions souveraines de la divine Providence, qui voulut en toute chose assimiler la Mère au Fils ?

Par là nous ne voulons point dire que Marie à l’égal de Jésus, fut soumise à la nécessité de la mort. Saint Thomas, dans la 3° partie de la Somme, se pose explicitement la question de savoir si Jésus se soumit librement aux douleurs et aux défauts naturels, ou s’il dùt les subir malgré Lui, après avoir librement décrété, dans sa divine volonté, de se faire homme. Le docteur angélique pose la ques-

tion en ces termes : Utrum Christus necessilalem defeclibus subjacendi assumpseril ? (ii p,, q. xiv, art. 2). Il résoud la question affirmativement : Jésus fut soumis nécessairement à ces défauts, car il les subit malgré sa volonté naturelle, qui voudrait se dérober à la mort et aux autres misères temporelles. « Secundum hanc necessilalem, qua consequitur materiam, corpus Christi subjectum fuit necessilali mortis et aliorum hujusmodi defectuum, quia beneplacilo divino volunlalis carni Christi permiltebalur agere el pati qua propria. » En cela saint Thomas n’est qne l’écho fidèle de saint Augustin, dont la sentence suivante est devenue célèbre, à savoir : si Jésus avait été épargné par la haine des Juifs, il fut mort sous le poids des années : « Sed quia erat in eo simililudo carnis peccali mulationes œlalum perpeti voluil, ab ipsa exorsus infantia ut ad mortem videatur etiam senescendo illa caro poluisse pervenire, nisi juvenis fuissel occisus ; quo lamen mors in carne peccali inobedienlie debita redditur, in similitudine autem carnis peccali obedientiæ volunlate suseepla est (1).»

Or, comme Jésus, étant donnée sa nature humaine, fut nécessairement mortel bien que sans péché, ainsi en fut-il de Marie. La mort pour elle fut une inéluctable nécessité. Et par là, nous nous détachons de ces théologiens, parmi lesquels quelques-uns sont éminents, qui, tout en soutenant le fait de la mort de la Vierge, enseignent qu’elle

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