Cfr. Suarez, disp. xxr, sect. 1, dub
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chose de semblable en Marie, et c’est pour cela qu'elle mourut.
Mais nous préférons céder la parole à saint François de Sales. Voici commment le saint évêque de Genève traite du passage de Marie de cette vie en l'éternité : « Le Sauveur de nos âmes est donq mort d'amour, et c'est ce qui fait que son sacrifice de la croix fut un holocauste, parce qu’il y fut consumé par le feu, invisible mais d’autant plus ardent, de . sa divine charité qui le rend sacrificateur en ce sacrifice, et non les Juifz ou Gentilz qui le crucifièrent, d'autant qu’ilz n’eussent sceu luy donner la mort par leurs actions, si son amour, par le plus excellent acte de charité qui fut onques, n’en eust permis et commandé le dernier effect, puysque tous les tourments qu'’ilz luy firent fussent demeurés sans effect, sil n’eust voulu leur permettre la prise sur sa vie et leur donner la force sur luy : non haberes poteslalem adversum me, nisi datum tibi esset desuper.
Or puysqu'il est certain que le Filz est mort d’amour et que la Mère est morte de la mort de son Filz, il ne faut pas douter que la Mère ne soit morte d’amour. Mays comment celà ? Vous aves veu qu’elle fut blessée d'une playe d'amour sur le mont de Calvaire voyant mourir son Filz; des lhors cest amour luy donna tant d’assautz, elle ressentit tant d’eslancemens, cette playe recut tant d’inflammation, qu’enfin il fut impossible qu’elle n’en mou. rust. Elle ne faisoit que languir, sa vie n’estoit plus
qu'en défaillances et ravissemens, elle se fondoit en elle mesme par tant de chaleurs, si que elle pouvoit bien dire ordinairement : Slipale me floribus, fulcile me malis, quia amore langueo ; Appuyes moy de fleurs, environnes moy de pommes, car je languis d'amour. Amnon espris de l’amour infame de Thomar, en devint si malade qu’on le voyait mourir et dessecher. O que l’amour divin est bien plus actif et plus puyssant ! Son object, son principe est bien plus grand; c'est pourquoy ce n’est pas chose estrange si je dis que Nostre Dame en mourut. Elle portoit tous-jour en son cceur les playes de son Filz; pour quelque tems elle les souffrit sans mourir, mais en fin elle en mourut sans souffrir. O amor vulneris, o vulnus amoris ! O passion d'amour, o amour de la passion !
Hélas, son Zrésor estoit au Ciel, c’est-à-dire son Filz, son cœur n’estoit plus en elle ; la estoit le cors qu’elle aymoit tant, os de ses os, chair de sa chair ; la voloit ceste sainte aigle: Ubicumque fuerit corpus, ibi congregabuntur et aquile. Bref, son cœur, son ame, sa vie estoit au Ciel; comme eut elle put demeurer en terre ? Donques en fin, apres tant de volz spirituelz, apres tant de suspensions et d’extases, ce saint chasteau de pudicité, ce fort d’humilité ayant soustenu miraculeusement mille et mille assautz d’amour, fut emporté et pris par un dernieret général assaut ; et l'amour qui en fut le vainqueur, emmenant ceste belle ame comme sa prisonnière, laissa dans le cors sacré la pasle et froide mort ».
IV. — Marie fut exempte de la corruption corporelle, et même, peu après sa mort, ressuscita à une vie nouvelle, et fut portée au ciel : ainsi enseigne l'église, et penser diversement serait une trés grave et sans excuse tèmérité.
Au corps de Marie, même après qu'il eut été la proie de la mort, étaient réservées de glorieuses destinées. Il ne devait pas rester longtemps sous le joug honteux de l’implacable ennemi de la vie humaine. Sans pouvoir préciser combien de temps il est resté mort, il est certain qu'il revint peu après à une vie nouvelle, par la jonction de l’âme avec lui, et qu’il entra ensuite dans la gloire du paradis. Les mystères glorieux, qui attendent les corps des justes à la fin des temps, se sont déjà accomplis dans le corps de Marie, comme dans le corps de Jésus.
Marie, en d’autres termes, fut élevée au ciel en corps et âme comme déjà auparavant Jésus-Christ y était monté. Aujourd'hui c’est du langage courant d'appeler l’entrée de Marie au ciel, du nom d’Assomplion, et l’entrée de Jésus, du nom d’Ascension. Dans tout catéchisme, on demande quelle différence il y a entre Ascension et Assomplion, et on répond : « On dit de Jésus-Christ qu’il monta au ciel et de sa très sainte Mère qu'elle y fut élevée, parce que Jésus-Christ, étant Le Dieu-homme, monta au ciel de sa propre vertu, alors que sa mère, simple créature bien que la plus digne de toutes, monta au ciel par la vertu de Dieu. » Cela ne doit point
s'entendre en ce sens, que Marie montant au ciel se soit appuyée matériellement sur la force des anges. qui suppléant à son impuissance, la transportaient au ciel. Une idée semblable, d’ailleurs très grossière, ne saurait se concilier avec l’état glorieux dans lequel entra le corps de Marie, tout de suite après sa résurection. C’est une vérité élémentaire que les corps des saints, après la résurection, seront totalement transfigurés, deviendront, comme le dit, saint Paul, spiritualisés et par suite ne seront plus soumis aux lois physiques actuelles. Une première manifestation de cette indépendance, de cette liberté vis-à-vis des lois des corps non glorifiés, sera précisément ce pouvoir qu’auront les bienheureux, de parcourir l’univers en tout sens, avec la rapidité de: la pensée. On comprend tout de suite comment la Vierge ressucitée a eu en elle-méme la force de monter aux cieux. Rendu semblable au corps de Jésus, le corps de Marie était, comme lui, capable de s’élever tout seul au ciel, L’unique différence entre Jésus et Marie consistait en ce que le Sauveur avait en lui-même, en sa propre personne, la vertu qui le glorifiait, alors que Marie fut glorifiée par un principe extérieur. La source première, la cause efficiente, principale, de la glorification était la divinité : or, en Jésus, la gloire de la divinité passait à l'humanité par un procédé très intime, n’impliquant point le passage d’une personne à une autre. En Marie, au contraire, bien que ses relations avec Dieu fussent étroites’ et profondes, elles n'attei-
gnaient point toutefois à l’union hypostatique, et à cause de cela, il reste vrai de dire que Marie montait au ciel, non par une vertu qui jaillit naturellement de sa personne, mais par un don fait à elle par Dieu.
Que les choses se soient passées ainsi, que le corps de Marie ne soit plus soumis à la mort, mais que florissant de vie immortelle il soit aux cieux, c’est une vérité crue et proposée comme certaine par l'Eglise. Nous verrons à l’article suivant, quand nous retracerons l’histoire de cette croyance, comment l’Eglise s’est indubitablement prononcée en faveur de celte sentence dès le vi° siècle, manifestant ainsi explicitement ce qu’implicitement elle croyait dès les temps apostoliques. Il nous suffit pour le moment d'affirmer que. dans la pensée de l'Eglise, il n’y a aucun doute que Marie ne soit au ciel en corps et en âme. La preuve éclatante, indéniable, de cette assertion, se trouve dans la liturgie et précisément dans la célébration de la fête de l’Assomption.
Ce nom d’Assomplion, donné au passage de Marie de cette vie à l’éternité, et réservé presque exclusivement, par antonomase, pour signifier ce passage, est un puissant indice pour nous manifester la vraie pensée de l'Eglise. Ne contestons point que quelquefois la parole Assomplion ne soit employée pour indiquer l’entrée au ciel de l'âme de quelques saints. Ainsi saint Cyprien, dans sa 1x° lettre aux martyrs, appelle Assomplion la mort de
saint Paul. Saint Grégoire de Tours, dans son livre de la Gloire des Confesseurs, chapitre xarx, commémore l’assomplion de saint Avil, l’assomption au ciel. Saint Liwin martyr, selon l'attestation de son biographe Boniface, évêque de Mayence, demandait une immense flot de grâces pour ceux qui auraient rappelé le jour de son assomplion. Eusèbe, parlant de la mort de l’empereur Constantin, dit qu'il fut ad deum suum assumplus, et semblablement Grégoire de Naziance, dans le panégyrique de sa sœur Gorgonie, la déclare assumpta ad celum. Saint Augustin, dans son livre de Pastoribus, chapitre 1x, dit saint Pierre assumplum in requiem apostolorum el martyrum. On saitencore comment, dans la liturgie, on parle de saint Martin assumpto cum angelis. Ceci n’empêche pas la parole assomplion, appliquée à la fête de Marie, de signifier une gloire plus complète, la gloire non seulement de l’âme mais aussi du corps. Bien que quelques Pères, et quelquefois la liturgie, parlent d’assomplion pour quelques saints, cependant il n’y a que pour Marie qu'on célèbre la fête de l’Assomplion. Aussi Suarez pouvait-il écrire : Neque est verisimile intelligere de assumplione solius anima, tum quia etiam anime aliorum sanclorum deferentur in cœlum, tamen Ecclesia nullius assumptionem confilelur, aut celebral, sed solum transitum, migrationem, aut natalitium diem. (1).
Quoiqu'il en soit de la parole Assomption, ce qui