‹ Marie dans le dogme catholique (volume 2)Chapitre 117 sur 154 · La mère de Dieu, t, n, p · texte numérisé non relu

La mère de Dieu, t, n, p

l’Assomption, c'est-à-dire la résurrection anticipée de Marie, et son entrée triomphante au ciel avec sa chair vivante et glorifiée, si elle n’est pas encore un dogme de foi, ne peut être niée, ni même mise en doute, sans encourir au moins la note d’une insigne et très condamnable témérité.

Ce qui lui donne ce degré de certitude, c’est le consentement unanime des théologiens, à partir des origines de la Scolastique ; consentement inexplicable, s’il ne reflétait pas la doctrine de l’Eglise et ne dérivait pas d’elle. C'est le consentement plus unanime encore, s’il est possible, des fidèles répandus par tout l’univers. C’est l’autorité de toutes les liturgies chrétiennes qui célèbrent dans la fête du Passage, du Sommeil et de l’Assomption de la Mère de Dieu, non pas son heureuse mort et la glorification de son àme très sainte, mais encore le double privilège que cette vierge a recu dans son corps : privilège d'échapper à la corruption commune et privilège de participer sans retard à la résurrection, différée pour les autres jusqu’à la consommation des temps. C’est enfin le témoignage moralement universel des Pères et des écrivains ecclésiastiques qui, depuis le sixième siècle jusqu’à nos jours, ont célébré comme à l’envi ce glorieux mystère. »

Et le Père Renaudin, abbé de Saint-Maur, auquel on doit reconnaître une compétence très spéciale sur la question de l’Assomption, écrit à la page 14 de son opuscule d’or l’Assomption de la très Sainte

Vierge : « La doctrine de l’Assomption est donc absolument certaine ; et de l’avis unanime des théologiens, on ne saurait la nier sans commettre une faute grave de témérité. A la proposition contraire à la prérogative de Marie, il faudrait appliquer la note, non pas d’hérétique comme l'ont fait par exagération deux théologiens, Catharin et Corduba, puisque l'Eglise ne la propose pas suffisamment comme révélée de Dieu, mais de téméraire — d’après Melchior Cano, de Lugo, Suarez, Serry et Baronius — ou d’erronée, d’après Jean de Carthagène et le cardinal Gotti, qui, avec d'autres théologiens, tiendrait le négateur de l’Assomption pour suspect d’hérésie. »

V. Du reste l’assomption corporelle de Marie s'appuie sur des raisons de convenance très graves, et en premier lieu sur la dignité de mére de Dieu.

Alors que l’Eglise, par son autorité, nous assure que Marie se trouve au ciel avec son Fils, méme corporellement, la raison trouve que ce privilège n’est que le couronnement logique de toute la conduite de Dieu vis-à-vis de sa mère.

Dans le Postulalum, que plus de 200 évêques présentèrent au concile du Vatican pour obtenir la définition de l’Assomption, les raisons qui militent en faveur de ce privilège de Marie, sont ainsi résumées, dans les paroles de Benoît XIV, extraites de son œuvre sur la canonisation des Saints : « Pour

favoriser cette pieuse et religieuse sentence de l’Assomption corporelle de Marie au ciel, on peut apporter des raisons théologiques tirées de la dignité de la Mère’ de Dieu — de son excellente virginité — de son insigne sainteté supérieure à celle de tous les hommes et de tous les anges — de l’union intime et de l’accord parfait de Marie avec son fils Jésus — de l’amour que le Fils portait à sa très digne Mère. » (1).

Donc avant tout, l’Assomption corporelle de Marie était demandée par sa dignité de Mère de Dieu : ex dignitate Matris Dei.

De fait, tout fils aime exalter sa propre mère. Si nous pouvions combler de prérogatives excellentes notre mère, ne ferions-nous pas d’elle la femme la plus digne, la plus admirable, la plus illustre et la plus glorieuse de tout l’univers. L’instinct qui nous attache à notre mère est quelque chose de plus fort que nous, et seul un cœur arrivé au degré le plus bas et le plus rebutant de la dégradation morale, pourrait ne point le sentir. Ce besoin psychologique qui nous fait désirer et procurer, selon notre pouvoir, la gloire de celle qui nous a donné la vie, Jésus l’éprouva non moins que nous. La pensée de sa mère ne le quitta jamais ; et même quand toutes

1. « Pice et religiosce de assumpto in cœlos Virginis corpore, rationes etiam theologicæ suffragantur, petite ex dignitate Matris Dei, ab excellenti virginitate, ab insigni super omnes homines et angelos sanctitate, ex intima cum Christo Filio conjunctione et consensione, ex Filii in Matrem dignissimam affectu. »

PS

ses énergies humaines parurent pour un moment anéanties sous la pression de ses atroces douleurs, sur la croix, il ressentit des battements de cœur particuliers pour Marie, pensa à son avenir, et pour le temporel la confia à saint Jean. Jésus qui prend tant de soin même de la vie temporelle de Marie, ne pouvait faire moins que l’exalter au terme de son pélerinage terrestre, en la prenant au ciel en corps eten âme. Salomon à peine monté sur ie trône fit préparer un autre trône pour sa mère, qu’il voulut faire participer à ses triomphes. Pourquoi Jésus n’en aurait-il pas fait autant, en élevant tout de suite à la gloire immortelle, même le corps virginal où il prit naissance.

On ne peut dire, non, que pour le triomphe légitime de la Mère de Jésus, il suffisait que son âme seule fut exaltée à la gloire céleste. Il fallait aussi l’exaltation de son corps, car le sceau de la divine maternité est imprimé plus encore dans le corps que dans l’àme de Marie. Elle est devenue Mère de Dieu, en donnant à Dieu la chairet le sang ; car le corps de Marie est devenu le corps de Dieu. Entre le corps de Marie donc et le corps de Jésus, il y eut toujours les relations les plus intimes. Le corps de Marie fut, dans les décrets de la prédestination, pensé et créé pour étre un jour le corps de Jésus- Christ. Le sang qui courait dans les veines bénies du Sauveur, n’était autre que le sang de Marie. Caro Christi, caro Marie. Avant de devenir mère de Jésus, Marie selon la belle expression de Bossuet

était un Christ commencé, comme, après son ascension, elle était une relique du corps de Jésus laissée sur terre. A la lumière de cette considération, il est difficile de ne pas voir que l’honneur même que Jésus devait à son corps, exigeait qu’il honorât du triomphe du ciel le corps de sa Mère. Sans l’assomption du corps de Marie, une partie du corps de Jésus serait restée sans honneur, ce qui, rien qu’à le penser, blesse les plus délicats sentiments de respect que nous avons pour notre céleste Rédempteur.

VI. Ensuite, sur l’enlacement et le parallélisme mystérieux qui existent entre les mystères de la vie de Jésus et ceux de la vie de Marie.

En général, à cause de la divine maternité, Marie est si intimement unie avec Jésus, les mystères de sa vie s'enchaînent si harmonieusement avec les mystères de la vie du Sauveur, que ce concert si divinement harmonieux détonnerait insupportablement s’il y manquait la glorification corporelle de Marie. « ll n’y a pas, pour employer les paroles mêmes de Nicolas, il n’y a pas un seul mystère de Jésus- Christ qui n’ait son accompagnement et comme son écho dans un mystère correspondant de la Très- Sainte Vierge ; et ce parallélisme des mystères du Fils et de ceux de la Mère est si constant, qu'il n'est pas possible de ne pas y voir une loi. Ainsi le premier de ces mystères, celui de la Prédestination de Jésus-Christ, implique nécessairement celui de

la Prédestination de Marie, puisque ce n’est qu’en tant qu'homme, que Fils de Marie par conséquent, qu'il est Prédestiné. — Le second mystère de Jésus- Christ, celui de la Préconisation prophétique, ne se présente pas à nous sans associer Marie à la même grandeur : la femme, la Vierge, est toujours montrée par les Prophètes en même temps que sa semence, que le Fils, dont le propre nom de Fleur, de Germe, de Fils, qui lui est toujours donné dans les Saintes Ecritures, appelle nécessairement celui de Tige, de Femme, de Mère qui lui est correspondant: Marie peut dire comme Jésus-Christ: C’est de moi que Moïse a écrit: En tele du Livre il esl question de moi. — Le mystère, le grand mystère de l’avénement de Jésus-Christ, de l’Incarnation du Verbe, ne fait qu'un avec celui de l’Annonciation, de la Maternité divine : le même mystère qui produit un Homme-Dieu fait une Mère de Dieu. — Le mystère de la Visite de Jésus-Christ à son Précurseur, et de la sanctification qu'il lui apporte, marche avec celui de la Visitation de Marie à Elisabeth ; et le Saint-Esprit, par la bouche de celle-ci, ne bénit pas le Fruit sans bénir le Sein de Marie. — Le mystère de la Nativité présente l'Enfant avec Marie sa Mère, reflétant sur elle l'éclat de sa Divinité, et de la gloire que les Anges, les Bergers et les Rois lui décernent. — Le mystère de la Présentation s’enchaïîne à celui de la Purification, et l’association de la Mère au Fils dans la grande destinée d’être en bulle à la contradiction pour que les pensées des cœurs soient

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