De Virginitale, c. xur
il fut l’objet de la part du pape Gélase, le De lransilu Marie Virginis, attribué à Méliton, évêque de Sardes, en Asie-Mineure, lequel selon l'attestation de saint Jérôme, présenta une apologie chrétienne à l’empereur romain, Marc-Aurèle Antonin. Le catalogue de ses œuvres nous est donné soit par Eusèbe le célèbre historien, soit par saint Jérôme: on n’y voit point figurer le De transitu. Du reste, la simple lecture de cet opuscule bourré de détails manifestement légendaires, persuade facilement qu'il est indigne du grand évêque de Sardes. Au moyen-âge, on attribua une grande valeur à un passage qui se trouve dans le livre De divinis nominibus c. 1, $ 2, livre attribué alors à Denys l’Aréopagite, le célèbre converti de saint Paul et son disciple. Aujourd’hui on sait que Denys l’Aréopagite n’est pour rien dans cet écrit, qui n’est certainement pas antérieur au v° siècle. D'ailleurs le passage, où l’on voudrait voir affirmer l’Assomption de Marie, est très discuté. Il est certainement très obscur. Selon quelques-uns, le pseudo-Denys raconte les derniers moments de la Sainte Vierge : il rapporte que les apòtres, rassemblés au chevet de la Mère de Jésus, recueillirent son dernier soupir, et qu’ensuite un grand prodige se produisit. Ce serait tout. Mais ceci n’est certainement point une affirmation de l’Assomption. D’autres, comme Tillemont et Thomassin, pensent qu'en ce passage il n’est même point fait allusion à Marie. Renaudin juge d’une façon très sensée ce passage, quand il écrit : « Le passage, où
quelques-uns ont cru voir le récit des derniers moments et de la résurrection de Marie, est très obscur, et parle probablement de tout autre chose. » dSCpr2t).
D’autres apocryphes encore parlent de l’Assomption de la Vierge, par exemple, l'Evangile des douze apôtres, récemment découvert et dont l'origine remonte au commencement du second siècle. Malheureusement le passage qui parle de l’Assomption, ne présente pas les caractères d’une si haute antiquité. On le regarde comme une interpolation postérieure, dont on ne saurait dire l’auteur ; autrement ce serait le document le plus ancien parlant du glorieux privilège de la Mère de Dieu.
Au début du v° siècle nous avons une œuvre syriaque, qui parle explicitement de l’Assomption de Marie : des fragments de cet écrit furent publiés à Londres, en 1865, par le Docteur Wright, sous le titre : Obsequies of the holy Virgin.
Des divers écrits apocryphes qui traitent de l’Assomption, certains pèchent seulement par le caractère légendaire des circonstances dans lesquelles se serait accomplie la glorification de Marie; d’autres ‘sont entachés de principes et de théories manifestement hérétiques. Ils ne purent, pour l’une ou l’autre de ces raisons, être accrédités universellement dans l'Eglise, et plusieurs furent même ouvertement réprouvés par l'autorité ecclésiastique. Par exemple, dans le décret du pape Gélase, rap-
porté aussi par Gratien, on lit: Liber qui appellalur Transitus Sanctæ Maria apocryphus.
Il ne serait point conforme aux principes de la saine critique, de regarder ces ouvrages comme destitués de toute valeur historique. Pour la substance de la narration, ils devaient certainement suivre l’opinion courante de l’Eglise particulière où ils prirent origine et eurent crédit. On ne comprendrait pas autrement comment ils eussent pu circuler et être regardés, ne serait-ce que pendant un bref espace de temps; comme des œuvres d'hommes illustres et vénérés.
L’efflorescence de la légende sur un fond historique est explicable ; mais on ne s’expliquerait point l'invention totale d’un privilège si insigne pour Marie, si l'Eglise alors n'avait eu aucune idée de ce privilège.
« Et ainsi, comme dit très bien Renaudin, les apocryphes eux-mêmes, où parfois les erreurs doctrinales s'ajoutent aux extravagances du récit, rendent hommage à la réalité du fait de l’Assomption. Ils sont des témoins de la croyance catholique sur ce point ; ils ne lui ont pas donné naissance comme le prétendent les critiques protestants ou rationalistes. Ce n’est point à ces sources douteuses ou impures que l’Eglise va demander l’objet desa foi. » Auparavant M. Le Hir avait déjà fait cette juste remarque: « Si quelquefois les apocryphes ont influencé l’opinion des peuples, l'Eglise n’en est pas responsable, et d’ailleurs ils ont eux-mêmes tout
autant suivi que dirigé le mouvement de l'opinion. Rien ne montre mieux quel concert de louanges retentit de bonne heure autour de son nom béni, quelle auréole de respect, de vénération et d'amour a toujours couronné sa mémoire, que le grand nombre de légendes qui circulèrent dès les premiers temps sur les époques les plus obscures de sa vie. Les textes sacrés n’avaient rien dit de son berceau ni de sa tombe. Mais les souvenirs d’une piété toute filiale devaient y suppléer. Et si la crédulité, l’imposture ou l’hérésie se sont emparé de ces souvenirs pour les dénaturer, nous sommes les premiers a déplorer cet abus. Mais il n’en faut pas moins reconnaître que par là l’imposture et l'hérésie ont à leur insu, rendu à la vérité un éclatant témoignage » (1).
Le lecteur est donc convaincu : pour si rares que soient les documents des cinq premiers siècles démontrant la croyance à l’Assomption, aucun cependant ne prouve le contraire ; en outre le silence n’est pas assez profond pour empêcher l'homme studieux, libre de préjugés, de recueillir des indices, d'entendre des voix, tantôt réprimées, tantôt déréglées, qui préparent l’accord qui jaillira bientôt, comme à l'improviste, pour chanter harmonieusement et puissamment le triomphe intégral de la Vierge ressuscitée. Ce silence relatif des cinq premiers siècles ne doit pas nous étonner, si nous pensons que la condition générale et providentielle