Martyr. 18 Kal. sept
l’Ecriture ne parle point de la justice du grand prêtre Melchisédech ; néammoins nous croyons que ses mérites ont précédé et occasionné les louanges qui lui sont données... Nous devons juger de même de la mort et de l’Assomption de Marie. L’Ecriture ne nous en dit rien, mais la raison nous invite à retenir ce qui est le plus conforme à la vérité, ce que la vérité nous force à croire, parce que d'elle finalement dépend toute autorité. Nous souvenant donc de la condition humaine, ne craignons pas d’affirmer que Marie fut soumise à la mort temporelle, alors surtout que son Fils lui-même, le Dieu- Homme, voulut se soumettre à la loi de l’humaine condition, et cela parce que comme homme, il fut conçu et naquit de Marie.
« Mais avant de dire qu'elle a été retenue dans les liens de la mort, qu’elle est devenue la pàture des vers et est tombée en poussière, il faut d’abord examiner si cela peut convenir à une telle sainteté, et à la prérogative si sublime de la royale demeure d'un Dieu. » L’auteur montre alors qu’elle a été exempte des autres lois pénales, parce que Mère de Dieu, et il poursuit: « Si donc Dieu voulut conserver sa mère sans tâche, dans la candeur de la virginité, pourquoi n'eut-il pas voulu la préserver de la honte de la corruption? À prétendre pénétrer les sentiments du Seigneur et se faire son conseiller, qu'on dise s’il n’était pas de sa bienveillance, de conserver l'honneur de sa mère, Lui qui était venu non pour détruire, mais pour accomplir la loi? La
loi qui prescrit d’honorer sa mère, condamne ‘aussi tout ce qui la déshonorerait. On doit donc religieusement admettre que Jésus ayant honoré Marie dans sa vie par la grâce de sa conception, dut l’honorer à sa mort par une préservation singulière et un très spécial privilège; si naissant d'elle, il put la garder vierge, il put aussi la soustraire à la corruption et aux vers du tombeau. Car c’est là vraiment une honte de l’humaine condition. Jésus étant exempt de cette honte, le corps de Marie, dont il prit l’humaine nature, l’est aussi; car la chair de Jésus est la chair de la Vierge. » Ici, l’auteur apporte bien d'autres raisons, tirées des promesses de Jésus à ses disciples, et il ajoute : « En considération de tout cela, et guidé par la droite raison, je tiens fermement que Marie est dans le Christ et auprès du Christ; — dans le Christ, car en Lui vivimus, movemur et sumus ; près du Christ, parce que élevée glorieusement aux joies éternelles, et par bonté du Christ, d'autant plus honorée au-dessus de tous les saints, que sur terre, elle avait reçu l’honneur de plus de grâce ; — je tiens fermement qu'elle n’a pas été soumise à l’humiliation ordinaire de la corruption, des vers et de la poussière de la tombe, elle qui avait engendré le Sauveur du Monde! S'il a pouvoir de ne pas laisser tomber un seul cheveu de la tête des justes, il ne peut manquer du pouvoir de conserver sa mère intacte d'âme et de corps. Et si personne ne peut mettre en doute ce pouvoir, pourquoi douter qu’Il ne veuille en user ? Et si la volonté
divine, par pure grâce, voulut préserver et garder intacts, au milieu des flammes crépitantes de la fournaise ardente, non seulement les corps des trois jeunes gens, mais encore leurs vêtements, pourquoi Dieu n’eut-il point voulu accomplir pour sa Mère, ce qu'il fit pour ces vêtements? Il voulut encore, par miracle, conserver Jonas dans le ventre d’un monstre marin et il n’aurait pas voulu conserver sa Mère, par gràce et en dehors des lois naturelles ? Lui qui sauva Daniel de la gueule affamée des lions, iln’aurait pas voulu sauver sa Mère, douée de si grands mérites et d’une telle dignité » » (Mislei, o. c. ch. XV).
Il ne serait point possible, en vérité, de mettre plus en relief les raisons de convenance qui militent en faveur de l’Assomption, que ne l’a fait le pseudo- Augustin. Alors que résonaient, au milieu de la dispute, les noms vénérables de Jérôme et d’Augustin, le premier ne servit de drapeau qu’à un petit nombre d’hésitants en face de la glorification intégrale de Marie, tandis que le second attirait à lui la généralité des penseurs. Non point que leur unique argument pour accepter l’Assomption de Marie, fut l’autorité d' Augustin : ce serait outrager odieusement la vérité, de dire des docteurs postérieurs, qu’ils se rallièrent à la doctrine de l’Assomption, uniquement en la voyant sous l’égide du grand nom d’Augustin. Toutefois, il est indéniable que ce nom fut une occasion, un excitant pour approfondir les raisons de l’entrée corporelle de Marie au ciel. A la suite de cet examen approfondi, la foi à l’Assomption com-
plète de Marie régna même chez les savants, elle qui déjà depuis des siècles, avait poussé de profondes racines et germait pacifiquement dans la conscience du peuple chrétien.
VII. Du x° siècle à la Renaissance, nous avons l'époque de la marche triomphale de l’idée de l’Assomption.
Les doutes sur l’Assomption peuvent se considérer comme tout-à-fait disparus, vers la fin du x° siècle. Si, après cette date, quelqu'un pense et parle contre ce privilège, sa voix n’est plus qu’un écho lointain, affaibli, auquel personne ne prète l'oreille. Les grands écrivains, qui fleurirent à la fin de l’âge patristique, rivalisèrent de zèle à professer l’Assomption corporelle de Marie. Qu’on nous permette une nomenclature aride, mais non pas inutile, de noms illustres. L'Assomption est donc professée : par Siméon Metaphraste (+ 960), en la fête du 15 août (P. G. t. axv, c. 660); — par Fulbert, évêque de Chartres (| 1029), en son discours 5° sur la Nativité
de Marie (P. L. t. czxr, c. 325); — par le métropolite Jean Maurope (1050), dans son discours sur la Dormilion de la Mère de Dieu; — par l'illustre doc-
teur S. Pierre Damien (+ 1062), dans son discours ho° sur l’Assomption (P. L. t. cxLIV, c. 717); — par saint Anselme (1109), dans ses Prières à la Vierge (P. L. t. ava, c. 960); — par Hildebert, évêque du Mans, puis archevêque de Tours (+ 1136), dans son sermon 1° pour l’Assomplion (P. L. t. aLxxI,
C. 630); — par Hugues de saint Victor (+ 1142), dans ses Mélanges (P. L. t. crxxxvu, c. 808); — par saint Bernard (| 1153), dans deux de ses discours sur l’Assomption (P. L. t. cuxxxnr, c. 416, 427); — par saint Amédée, évêque de Lausanne, dans son homélie 8° sur la Vierge Marie (P. L. t. caLxxxvu, c. 1342); — par Richard de saint Victor (+ 1173), dans son explicalion du Canlique des Canliques (P. L. t. cxcvi, c. 523, 524); — par Jean Beleth, théologien de Paris (| 1182), dans son Explication des offices divins (P. L.t. cou, c. 148, 151); — par Pierre, abbé de Celle, puis évêque de Chartres (| 1187) dans son discours 2° sur l’Assomption (P. L. t. con, c. 850); — par Philippe, abbé de Bonne-Espérance (+ 1187), dans ses Commentaires sur le Cantique des Cantiques (Pt cer, 05433); — par Pierre de Blois, archevêque de Bath, en Angleterre ( 1200), aux sermons 38 et 34 sur l’Assomption (P. L. t cavi ce. 662, 664); — par Sicard, évêque de Crémone (+ 1215), dans son Milrale, au chapitre Assomplion (P. L. t. coxii, c. 420). A ces noms, il nous faudrait ajouter ceux de Burchard, évêque de Worms ; d’Albert, abbé de Gembloux ; de Pandolphe, du Montcassin ; de saint Bruno, évêque de Segni; de Lanfranc, archevéque de Cantorbery ; d’Abelard ; d’Honorius, évèque d’Autun; de Robert, abbé de Tuis; de Pierre, abbé de Cluny ; d’Adam de Saint Victor, et celui du chroniqueur grec, Michel Glycas (1).