‹ Marie dans le dogme catholique (volume 2)Chapitre 129 sur 154 · Cfr. Renaudin, o. c. p · texte numérisé non relu

Cfr. Renaudin, o. c. p

Noël Alexandre, qui, sans se déclarer ouvertement contraire à l’Assomption, cherche toutefois, avec un soin minutieux et à l’aide de sa profonde érudition, cherche à mettre en relief tout ce qu'on peut lui opposer, prétend qu'Hugues de saint Victor et saint Bernard sont contraires à cette croyance, mais c’est à tort (1). Hugues se contente d’avertir le lecteur, que la doctrine de l’Assomption n’est point encore dogme de foi, ce que tout le monde admet. Quant à saint Bernard, il suffit de lire les passages indiqués, pour voir tout de suite que, s'il fut l'adversaire de l’Immaculée Conception, il ne mit cependant jamais en doute l’Assomption corporelle de la Mère de Dieu.

L'idée de l’Assomption, à partir du x° siècle, continue sa marche triomphale, sans rencontrer d’obstacles, d'obstacles sérieux du moins, jusqu’à la Renaissance, où plutôt jusqu'à ce que le souffle glacial du Jansénisme s'élève dans l'Eglise, et secoue la pensée de plusieurs savants, du reste parfaits catholiques. Nous ne donnons point de citations, ce qui serait inutile : personne ne conteste, n’ose contester, que les grands noms de la scholastique, les princes du savoir à cette époque: Albert le Grand, Thomas d'Aquin, Bonaventure, Durand, saint Antonin, Thomas de Villeneuve, saint Vincent Ferrier, Gerson et toute la faculté de Paris — ne se soient prononcés, de la manière la plus formelle, pour l’Assomption de Marie.

no AC DA.

L'incident de Jean Morcello avec la Faculté de Paris, en 1497, est comme une ombre qui donne plus de relief au tableau. Jean Morcello avait, le jour de l’Assomption, tenu un discours qui fit scandale. Trois de ses propositions furent particulièrement trouvées censurables par la Faculté de Paris. Aussitôt le Prédicateur fut censuré, mais il se rétracta. Sa 3° proposition était: « nous ne sommes pas tenus de croire, sous peine de péché mortel, que la Vierge est montée au ciel en corps et en âme, parce que cela n’est pas de foi. » « Cette proposition, affirme la Faculté de Paris dans son jugement, accepté par Morcello, cette proposition proul jacet

est téméraire, scandaleuse, contraire à la croyance

commune, capable de diminuer la dévotion du peuple pour la Vierge, fausse et hérétique. » Quoiqu'il en soit de la justesse de ces notes appliquées à cette proposition, ce qui nous intéresse particulièrement, c’est de constater, à travers cette condamnation de Morcello, la pensée de la Faculté de théologie de Paris, dont personne n’ignore l’influence doctrinale sur tout le monde catholique.

VIII. — Le cours de cette croyance, du Concile de Trente à notre temps. — Oppositions passagères.

Après le Protestantisme, la théologie catholique

dut renouveler quelque peu son armature. Elle dut

se plier à la méthode positive, la spéculation ne suffisant plus ; elle fut obligée de remonter, par ses

investigations, à l’origine des dogmes et de scruter la pensée des anciens Pères. Alors et depuis, la théologie dut s’allier à la critique. Il arriva par suite, qu'on aperçut clairement le peu de valeur des apocryphes, mais, disons-le tout de suite, l’idée de l’Assomption loin d’en souffrir dommage, y trouva plutôt un nouvel appui. Les grands théologiens, de la Renaissance à nos jours, furent unanimes en faveur de l’Assomption corporelle de Marie. Nous nous abstenons de donner des citations, car il faudrait nommer toutes les grandes lumières théologiques de cette époque. Si l’on veut connaître cette longue série, on peut consulter Vaccari, dans l’ouvrage déjà cité, à plusieurs chapitre; Renaudin, au v° chap. de l’œuvre susmentionnée ; enfin Crosta, p. 197 de sa Monographie sur l’Assomption.

Toutefois, aux xvu et xvin siècles, certains se scandalisèrent de la faveur obtenue par les apocryphes. Il y eut des polémiques en France et en Belgique, au cours desquelles des esprits distingués, non exempts toutefois d’une teinte janséniste, se déclarèrent, plus ou moins ouvertement, contre la croyance à l’Assomption.

En France, la dispute fut occasionnée, comme on peut le voir chez Launoy (1), par la nécessité où se trouvait le chapitre de la cathédrale de Paris, de remplacer l’ancien livre usé du Marlyrologe. Jusqu’en 1540, comme nous l’avons rappelé plus haut,

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