MARIE DANS LF DOGME
Ceci dit, on comprend que pour saisir toute la “portée de cette vérité, il faut jeter avant tout un re- .gard rapide sur le péché originel, sur sa loi de ‘transmission et sur ses conséquences fatales. De -même qu’un cadre lumineux s'aperçoit avec plus de relief lorsque la scène se déroule sur un fond -obscur, ainsi rien de mieux pour mesurer tous les bienfaits apportés à Marie par l’exemption de la faute originelle, que de les mettre en regard du fai- -sceau épouvantable de ruines accumulées par le péché d'Adam sur le genre humain.
JI. Conditions et prérogatives de l'homme innocent : misére profonde causée par le péché originel.
Le péché originel marque pour l’humanité la chute de la plus haute dignité dans l’abîme de toute misère. Ce fut comme une main féroce et sans pitié qui arracha à l’homme les plus beaux ornements dont Dieu l'avait revêtu dans l’effusion sans limites de sa bonté. Ce fut le passage de l’opulence à l’indigence, de la force à la faiblesse, plus «encore, de la vie à la mort. Quand l’homme sortit de la main de Dieu pur et innocent, il avait, réalisé en lui, l’idéal de beauté et de perfection pos- -sibles ici-bas. Dieu ne s’était pas contenté de lui donner ce qui était dù en stricte justice à sa nature, mais il voulut être libéral avec lui d’une façon extraordinaire. Rien n'aurait pu empêcher Dieu de -créer l’homme sujet à ces misères physiques et mo-
‘rales qui l’affligent tant aujourd'hui. Ce fat la doctrine janséniste qui affirma que l’homme n’aurait pu être au commencement comme il naît maintenant. Mais l'Eglise a condamné cet enseignement, Dieu selon la doctrine catholique, en créant l’homme, aurait pu le laisser en l'état de pure nature, et dans cet état, il aurait eu les passions comme maintenant, il eut été comme maintenant soumis à la douleur, à la mort, à la difficulté de pratiquer le bien, et après une vie vertueuse, il aurait eu pour récompense une félicité purement naturelle, infiniment inférieure à la félicité du ciel.
Dieu aurait pu agir ainsi, il ne le fit point. Il ne compta point avec le premier homme, il ne prit point pour mesure de ses bienfaits les règles de la
pure justice, mais il suivit l'impulsion magnanime
de son cœur plein d’une bonté sans limites. Aussi voulut-il avant tout élever l'homme à l'ordre surnaturel, lui donnant comme terme légitime de ses aspirations, la félicité même de Dieu.
Cette félicité l’homme l’aurait obtenue après son pèlerinage terrestre : ce dernier n'aurait pas été pour nous une série ininterrompue de luttes âpres et fatigantes, il eut été bien plutôt un essai anticipé du paradis. Cette période d'épreuves eut été facile et agréable précisément à cause des dons insignes que Dieu avait versés à pleines mains sur la nature humaine. Ils se divisaient en deux séries : les uns étant surnalurels, les autres prélernalurels. Ceux-ci perfectionnaient l’homme sans le mettre en dehors