AO MARIE DANS LE DOGME
de la sphère naturelle, ceux-là le faisaient vivre de la vie même de Dieu. Il y avait toutefois entre eux, un rapport si intime que les uns découlaient des autres. Les dons préternaturels jaillissaient des dons surnaturels. Ils eussent toujours persévérés ensemble et seraient disparus en même temps.
Les qualités surnaturelles accordées au premier homme étaient : la grâce sanctifiante, les vertus théologales infuses, les dons du Saint-Esprit. Ces prérogatives résidaient dans la partie supérieure de l'âme et y gravaient l’image vive et radieuse de la Trinité. C’est par elle que se réalisaient pleinement les paroles de la Sainte Ecriture mises sur les lèvres de Dieu: « Faisons l'homme à nolre image el ressemblance. » Dieu prenait sa complaisance à habiter dans l’homme comme dans un magnifique sanctuaire orné par lui-même. Sa venue sensible dans le Paradis terrestre dont nous parle l’Ecrilure, était un symbole des liens très doux etinvisibles d’amitié qui existaient entre l'homme en état de gràce et Dieu.
Sous l'influence de la grâce, l’esprit humain était rempli de vigueur, d'acuité, de pénétration, surtout vis-à-vis des choses spirituelles, en même temps la volonté se sentait portée au bien d’un élan suave et constant. L'homme se sentait comme doucement poussé à aimer Dieu et à faire en toutes choses sa sainte volonté. Alors que les dons surnaturels faisaient sentir leur bienheureuse influence surtout dans la partie raisonnable de l’homme, les dons préternaturels comblaient de perfection la partie
sensible. Les dons préternaturels étaient au nombre de trois : intégrité, immortalité, impassibililé.
L’intégrité comportait la pleine, totale, docile, spontanée soumission des passions à la volonté. En Adam avant le péché, jamais les tendances sensibles ne prévenaient ni ne violentaient le jugement de l'esprit. Les sens en lui voulaient ce que voulait la volonté, avaient en horreur ce que la volonté répudiait. Les révoltes de la partie inférieure contre la partie supérieure étaient alors totalement inconnues. Les sens dont le but est de servir la raison se ‘tenaient pleinement à leur place et ne trahissaient jamais la consigne. L’Ecriture illumine ce privilège d’une lumière très discrète, suffisante toutefois à l’affirmer, quand elle dit que « Adam et Eve étaient sans vêtements et ils n’en rougissaient point ».
Comme les sens eussent été toujours dociles à la raison, le corps eut été toujours uni à l’âme. Dieu avait créé l’homme immortel. La mort, dit l’Ecriture, est un triste fruit du péché. Elle n’était point dans l'intention première de Dieu: Deus morlem non fecit. L'homme aurait done vécu pendant un certain temps sur la terre, puis il eut été transporté par le Créateur dans le jardin du Ciel, sans passer par la région ténébreuse de la mort. « Au jour où vous mangerez du fruit de la science du bien et du mal, avaitdit le Seigneur, vous mourrez, c'est-à-dire vous deviendrez moriels. » L'homme donc sans le péché eut été
mmortel.
Il eut été aussi impassible, exempt de tout souci, de toute peine et de toute souffrance. Les afflictions pour l'homme qui devra gagner son pain à la sueur de son front et pour la femme qui sera humiliée dans ses qualités de mère et d’épouse, ne viennent qu'après la transgression du précepte divin.
Telle fut donc l’heureuse condition de l’homme innocent. Tout était parfait en lui ; en sa nature aucun défaut, aucune secousse violente, aucun trouble pénible, aucune lutte entre les diverses facultés. Celles-ci tendaient harmonieusement au bien de tout l’homme. La raison commandait, les sens obéissaient. La raison aspirait à un idéal pur, noble, immensément élevé et les facultés sensitives la suivaient, sans faiblesse, sans répugnance, sans effort.
Toutes les forces de la nature humaine étaient orientées vers le bien sans que la douleur ni les nécessités de la vie, ni la crainte de la mort, n’y causassent aucun trouble. Chez le premier homme l'intelligence était soumise à Dieu, les facultés inférieures à l'intelligence et le corps à l’àme. La nature extérieure par une intervention spéciale de la Providence, était la servante docile de l’homme? Le démon pouvait le tenter comme il l'a fait, mais il n'avait aucun empire sur lui.
Le centre de ce magnifique édifice, répétons-le, c'était la grâce sanctifiante. Les autres dons n’en étaient que le corollaire et lui étaient unis dans leur propre existence.
Mais l’homme pécha, il ne fut point fidèle à
l'épreuve, il n’observa pas la condition à laquelle Dieu avait lié la conservation des dons gratuitement donnés, et alors ces dons lui furent enlevés. Par le péché d'Adam, la grâce disparut, d’épaisses ténèbres entrèrent dans son esprit, sa volonté se sentit inclinée au mal, les passions reprirent leur indépendance vis-à-vis de la raison, deux terribles spectres apparurent : la douleur et la mort, et tous deux voulurent avoir empire sur la nature humaine. Le démon lui aussi vainqueur de l’homme, acquit sur lui un empire fatal. C'est un empire usurpé, mais que Dieu permet, à l’humiliation du péché et du pécheur.