‹ Marie dans le dogme catholique (volume 2)Chapitre 132 sur 154 · Compte rendu du GC. M. de Fribourg, t. 1, p. Igt · texte numérisé non relu

Compte rendu du GC. M. de Fribourg, t. 1, p. Igt

Concile de Trente, embrasse la doctrine concernant la foi ou la morale.

Il ne s’agit point de n'importe quelle doctrine. — spéculative ou pratique, peu importe ; — mais de la seule doctrine révélée par Dieu, terme, objet de la parole de Dieu aux hommes. Ceci est évident, car la raison suprême, le motif formel de l’assentiment donné dans l’acte de foi, c'est la véracité de Dieu, lequel ne saurait mentir. L'Eglise, elle, ne fait que proposer les vérités dogmatiques ; elle ne les crée point, ni ne les révèle. Dieu seul les révèle ; l'Eglise a pour mission de nous assurer où est la voix de Dieu, et de nous empêcher de la confondre avec la voix des hommes. C’est là, au discernement certain de la voix de Dieu, que s’applique proprement le charisme de l’infaillibilité.

Une fois que l'Eglise nous a signalé, sans erreur, la voix de Dieu qui parle, elle ne peut dire : croyez ceci, parce que je vous le dis ; elle doit dire au contraire : croyez-le parce que Dieu vous le manifeste; de la réalité de cette manifestation divine, je me porte garant. Ce qui est cru par autorité de l’Église, est objet de foi ecclésiastique, mais non divine ; le nier peut être péché, péché grave même, mais non pas hérésie. Les dogmes, eux, apparaissent sous la lumière divine incréée, et s’acceptent sur la parole de Dieu.

Et cette parole de la révélation résonne toujours dans l'Eglise, comme par deux instruments divins, par i’Ecriture et par la Tradition ecclésiastique.

Tout ce qui se lit dans l’Ecriture est indubitablement parole de Dieu, parce que précisément les livres saints furent composés au soufle de l’Esprit Saint. Mais l’Ecriture ne renferme pas toute la parole de Dieu ; bien des vérités ne furent pas écrites par les hagiographes sacrés ; mais répandues verbalement par les apôtres dans l'Eglise, elles furent, par elle, recueillies avec respect, mises en circulation par des voies diverses à travers les siècles ; et elles y resteront, tant que l’humanité voyagera sur terre. Pour qu'une vérité puisse être définie, il n’est pas nécessaire qu'elle se trouve à la fois et dans l’Ecriture et dans la Tradition: il suffirait même qu'elle ne fut attestée que par cette dernière.

En outre, iln’est pas nécessaire qu'elle s’y trouve explicilement ; il suffira qu’elle y soit contenue implicitement. Elle y est explicitement, quand elle s’y trouve en termes exprès, sans obscurité, sans qu'il soit besoin d’un procédé de déduction pour l’y découvrir. La proposition où elle est exprimée, se trouve déjà dans les documents qui contiennent la parole de Dieu.

Au contraire, une vérité n’est contenue dans la révélation que d’une manière implicile, quand elle n’y est point formellement exprimée ; mais d’autres vérités s'y trouvent formulées ou qui la supposent, ou qui la contiennent comme élément, ou donton peut la déduire par un procédé logique. Là est précisément le progrès, ou, comme l’on dit, le déve-

loppement du dogme : déduire avec sûreté, et formuler expressément de nouvelles vérités, qui se trouvaient renfermées à l’état latent, dans d’autres vérités, qui se présentaient à nous dans une affirmation très claire, n’admettant ni hésitation, ni équivoque sur leur vraie signification. Qu'on ne s'épouvante pas d'entendre parler du développement du dogme, qu'on ne le regarde point comme une trouvaille des modernistes. Il est au contraire sûr et indéniable, qu'il était connu aux Pères, qui nous ont laissé, sur le développement du dogme, des pages encore aujourd’hui pleines de fraicheur et d'actualité. Voici, par exemple, comment saint Grégoire de Nazianze, pour n’en citer qu'un, s'exprimait sur le progrès du dogme par rapport à la Trinité : « Sic enim res se habel : Velus Testamentum Patrem aperte predicabat, Filium obscurius. Novum aulem nobis Filium perspicue ostendit, el Spirilus sancti divinilatem subobscure quodammodo indicavit. Nunc vero Spirilus ipse nobiscum versalur, seseque nobis aperlius declarat. Neque enim tutum erat, Patris divinilale nondum confessa Filium aperle prœdicari: nec Fil divinilate nondum admissa, Spiritum sanclum, veluti graviorem quamdam, si ila loqui fas est, sarcinam nobis ingeri; ne alioquin veluti cibis ullra vires gravili, ac solis radiis hebeles oculos adjicientes, iis quoque quibus proediti eramus, viribus periclilemur: quin lacilis polius accensionibus, el, ut David loquilur, ascensionibus, atque éx gloria in gloriam progressionibus el incrementis Trini-

tatis lumen splendidioribus illuscescerel.» (1) Comment mieux s'exprimer sur le développement du dogme et sur ses causes ?

Les causes qui déterminent l’évolution de l’implicite vers l’explicite sont nombreuses: souvent elles se croisent, se groupent, se complètent, pour la plus facile et la plus rapide obtention de l’effet ; d’autres fois, elles agissent séparément. Le dogme progresse, ou par la nécessité d'opposer de nouvelles formules à des erreurs nouvelles, ou par la méditation plus profonde des vérités révélées. Pour nous resteindre au dogme marial, il est indéniable que l’agent providentiel de son incubation et de son développement fut l’amour envers la Mère de Dieu. Cet amour a poussé à l’étude de ses prérogatives ; cette étude les a faites analyser avec plus d’acuité ; cette analyse a mis en lumière des éléments qui d’abord étaient cachés dans l’ombre. Ce fut l'amour des Pères, des docteurs, du peuple fidèle envers Marie, qui ouvrit la brèche à travers laquelle nous pouvons admirer avec complaisance la grandeur presque infinie de celle qui est bénie entre toutes les femmes. L'amour a sa logique ou plutôt ses intuitions, souvent plus sûres que la logique ; et appliqué à Marie, l’amour a créé sur les données concentrées de l’Ecriture, l’imposant édifice de la théologie mariale.

Or, quand les déductions qui amènent à l'état

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