De Locis theol., 1. v
2. De rebus fidei... Analysis fidei cath,, 1. vi, c. 1x, cité par: Perrone, Immac.
trine. Elle a une valeur doctrin ale parce qu’elle est comme un élément pour déterminer la loi de l’universelle résurrection ; elle nous éclaire sur la portée et l’extension de cette loi; elle nous dit qu’à cette loi réalisable à la fin des siècles, il y a une exception en faveur de Marie. Comme l’Immaculée Conception est en relation avec la loi de la transmission universelle de la faute, ainsi l’Assomption est en relation avec la loi du triomphe final sur le péché et ses conséquences. De l’Assomption, comme de l’Immaculée Conception, on doit dire que ce n’est pas un simple fait : c'est un fait qui par sa nature conduit à l’affirmation d'un principe. C’est un fait. dogmatique, non seulement parce qu’elle est connexe au dogme, mais encore en ce sens plus restreint qu’elle est l’expression concrète d’une doctrine. Par suite rien n'empêche qu’elle puisse acquérir l’auréole d’un dogme défini.
Après tout ce que nous avons dit des vicissitudes de cette croyance dans la conscience chrétienne, nul doute qu’elle ne soit contenue suflisamment dans le dépôt de la révélation divine. Il est certain au jugement de tous les théologiens qu’on ne trouve pas dans l’Ecriture et dans la tradition, de preuves plus fortes pour l’Immaculée Conception que pour l’Assomption. Et méme pour cette dernière le consentement des fidèles est plus unanime et plus imposant et de date plus ancienne. Treize siècles de consentement inaltérable par le peuple fidèle, peuvent être de quelque poids, pour juger:
si une vérité se trouve dans le dépôt de la révélation. Et ce qui donne à ce consentement une autorité plus grande encore, c’est qu'il est actionné, sanctionné, parle consentementnon moins unanime des pasteurs, lequel ne saurait se dire inconscient ou aveugle. C’est dès l’institution de la fête de VAssomption, que la critique, sans aucun respect humain, exerce ses droits contre elle. Mais ni les assauts du vin° siècle ni ceux renouvelés après le xvi°, ne réussirent à faire changer aux pasteurs leur attitude en face de ce privilège de Marie. Cette attitude prise dès lors par l’Eglise peut, sans aucun doute, fournir l’objet d’une définition dogmatique. Historiquement parlant, l’Assomption pourrait à la rigueur se considérer comme non prouvée. Nous disons : non prouvée, expression qu’il ne faut point confondre avec celle de Tillemont lorsqu'il affirme que l’Assomption pourrait être vraie théologiquement et fausse historiquement. Par là l’éminent historien aux tendances jansénistes a lancé une formule qui fait fortune au camp des modernistes, mais dont l’absurdité saute tout de suite aux yeux. Nous ne saurions admettre la possibilité d’un conflit aussi aigu entre le dogme et l’histoire ; mais rien ne nous empêche d’affirmer qu’à la lumière de la théologie, nous pouvons arriver à connaître d’une facon sùre et infaillible, certaines vérités que les arguments historiques n’auraient jamais pu faire jaillir des ténèbres où elles gisaient d’abord. L’histoire est sans doute un des grands moyens
pour savoir ce que les apôtres, héros de l'Evangile, ont déposé dans ce grand réservoir de vérité — depositorium dives, selon Irénée, — qu'est la tradition ecclésiastique, mais ce n’est pas l’unique moyen. Pour arriver à comprendre la mentalité de l'Eglise primitive nous avons d’autres voies distinctes des voies historiques, mais non pas de direction opposée. Comme pour connaître le caractère, la saveur d’une langue, il y a les règles de la grammaire ; mais même sans connaître les règles de la grammaire, il y a le goût inné fruit de l’usage. Ainsi l'Eglise connait ses enseignements primitifs par l’aide de la critique historique, mais aussi, par cet instinct mystérieux de la vérité que le Christ vivant en elle lui donne. La logique de l’amour a fait comprendre au peuple chrétien, que parmi les privilèges de Marie doit se trouver l’Assomption intégrale. L'histoire ne saurait citer les témoins oculaires d’un si joyeux mystère, qu'importe, ce qu'il importe c’est d’avoir constaté qu'elle n’a aucun document contraire. Si elle en avait, la chose serait grave, si par exemple à Ephèse ou à Jérusalem se fut trouvé avec certitude, au v° siècle, le corps de la Mère de Dieu. Mais l’histoire n’a jamais affirmé et n’affirmera jamais cette proposition. Et ainsi sur le fait de l’Assomption et sur ses circonstances, l’histoire ne fait pas autre chose que garder un religieux silence. Mais elle parle ensuite, pour nous dire que depuis treize siècles l'Eglise admet unanimement et explicitement l’Assomption, Ce qui veut dire qu'aux
six premiers siècles il faut appliquer les seuls critères dogmatiques ; lesquels, pour les siècles suivants sont fortifiés par les critères historiques ; il y en a d’ailleurs suffisamment pour la proclamation d’une définition.
Une définition ne saurait augmenter la certitude de l’Assomption, mais elle ajouterait un nouveau motif au consentement déjà donné à ce mystère par tous les chrétiens. Nous voulons dire par là qu’actuellement, dans l’attente d’une définition, nous devons croire sans hésitation à l’Assomption. Maintenant nous le croyons de foi ecclésiastique ; après la définition, ce sera de foi divine. La définition doit mettre en meilleure lumière le caractère de cette croyance et nous dire qu'elle n’est pas seulement le fruit de la spéculation humaine, qu’elle n’a pas été connue par révélation privée, mais que Dieu lui-même a entendu nous la manifester, en nous disant ce qu'il nous a révélé de la gloire de sa Mère, tout en nous en réservant pour l’époque fixée par sa Providence, la pleine connaissance.
Telle serait la portée de la définition : elle jetterait une lumière nouvelle sur une vérité, et sur de nouveaux aspects de cette vérité, déjà crue par tous sans hésitation. L'Eglise se décidera-t-elle ou tardera-t-elle encore beaucoup à accomplir cet acte si désiré, si demandé? personne ne peut encore le dire et c’est le secret de Dieu. Une chose est certaine : c’est que quand la suprême autorité lancera au monde son Jugement infaillible, nous aurons un nouveau et
imposant triomphe de la foi. La définition de l’Assomption ramènerait puissamment l'humanité à la considération de nos destinées éternelles ; spécialement elle affirmerait à nouveau le dogme de la résurrection de la chair et du triomphe que le Christ Roi immortel des siècles, a remporté sur le péché et ses tristes effets. La définition de l’Assomption, ce serait une couronne éclatante posée par l'Eglise sur la tête de Marie, une couronne qui par ses reflets illuminerait toujours davantage la grandeur de la foi et de son auteur et consommateur, Jésus. Amen.
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