III. Hérédité du péché d’origine
La catastrophe épouvantable causée par le péché d'Adam ne fut point chose privée, restreinte à lui seul; non, ce péché devait se transmettre par lui, avec toutes ses conséquences lamentables, à tous ses descendants. Adam. en péchant, souilla non seulement sa propre personne, mais toute la nature humaine. La grâce et les autres dons préternaturels qui l’accompagnaient, selon le plan de la divine Providence, devaient étre transmis par le premier homme à toute sa postérité.
Il l’avait reçue comme chef, comme représentant légitime de l'humanité, et en péchant il la perdait, comme dit saint Thomas, dans la teneur mêmeoù il l’avait reçue (De Malo, q. IV, art. I). Toute notre nature par la prévarication d'Adam a rejeté les dons
de Dieu. Elle l’a fait volontairement dans la volonté de son chef et par suite, elle est coupable devant Dieu. Dieu en regardant notre nature était en droit de la trouver sainte, ornée des prérogatives dans lesquelles elle fut créée. Ne la trouvant point telle, il en ressent du dédain et nous prend en ‘haine. Voilà en quoi consiste la faute originelle. Pour dissiper toute équivoque, il sera bon de remarquer que l’absence des diverses prérogatives reçues dès le début ne concourt pas également à constituer la faute héréditaire. Celle-ci consiste essentiellement dans l’absence de la grace sanctifiante que nous avons volontairement dissipée par l’œuvre de notre premier père. Le reste, c’est-à-dire la concupiscence, la faiblesse, l'ignorance, la malice, l'obligation de la mort, la sujétion à la douleur ne sont que les éléments accidentels, ou pour mieux dire les conséquences de la faute, mais non la faute même. Aussi demeurent-ils en nous même après que le Baptême a effacé le péché originel.
Cette vérité, que le premier péché d'Adam passe en tous ses descendants, que tous sont solidaires avec lui dans la révolte contre Dieu, est clairement attestée par l’Ecriture et unanimement proclamée par les Pères. Elle forme la base même de tout le christianisme. Le Concile de Trente en sanctionnant les canons des anciens conciles de Milève et d'Orange tenus contre les Pélagiens, a donné au dogme de la transmission du péché originel, son expression définitive, au canon 2 de la session V, canon ainsi
vote I
conçu: « Si quelqu'un affirme que la prévarication d'Adam n’a nui qu’à lui seul et non point à ses descendants, qu’il perdit pour lui seul et non pas pour nous la sainteté et la justice qu’il avait reçues de Dieu ; que souillé par son péché de désobéissance, il n’a pas importé dans tout le genre humain, la mort et les peines corporelles, et même le péché qui est la mort de l'âme; que celui-là soit anathème. Car il contredit l’Apôtre affirmant que par un seul homme le péché est entré dans le monde et la mort par le péché, et ainsi la mort est arrivée à tous les hommes par celui dans lequel tous ont péché. »