‹ Marie dans le dogme catholique (volume 2)Chapitre 16 sur 154 · IV. Marie exempte de la loi de transmission du péché · texte numérisé non relu

IV. Marie exempte de la loi de transmission du péché

Telle est donc notre condition à nous malheureux descendants d'Adam. Le péché est comme un fleuve bourbeux aux eaux mortelles, qui se répand sur toute l'humanité et tous y font misérablement naufrage. La faute est là aux portes mystérieuses qui nous introduisent dans le monde, et elle souille notre àme dès le premier instant de sa création. Qui nous engendre nous tue, nous dit si bien Bossuet. Il en advint ainsi de nous, mais non point de Marie. Elle n’est pas forcée à répéter les paroles de David: « In peccalis concepit me Mater mea. Ma mère m'a conçu dans le péché ». Alors que tous font naufrage dans les flots du péché, elle est cette arche bénie qui vogue au-dessus de ces eaux débordantes.

Dieu qui a soumis tous les autres à la loi de l’hérédité du péché, redit à sa mère les paroles d’Assuérus à Esther: « Non enim pro le, sed pro omnibus haec lex constitula est. Cette loi est faite pour tous les autres, mais non pas pour toi ».

La chose n’est plus incertaine ni discutable. Elle fait partie du trésor précieux de nos dogmes, qu’on ne saurait violer sans se séparer du corps des fidèles. Elle fut solennellement définie le 8 décembre 1854 par Pie IX, qui promulgua dans le monde entier cette vérité par la Bulle Ineffabilis. On y lit: « Nous n'avons cessé dans l'humilité et le jeûne d'offrir à Dieu le Père par son Fils nos prières particulières et les prières publiques de l'Eglise, afin qu'il daignàt diriger et fortifier notre esprit par la vertu de l’Esprit Saint; et alors, ayant imploré le secours de toute la cour céleste et invoqué avec des gémissements l'Esprit Saint, sous l'inspiration de celui-ci, en l'honneur de la sainte et individuelle Trinité, à l'honneur et à la gloire de la Vierge mère de Dieu, à l’exaltation de la foi catholique, au progrès de la religion chrétienne, au nom de Notre Seigneur Jésus- Christ, des bienheureux Apôtres Pierre et Paul et au nôtre, nous déclarons, prononcons et définissons que la doctrine, affirmant la bienheureuse Vierge Marie préservée de toute tache du péché d’origine, dès le premier instant de sa conception, par une gràce singulière et un privilège du Dieu tout-puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ Sauveur du genre humain, est une doctrine révélée

par Dieu, et par suite qui doit être crue fermement et constamment par tous les fidèles. Aussi, si quelques-uns présumaient, ce que Dieu éloigne! de penser en leur cœur autrement qu'il ne fut défini par nous, nous reconnaissons.et tenons pour assuré, que condamnés par leur propre jugement, ils ont fait naufrage dans la foi ».

V. Explication des termes de la définition. Marie soumise à la dette éloignée de la faute

On ne saurait désirer une affirmation plus nette ni plus précise. L’exemption de Marie, de notre triste héritage est mise dans une telle lumière qu’il n’y a plus place pour aucune tergiversation. Toutefois, il sera bon de fixer un peu notre attention sur les diverses incises qu’elle contient et qui servent à marquer nettement les contours de la vérité, que nous étudions. Dans la Bulle il est dit que Marie fut préservée de la faute originelle par une grâce singulière et un privilège du Dieu tout-puissant. Singulari omnipolentis Dei gratia et privilegio. Ceci signifie que Marie par nature n’était point exempte du funeste héritage. Enveloppée comme toute créature humaine dans le fleuve de la génération, elle devait fatalement être immergée dans les flots du péché. Elle eut, comme s’expriment les théologiens, le debilum du péché et on ne le comprend que trop, après ce que nous avons dit sur la transmission de la faute primitive. Le véhicule qui porte jusqu’à nous le péché d'Adam, consiste en ce

que nous sommes engendrés de lui. Par la génération arrive jusqu’à nous la nature humaine qui fut en lui après la révolte contre Dieu, c’est-à-dire la nature souillée par la faute. Si Dieu qui peut, des pierres même, susciter des fils à Abraham, créait du néant un homme, celui-ci semblable à Adam par la composition intrinsèque de sa nature, n’aurait rien à voir avec sa faute: il en serait nécessairement exempt. Aussi la génération virginale comme celle de Jésus, était un titre d’exemption nécessaire de l'héritage du péché. Engendré en effet de cette façon, Jésus recevait, lui, la nature humaine, mais non pas par Adam : c'est-à-dire, il ne se trouvait pas représenté en Adam lorsque celui-ci en sa qualité de notre chef juridique, rejeta criminellement les divines générosités, ce qui veut dire qu'il ne fut en rien complice de la faute.

Mais tous ceux qui descendent d'Adam parla voie ordinaire de la génération charnelle, sont comme des ruisseaux venant d’une source souillée, et à moins d’une intervention spéciale de la divine Providence, ils doivent porter en eux la corruption commune. Tel fut précisément le cas de Marie.

D’aucuns sur ce point s'abandonnèrent à des suppositions fantastiques. Apôtres zélés de la conception de Marie, convaincus d’autre part que le péché originel est toujours transmis avec la génération, ils ont pensé afin de soutenir leur thèse, que Marie fut comme son divin Fils conçue virginale-

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