ST. ALBERT'S COLLEGE LIBRARY LES PRÉROGATIVES DE MARIE
ment. Une pareille opinion ne repose sur aucun
fondement.
Au contraire, il faut dire que Marie par son origine, aurait dû être soumise à la faute. Elle n’en fut préservée que par un trait spécial de la bonté divine, qui suspendit pour elle, par voie d’exception, la loi fatale. Aussi son Immaculée conception est-elle appelée grâce singulière et privilège du Dieu toul-puissanl.
Aucun théologien sérieux ne doute que Marie ait contracté la dette du péché. Mais quelques-uns nomment celte dette prochaine, d’autres au contraire affirment qu’elle fut éloignée.
Le jugement que l’on porte sur la nature de cette dette dépend de la place que l’on assigne à Marie dans les décrets de la divine prédestination. Et en effet, admettez que Marie fut exempte du péché originel en vue de sa divine maternité. Il répugnait que la mère de Dieu fut même un instantesclave de Satan. Marie dut contracter le péché en tant que Fille d'Adam. Tout dépend donc de la priorité que peuvent avoir en Marie ou la mère de Dieu ou la fille de notre père révolté. Si on croit que Marie fut d'abord fille d'Adam et ensuite Mère de Dieu, chose qui se vérifierait si Marie: avait dû exister, même sans être destinée à devenir Mère de Jésus, alors la dette du péché est en elle plus marquée, plus grande : elle est prochaine. Si au contraire on admet que Marie fut créée pour être Mère de Dieu et que seulement après l'avoir ébauchée comme telle, Dieu
décréta qu'elle naîtrait d'Adam, alors on comprend qu'elle est éloignée davantage du péché. Dans la première hypothèse, Marie apparaît fatalement sujette à la loi du péché dont elle est ensuite exempte. Dans la seconde hypothèse, elle nous apparaît ornée du titre d’exemption du péché dans l’acte même qui la crée et avant même d’être soumise à cette origine qui fait sa nature participante de notre triste héritage.
Après ces explications, nous devons adhérer à l'opinion, qui n’admet en Marie que le debilum remotumde la faute, car en parlantdela prédestination de Marie, nous avons déjà soutenu la thèse, qu’elle fut appelée à l’existence par Dieu, seulement en vue de Jésus. Si le Fils de Dieu n’avait point dù venir au monde, Marie ne serait jamais sortie du néant. Il faut dire d’elle, qu’elle fut d’abord Mère de Dieu et ensuite fille de l’homme. On ne peut la concevoir même un instant séparte, indépendante de Jésus ; aussi lorsqu'elle entrait parmi les descendants d'Adam, lorsqu'elle rencontrait par conséquent la dette du péché, elle portait déjà en elle le bouclier invincible qui devait tenir loin les assauts de la faute. La désignation de Marie comme Mère du Sauveur ne détruisait point pour elle la loi du péché, mais elle réclamait impérieusement qu’elle ne fut point exécutée en elle. Tout ceci rendait sa dette vis-à-vis de la faute, très ténue.