VI. Marie rachetée par une rédemption préservatrice
Il faudra donc conclure que Marie ne fut point débitrice de son salut à Jésus, qu’elle n’eut point besoin de la Rédemption ? Eh bien ! non. La conclusion serait fausse. Il faut même conclure lecontraire, à savoir : que personne comme elle ni aussi largement, ne participa aux bienfaits qui: émanent du sang de Jésus, Il ne fut pas seulement notre Sauveur, mais il fut aussi celui de Marie et même d’une manière toute particulière. Il nous. procure le salut en venant nous chercher dans la. fange du péché pour nous rendre notre ancienne: dignité ; à Marie il procura le salut en empêchant qu’elle ne tombàt dans le déshonneur qui atteint l'homme dans l’acte même qui'le met au nombre des vivants. Pour nous la rédemption est réparatrice, pour elle elle fut préservatrice. On doit direet l’on dit de quelqu'un qu'il est sauvé, non seulement parce qu'il est tiré d’un précipice, mais encore: et beaucoup plus parce qu’il est empêché d’y tomber.
Le premier effet produit en Marie par la rédemption fut précisément son Immaculée Conception, et c’est pour ce motif que dans la définition elle est dite, concédée en vue des mérites de Jésus sauveur du genre humain. /nluitu merilorum Christi Jesu Salvatoris humani generis.
Voici comment Bossuetexprime élégamment cette: vérité : « Marie a cela de commun avec tous les. hommes, qu’elle est rachetée du sang de son Fils ;
mais elle a cela de particulier que ce sang a été tiré de son chaste corps. Profundendum sanguinem pro mundi vita de corpore tuo accepit, ac de te sumpsil quod eliam pro te solvat. Elle a cela de commun avec tous les fidèles, que Jésus lui donne son sang; mais elle a cela de particulier, qu'il l’a premièrement recu
d'elle. Elle a cela de commun avec nous que ce -
sang tombe sur elle pour la sanctifier ; mais elle a cela de particulier qu'elle en est la source. Tellement que nous pouvons dire que la conception de Marie est comme la première origine du sang de Jésus. C’est de là que ce beau fleuve commence à se répandre, ce fleuve de grâces qui coule dans nos veines par les sacrements et qui porte l’esprit de vie dans tout le corps de l'Eglise. Et de même que, les fontaines se souvenant toujours de leurs sources, portent leurs eaux en rejaillissant jusqu’à leur hauteur, qu'elles vont chercher au milieu de l’air; ainsi ne craignons pas d’assurer que le sang de notre Sauveur fera remonter sa vertu jusqu’à la conception de sa Mère, pour honorer le lieu dontil est sorti.
Ne cherchez donc plus chrétiens, ne cherchez plus le nom de Marie dans l’arrêt de mort qui a été prononcé contre tous les hommes. Il n’y est plus, il est effacé : et comment? Par ce divin sang qui, ayant été puisé dans son chaste sein tient à gloire
d’employer pour elle tout ce qu'il renferme de
force en lui-même, contre cette funeste loi qui nous tue dès notre origine » (1).
1, Sermon II sur la Conception, ed. Lebarcq, u, p. 248.
Après cela l'argument que contre le privilège de l’Immaculée conception opposaient certains théologiens de nom illustre même, le tirant de la nécessité pour Marie d’être rachetée, cet argument est d’uneinconsistance évidente.
Si on admet l’Immaculée Conception de Marie, disaient-ils, on fait injure au Sauveur dont on restreint l’œuvre salvifique, œuvre à laquelle on soustrait sa mère. Mais au contraire le privilège de l’Immaculée Conception est le plus noble trophée du sang du Christ.