III MARIE DANS LE DOGME
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la divine maternité dont nous avons déjà étudié l’incomparable hauteur. Sans égale fut son élévation: transcendante aussi sous tout rapport dut être la grâce reçue par elle dès le commencement. Telle est l’opinion commune parmi les théologiens qui ont examiné la question, et dont quelques-uns portent un nom imposant. À leur opinion, la Bulle Ineffabilis apporte une confirmation tout autre que négligeable. On y lit: « Le Dieu ineffable dès le commencement et avant tous les siècles, choisit et donna à son Fils une mère dont, fait homme, il dut naître dans la plénitude heureuse des temps; et parmi toutes les créatures, il la préféra avec tant d'amour, qu'il se complut en elle seule de toute la bienveillance de sa volonté. Aussi, plus que tous les saints, la combla-t-il de l’abondance de toutes les grâces célestes puisées au trésor de la divinité d’une façon si merveilleuse, que préservée de toute tache du péché, toute belle et toute parfaite, elle eut en elle cette plénitude d’innocence et de sainteté qui ne peut se concevoir plus grande au-dessous de Dieu, et que personne hors Dieu lui-même ne peut imaginer. Et de fait, il était tout à fait convenable qu'une mère si vénérable brilla toujours des splendeurs d'une sainteté très parfaite et que, exempte de la tache même de la faute originelle, elle remporta un triomphe complet sur l'antique serpent ».
La grâce n’est jamais seule dans l’âme, elle est toujours accompagnée de vertus infuses ; il est de foi au moins que Dieu avec la grâce donne aussi les
LES PRÉROGATIVES DE MARIE 59 AE RI RAINER DIN CE PA EN me PE RSR
vertus théologales, la foi, l'espérance, la charité. A ces vertus s'ajoutent comme complément nécessaire les dons de l'Esprit Saint. Personne n’oserait nier que les vertus infuses et les dons de l'Esprit Saint aient été concédés par Dieu à Marie dans sa conception en une mesure proportionnée à la grâce immense dont elle était ornée.
Et alors au moment même de sa conception, elle pouvait en toute vérité dire les paroles que la liturgie lui met sur les lèvres : « Joyeuse je me réjouirai dans le Seigneur, et mon âme exultera en mon Dieu, car il m'a revétue des vêtements du salut. Il m'a entourée d’un manteau de justice comme une épouse ornée de colliers. » (Introît de la Messe de l’Immaculée). Et qui peut dire qu’en fait un cantique d’irréfragable gratitude envers Dieu n’a point jailli du cœur de la Vierge à l'instant même de sa conception ? Qui peut dire que dès le premier instant, joyeuse de la faveur que Dieu lui faisait en la préservant du péché et la parant d’une grâce extraordinaire, pleine d’une sainte allégresse, elle n’ait point entonné alors pour la première fois, dans le silence de son esprit illuminé d'un rayon particulier de lumière, le cantique du {Magnificat qui résonna plus tard sur ses lèvres dans la maison de sa parente Elisabeth? Les théologiens n'ont point manqué de discuter cette question, et le sentiment prédominant est précisément que Marie au premier instant de son existence eut l’usage de la raison, se forma de Dieu un concept suffisamment précis,
eut conscience du privilège insigne qui lui était concédé. Quelques auteurs même pensent que cet usage de la raison, elle le conserva toujours sans qu’en elle il souffrit aucune éclipse, pas même durant la période de sa gestation. Nous ne voudrions pas nous porter garants de cette dernière affirmation, mais il nous paraît très difficile de ne point admettre qu’un rayon de lumière intellectuelle ait illuminé Marie quand Dieu pour la première fois la comblait de sa grâce. L’Ecriture il est vrai, ne satisfait point notre pieuse curiosité sur ce point ; mais d’autre part elle nous fait savoir que Jean Baptiste sursauta de joie, de joie qui devait être certainement consciente, quand il fut sanctifié au sein maternel. Nous savons que d’autres saints eurent l’usage de la raison quand ils reçurent le Baptême, tel par exemple le Bienheureux Nicolas de Flue, la plus brillante gloire dela nation helvétique. Pourquoi douter alors que Dieu ait fait de même pour sa mère ?
IX. Perfection extraordinaire de toute la nature de Marie immaculée.
Quoiqu'il en soit de ce premier épanouissement de la grâce de Marie, en un acte qui eut été un élan généreux d’amour divin, il est hors de doute que la sanctification originelle de Marie se fit sentir dans toute sa nature et l’éleva à un degré vertigineux de dignité. Et par là, on peut relever la grande, l’immense différence qui existe entre notre première
sanctification et celle de la mère de Dieu. Nous aussi nous sommes délivrés du péché d’origine par ‘le moyen de la grâce que le Baptême infuse dans nos âmes. Mais les effets de cette première grâce demeurent en nous bien paralysés. Cette gràce enlève l’inimitié que nous avions envers Dieu, elle nous délivre au moins en partie de la servitude de Satan, elle nous transporte du royaume des ténèbres dans l’admirable lumière du Sauveur. Bref, elle détruit en nous cette souillure fatale en laquelle consiste essentiellement la faute héréditaire, mais les autres conséquences de cette faute restent en nous tant que nous sommes pèlerins sur terre. Les grandes plaies faites par la première faute à notre nature déchue sont plus ou moins solidement cicatrisées par le Baptême. Elles ne sont point enlevées, elles ne disparaissent pas complètement. C’est une cicatrice qui pour un rien, recommence à s'ouvrir et à saigner pitoyablement. Je veux dire que malgré la régénération divine, que nous apporlent les eaux salutaires du Baptème, nous aurons toujours en nous la concupiscence, la faiblesse, l'ignorance et la malice. En Marie au contraire, il n'en fut point ainsi. La gràce produisit en elle, pour ainsi parler, une constitution morale parfaite, admirable d'intégrité et de fraicheur, détériorée par aucune cicatrice, fùtelle même inviolablement refermée. La grâce de sa première sanctification mit un élément d’extraordipaire perfection soit dans sa volonté, soit dans son intelligence, soit enfin dans sa sensibilité.
Dans la volonté de la vierge immaculée aucune trace de celte fatale faiblesse qui rend la nôtre si encline au mal, si attachée aux misérables biens de la terre, qui la fait rencontrer des obstacles continuels au bien et qui s'appelle communément malice. Marie n’a pas connu cette dégradante situation, elle n’a jamais ressenti cette répugnance intérieure au bien qui a fait gémir si amèrement même les hommes les mieux assis dans la sainteté. Elle ne sentait au contraire qu’une attirance continuelle vers le bien. Semblable à ces oiseaux qui aiment à s'élever rapidement de la terre, elle était poussée par un secret et heureux instinct continuellement vers les choses céleste. La disposition constante de sa volonté était de n’aimer que ce qui est véritablement aimable, et de ne vouloir se complaire que dans ce qui n'apporte avec soi ni remords ni repen-. tir. Toujours sourde aux intérêts des sens, la volonté de Marie immaculée ne s’ébranlait que devant les charmes de l’innocence, elle ne savait s'orienter que sous les impressions de la grâce. Parce qu’elle était immaculée, Marie eut dès le premier instant une volonté pleinement conforme à la volonté de Dieu.
Et pour la même raison, elle eut une intelligence ornée d’une perfection singulière, nous n'avons pas le dessein de mesurer maintenant l'ampleur de la science de Marie, disons seulement que grâce à l'exemption du péché originel, l'intelligence de Marie fut plus que la nôtre préparée à recevoir les
divines révélations, à approfondir les vérités de l'Esprit. Dans son intelligence, aucur de ces nuages qui trop souvent s'accumulent dans la nôtre et empêchent la vision suffisamment claire de Dieu et des choses qu'il lui plait de nous révéler. En elle aucun de ces assauts contre la foi dont souvent nous souffrons involontairement, aucune de ces fatigantes ascensions par lesquelles nous élevant au dessus des représentalions sensibles, nous cherchons à promener notre contemplation dans le vaste monde des vérités éternelles. L'intelligence de Marie se plongeait alerte et vigoureuse dans la plus douce méditation des plus profonds mystères ayant trait à Dieu, à sa miséricorde, aux dispositions très sages de sa Providence. On dit de saint Louis de Gonzague qu'il avait toujours sa pensée absorbée en Dieu à tel point que ses supérieurs crurent nécessaire de lui imposer de se distraire en d’autres choses. Avec une facilité, une affection, une pénétration immensément supérieures, Marie immaculée se sentait continuellement absorbée dans la contemplation des choses célestes. Aucun théologien, de quelque valeur qu'il soit, n’eut sur les choses divines une connaissance semblable à celle de Marie. C’était la pénétration de son intelligence, non blessée par l'ignorance originelle, qui la rendait extrêmement apte à l’union la plus intime avec Dieu, qui lui rendait ineffablement faciles etsuaves les délicates et parfaites opérations de la vie intérieure et l'initiait à de fréquentes extases et à des ravissements sublimes.
L’exemption du péché d’origine en même temps qu'elle corroborait la volonté et fortifiait l’intelligence de Marie, enchaînait en elle les puissances inférieures et les soumettait à l'empire absolu de la raison. Entre les puissances intellectuelles et les puissances sensilives de Marie, il n’y eut jamais antagonisme d’aucune sorte. En Marie la raison eut toujours un empire absolu sur les sens, et jamais ceux-ci n'ont osé se révolter contre elle ni prévenir ses desseins, ni troubler ses conseils, ni résister à ses ordres, ni empêcher les mouvements de l’esprit qui l’emportait vers l'union intime avec Dieu. En d’autres termes, Marie ne connut jamais ces obstacles qui naissent en nous des blessures natives de la concupiscence et de la faiblesse dont est infestée notre sensibilité. Il ne lui arriva jamais, ce qui malheureusement nous arrive trop souvent de devoir répéter avec saint Paul : « Je sens dans mes membres une loi qui répugne à la loi de mon esprit ». Tout ceci peut s'exprimer en langage théologique par ceci : que Marie ne ressentait point le feu des passions.
La question du fomes dans la Vierge fut examinée dès le début de la scolastique et tous les docteurs appuyés sur les Pères s'accordent à dire que Marie ne ressenlil jamais aucun acte de concupiscence (1). Ils ne sont point d'accord toutefois dans l'emploi d'une même formule destinée à exprimer cette