‹ Marie dans le dogme catholique (volume 2)Chapitre 29 sur 154 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

L’Immaculée Conception de Marie, d'après l'Ecriture.

SOMMAIRE

I. On détermine à priori quelle peut être la valeur des arguments scripturaires à ce sujet. — II. L’Immaculée Conception dans l'Ancien Testament. Les arguments moins probants. — III. L'argument tiré du Proto-Evangile. — IV. Marie immaculée dans le Nouveau Testament.

I. On détermine à priori quelle peut être la valeur des arguments scripturaires à ce sujet.

La raison n’a rien à dire contre l’insigne privilège de la Conception Immaculée de Marie : elle le trouve au contraire tout à fait en harmonie avec la place occupée par Marie, soit en regard de Dieu, soit par rapport aux créatures. Nous venons de le voir.

Et la Sainte Ecriture, que nous dit-elle sur ce point ? Les livres inspirés ont-ils au moins quelque allusion à la délicatesse de Dieu pour sa mère, ne permettant pas qu’elle fut jamais souillée de péché? À personne n'échappera l'importance que revêtirait une attestation biblique en ce sens. Il ne faudrait point toutefois exagérer cette importance : notre foi au grand privilège de Marie devrait en effet rester

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inébranlable, même si sur ce privilège régnait le plus profond silence scripturaire. Après tout, aucun catholique ne peut ignorer que l’Ecriture n'est pas la règle suprême de notre foi. L’Ecriture, sans aucun doute, est d’une très grande autorité, parce qu'elle est la parole de Dieu. C'est Dieu qui a parlé par les auteurs inspirés. On ne saurait donc ne pas se réjouir de retrouver une vérité exprimée dans les pages sacrées ; c’est comme si elle nous venait alors de la bouche même du Saint-Esprit.

Si tout cela est vrai, il est vrai aussi qu’au-dessus de l’Ecriture se trouve l'autorité de l'Eglise. Là est le grand point de division entre le Catholicisme et le Protestantisme. Les Réformés veulent demander à la Sainte Ecriture et à elle seule, la liste des dogmes à croire. Nous au contraire, nous regardons vers l'Eglise, et en elle nous saluons la maîtresse suprême et universelle de vérité. Supréme, car mème l'écriture lui est subordonnée : c’est elle l'Eglise qui doit nous dire quels livres sont inspirés, et quel est le sens vrai et précis de leurs enseignements. Toute notre croyance aux livres saints repose sur notre foi à l'Eglise, selon la parole célèbre de saint Augustin : Evangelio non crederem nisi me commoveret Ecclesia auclorilas. — Universelle, car l'Eglise est dépositaire de toutes les vérités révélées, alors que l'Ecriture n’en renferme qu’une partie. Outre ce qu'ont écrit les hagiographes sacrés, nous devons admettre comme étant de foi toutes ces autres vérités dont, dans nos livres sacrés, il n’y a pas la moindre trace. Ces

vérités nous sont conservées et proposées par

l'Eglise au moyen de la tradition. C’est en effet par là, c'est-à-dire en disposant de l'Ecriture et de la

Tradition, que l'Eglise devient notre maîtresse uni-

verselle de vérité, capable de nous proposer toutes

les vérités révélées.

Pour mettre fin à toute controverse, chez nous Catholiques, il suffit de la parole de la suprême autorité spirituelle, c’est-à-dire la parole des conciles œcuméniques, ou du seul Pontife romain.

Nous avons voulu faire cette observation préliminaire, afin de prémunir contre tout sentiment de douloureuse surprise, ceux de nos lecteurs qui ne trouveraient point absolument concluants et inéluctables les arguments scripturaires qu'on a coutume de produire en faveur de l’immaculée conception de la Vierge bénie.

Et en réalité, nous nous hâtons de le dire, il faut rejeter l’idée que l’immaculée conception soit indiquée, dans la Bible, de façon claire, précise, péremptoire, n’admettant aucune tergiversation, comme cela a lieu, par exemple, pour la divine maternité, la perpétuelle virginité de Marie, et sa qualité de corédemptrice. Pour nous en convaincre absolument, il suffit de cette simple reflexion : comment, en cas contraire, eut été possible, la longue controverse sur l’Immaculée Conception, controverse qui dura des siècles, controverse dans laquelle des théologiens éminents, d’illustres saints, et les champions. même de la théologie, se groupèrent contre le pri-

vilège de Marie ? Si ce privilège est énoncé clairement dans nos livres inspirés, pourquoi ne l’y surent découvrir ni un saint Bernard, ni un Bienheureux Albert le Grand, ni un bienheureux Alexandre de Halès, ni un saint Bonaventure, ni ùn saint Thomas d’Aquin, lesquels soutinrent même que Marie fut soumise à la faute originelle ?

Il ne nous faudra donc demander à la sainte Écriture, qu’une preuve probable; il nous faudra lui demander si elle renferme des principes d’où le privilège auquel nous nous intéressons actuellement, découle par une conséquence logique.

Ainsi réduites, nos prétentions recevront sans aucun doute, satisfaction. Qui n'a pas l'esprit enténébré de préjugés, trouvera facilement avec un peu de bonne volonté, la preuve de l’Immaculée Conception soit dans l’Ancien Testament, soit dans le Nouveau.

II. L'Immaculée Conception dans l'Ancien Testament. Les arguments moins probants

Commençons par l’Ancien Testament.

Il arrive fréquemment de voir cités en preuve de l’Immaculée conception, divers passages tirés du Cantique des Cantiques. Ce sont les textes : Que lu es belle, 0 mon amie. — Tu es loule belle, 6 mon amie, et en toi ne se lrouve aucune lache. — L’épouse brille entre les filles d'Israël, comme un lys parmi les épines, et autres textes semblables.

Ces expressions, à la vérité, servent parfaitement

à décrire, à mettre en relief dans sa merveilleuse beauté, le grand privilège de Marie: ils n’ont toutefois aucune valeur pour en démontrer l'existence. Quelqu'un déjà convaincu que Marie a été préservée de la faute d’origine, ne saurait trouver expressions meilleures ou plus autorisées que celles employées dans le Cantique des Canliques, pour signifier l’immense amour montré en cette occasion par Dieu à Marie. Mais si l’on voulait extraire de ces passages comme conséquence logique que Marie fut sanctifiée dès le premier instant de son existence, on donnerait à ce raisonnement une base incertaine et vacillante, car de telles expressions s’appliquent à Marie non au sens littéral, mais seulement au sens typique. Or, selon la règle très connue de saint Thomas, pour que nos déductions bibliques soient incontestables, il faut qu’elles s’appuient sur le sens littéral.

Nous trouvons au contraire un argument bien plus solide dans le livre de la Genèse, où Dieu prédit qu'Il mettra des inimitiés entre la femme et le serpent, et que ce dernier aura la tête brisée.

Qu'on puisse vraiment de ce passage conclure en toute légitimité à l’Immaculée Conception, Pie IX le pense et l’enseigne dans la bulle Ine/fabilis, en nous apportant à ce propos l’exemple des Pères de l'Eglise.

« Et en vérité, lit-on dans la Bulle, les Pères et les écrivains ecclésiastiques, instruits de la parole divine, n’eurent rien plus à cœur dans leurs livres,

composés pour expliquer l’Ecriture, défendre les dogmes et enseigner les fidèles, que de louer sans cesse, d'exalter en toute façon et merveilleusement l'ineffable sainteté et dignité de la Vierge, sa préservation de toute souillure de péché et son insigne victoire sur l’horrible ennemi du genre humain. Aussi, dans leur commentaire des paroles: « Je meltrai des inimiliés entre loi et la femme, entre ta race el la sienne », paroles par lesquelles Dieu dès le principe du monde, annoncant les magnifiques remèdes de sa miséricorde pour régénérer l’humanité, abattit l’audace du serpent trompeur, et releva splendidement l’espoir de notre race, ces écrivains enseignent que cet oracle divin présente clairement et avec évidence le miséricordieux Rédempteur du genre humain, le Fils de Dieu, Jésus-Christ, désigne sa Bienheureuse Mère, la Vierge Marie, et enfin exprime solennellement les identiques inimitiés de l’un et de l’autre contre le démon. D’où, comme le Christ médiateur entre Dieu et les hommes, ayant pris la nature humaine, annula le décret porté contre nous et le cloua triomphant è la croix, ainsi la très sainte Vierge, unie à Lui d’un lien très étroit et indissoluble, gardant en même temps que Lui et avec Lui de perpétuelles inimitiés contre le venimeux serpent, et remportant sur ce dernier un triomphe complet, lui brisa la tête de son pied immaculé. »

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