ARTICLE PREMIER
L'Immaculée Conception dans les quatre premiers siècles.
SOMMAIRE
I. Les premiers chrétiens eurent de Marie immaculée, l’idée qui naturellement jaillit de la Sainte Ecriture. — II. Ils admirent implicitement son immaculée conception, en découvrant en Marie la seconde Eve. — III. Et l’arche d'alliance incorruptible. — IV. Saint Ambroise se montre favorable à l’Immaculée Conception, en appelant Marie « vase céleste », exempte de quelque sorte de péché que ce soit. — V. Quel appui donnent au dogme de l’Immaculée Conception, les apocryphes mais anciens témoignages mis sous le nom de l’apôtre André, d’Origène, de Denys d'Alexandrie, de saint Jean Chrysostome.
I. Les premiers chrétiens eurent de Marie immaculée, l’idée qui naturellement jaillit de la Sainte Ecriture.
Durant les quatre premiers siècles, les écrivains ecclésiastiques, comme nous l’avons déjà noté ailleurs, n’ont pu s'occuper que très peu de Marie. Engagés dans la défense des dogmes alors attaqués par les hérétiques, ils y consacraient presque toute leur activité intellectuelle. Et les dogmes à défendre regardaient tous la personne du Sauveur, la divinité de l'Eglise et par suite la Trinité. On ne sentait ni l'opportunité, ni le besoin de mettre en écrit de longs raisonnements sur Marie. Toutefois elle n’est point totalement passée sous silence. Cela eut été
impossible, car elle est indissolublement liée au
Rédempteur. Nous trouvons donc des allusions à
Marie même dans cette époque primitive, et si elles
sont en petit nombre comparées aux documents
laissés par les àges postérieurs, elles sont, considérées en elles-mêmes, d’une valeur inestimable, car elles nous font connaître avec certitude, ce qu'ont pensé de Marie nos ancêtres dans la foi. Elle n’est pas encore, — par une méditation assidue et une analyse amoureuse, partage des écrivains postérieurs au 1v° siècle, — mise en une lumière intense et éclatante. Ce n’est point sans une spéciale disposition de la Providence, laquelle s'adapte aux besoins les plus urgents de cette époque, que Marie reste enveloppée dans une certaine pénombre. Même à cette époque, elle apparaît géante, émergeant des épaisses obscurités dans lesquelles le péché origiginel a plongé le reste des hommes. La chrétienté des quatre premiers siècles ne connut l’exemption de Marie qu’implicitement, à la clarté de cette lumicre discrète répandue sur ce privilège par la
Sainte Ecriture.
II. Ils admirent implicitement son immaculée conception, en découvrant en Marie la seconde Eve.
Le premiers pères et les premiers écrivains ecclésiastiques ne furent pas moins frappés que nous des paroles du Protoévangile et du salut de l’archange Gabriel à Marie. Ils y fixèrent leur attention et se formèrent de Marie l’idée d'une seconde Eve
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toute pleine de grâce. Elle fut reconnue comme la nouvelle Eve dans toute l'Eglise. Alors que saint Paul déclarait expressément que Jésus était le second Adam, les premiers Pères complétèrent le parallèle, ajoutant que l’Eve placée par Dieu aux côtés du second Adam, c'était Marie. Elle était vénérée comme telle, soit dans l'Orient, soit dans l'Occident : en font foi Justin Martyr, Irénée, Tertullien, trois noms représentant lies diverses parties du monde chrétien : ils s'accordent à dire que Marie a dans l’œuvre de notre salut le rôle même exercé par Eve dans notre ruine, Nous ne citons point leurs témoignages, car nous l'avons déjà fait ailleurs, nous nous limitons à reproduire celui de Justin pour mettre sous les yeux du lecteur le contraste que les anciens écrivains trouvaient entre Eve et Marie : « Nous savons, dit Justin, que Dieu s’est fait homme dans le sein de Marie, afin que la désobéissance suggérée par le démon se terminàt comme elle avait commencé. Eve vierge encore et innocente engendra la désobéissance et la mort, en prêtant l'oreille aux discours du serpent. Au contraire, la Vierge Marie eut foi au message joyeux de l’ange, à savoir : que l'esprit du Seigneur viendrait en elle, que la vertu du Très Haut la couvrirait de son ombre, et que celui qui naîtrait d’elle serait le Fils de Dieu, et elle répondit : « Qu'il me soit fait selon ta parole. » (Orat. cont. Trif, n° 100).
Presque identique est le langage d’Irénée et de Tertullien.
Eh bien! une telle idée de Marie la supposait exempte-de la faute originelle. Cela était demandé parle contraste qu’elle découvrait entre Ève et Marie, et méme, par le simple fait de trouver en Marie la seconde Eve.
Le contraste entre Eve et Marie consiste en ce que Eve d’une part, encore vierge etinnocente, est cause de la ruine. Marie au contraire, en croyant avec joie l’annonce de Gabriel, c’est-à-dire en ne commettant point la faute d’Eve devient cause du salut. Le contraste suppose donc pour être logique, que Marie même avant l’Annonciation a possédé cette innocence que le démon fit perdre à Eve: ce qui est admettre implicitement l’exemption de la faute originelle en Marie.
Du reste, en disant seulement que Marie est la seconde Eve, qu’elle a concouru à notre salut, ces vénérables écrivains nous ont mis sur la voie qui conduit à l’Immaculée Conception. Les fonctions de la seconde Eve, l’ensemble de ses rapports aveg le Sauveur, ne peuvent comporter qu'elle soit méme pour peu de temps, privée de la grâce et esclave du péché. Voici le raisonnement si juste de Newmann : « Marie, selon l'enseignement des Pères, accomplit dans notre restauration le rôle d'Eve dans notre chute. Or, quelles furent d’abord les prérogatives qui rendirent Eve apte à supporterl'épreuve ? Elle n'aurait pu résister à la fascination du démon bien qu’innocente et sans péché, si elle n'avait eu encore une grâce abondante. Et cette grâce elle