IIA MARIE DANS LE DOGME
dants, et que sur elle ne pesait encore aucune malédiction, ainsi Marie est immaculée, parce qu'elle ne fut contaminée d’aucun péché, ni personnel, ni héréditaire.
Mais quelle est la valeur de ce passage? Il se trouve dans la lettre des Prétres d’Achaie, sur le martyre du saint Apôtre, letlre publiée pour la première fois en latin par le protestant Christophe Woog, qui en soutient avec ardeur l’authenticité. Gallandi lui aussi cherche à démontrer que ces actes sont authentiques et datent d'environ So... Ce serait donc un des témoignages les plus anciens et les plus explicites de la tradition chrétienne en faveur du privilège insigne de Marie. Mais tout le monde ne reconnait point l’authenticité de ce document, déclaré par certains, apocryphe.
Mais pour autant qu'on veuille retarder sa date, il reste toujours d’une origine très ancienne, antérieure au troisième siècle. Nous pouvons donc en toute hypothèse, l’accepter comme un document de grande et incontestable autorité en faveur de l'Immaculée Conceplion.
On peut de la même manière, légitimement, produire sur ce sujet quelques témoignages attribués à Origène, à Denys d'Alexandrie et à saint Jean Chrysostòme, en remarquant toujours que leur authenticité n’est point certaine, qu’elle est même très douteuse ; aussi n’apportent-ils à la foi catholique que le poids de leur antiquité et non pas celui de l’autorité des noms dont ils sont revêtus.
Dans la première des dix homélies attribuées à Origène, on lit: « Marie est la Vierge mère de ce fils unique de Dieu; elle est la seule immaculée, digne du Dieu immaculé, la seule digne de celui qui est unique ». Que veut dire l’auteur parle qualificatif d’immaculée ? Cela apparaît clairement de ce qui: suit : « elle ne fut point infestée par le souffle empoisonné du serpent » (1).
Denys d’Alexandrie, ou l’auteur ancien quel qu'il soit de la lettre contre Paul de Samosate, en parlant de Marie l’appelle : unique et seule fille de la vie qui. a engendré le verbe vivant : nullæ reperiunlur matres, una aulem et sola virgo filia vilæ genuil verbum vivens el per se subsislens, inerealum el crealorem ». De quelle vie Marie fut-elle la fille? A coup sùr decelle qui est la vie même du Verbe: Verbum vivens, c’est-à-dire : de la sainteté. Ailleurs, et plus exactement dans la réponse aux sept questions du même Paul de Samosate : « Jésus n’habita pas dans une: maison de servitude, mais dans son tabernacle saint fait de mains divines, qu’est la Mère de Dieu, Marie » (2). Et enfin dans la réponse à la question X, il est dit que « Marie fut conservée sans corruption, bénie de la plante des pieds au sommet de la
1, « Hujus itaque Unigeniti Dei dicitur haec mater virgo- Maria, digna Dei immaculata sancti immaculati; una unius... que neque persuasione serpentis decepta est, neque ejus afflatibus venenosisinfecta ».
2, Non in servo habitavit Christus, sed in sancto suo tabernaculo non manufacto, quod est Deipara Maria ».
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tête » (x) ; elle est appelée « Paradis virginal possédant toutes choses » (2); « tabernacle protégé et
défendu par l’Esprit-Saint, toujours digne de louan-.
ges » (3). Denys n’aurait pas pu dire de Marie tout cela sans admettre en elle l’exemption du péché originel. Dieu qui fabriqua, protégea, remplit de bénédictions ce paradis virginal qui devait être son tabernacle, Dieu ne pouvait pas permettre qu'il devint l'habitation de Satan, ne fut-ce que par la seule faute originelle.
Dans le discours De Nativitale Domini attribué à saint Jean Chrysostome et lu au concile d’Ephèse, on trouve ces paroles : « Marie est si parfaite que Jésus-Christ voyant son corps et son àme en état de sainteté, voulut en faire un temple bien orné qui lui servit de demeure » (4).
Si Marie cut été pécheresse, il ne serait point vrai que Jésus ait trouvé saints son corps (mème son corps) et son àme pour en fabriquer un temple splendide; mais il les eut trouvés souillés et pé-
r. « (Christus) Matrem incorruptam, a pedibus usque ad caput benedictam servavit ».
2.« (Verbum) gestatum est in utero, et genitum ex paradiso virginali habente omnia ». °
3. « Neque ejus (verbi) tabernaculum ab hominibus fabricatum, sed Spiritu Sancto firmatum est, et virtute Altissimi protegitur illud semper laudatissimum Dei tabernaculum Maria Deipara et virgo ».
4. Quemadmodum artifex, inventa materia utilissima, vas pulcherrimum fabricatur ; ita Christus invento virginis sancto corpore, et anima templum sibi construxit ornatum.
cheurs et il aurait dû les purifier d’abord avant de les orner comme un temple.
Il ne sera pas hors de propos d’attirer l’attention du lecteur sur le proto-évangile de saint Jacques, un des nombreux apocryphes qui pullulaient dans l'Eglise avant le 1v° siècle. On y parle tout au long de Marie et en termes si élogieux qu'ils donnent à penser que l’auteur ne supposait point en Marie la tache originelle. Le Père Jugie après avoir examiné le proto-évangile au point de vue du dogme de l’Immaculée Conception résume ainsi son impression : « L'idée de laConception immaculée perce-t-eile dans l'ouvrage lui-même ? On l'y trouve au moins à l’état implicite. L'auteur a pour but de glorifier Marie, Vierge et Mère, et de la venger de certaines calomnies répandues par les Juifs. Il prend un soin spécial d’écarter d’elle dès sa plus tendre enfance tout ce qui de près ou de loin pourrait ternir sa virginale pureté. Aucune souillure en la future Mère du Sauveur : telle est la thèse qu'il ne cesse d’inculquer.
Il est vrai qu'il s’agit surtout de souillure physique et légale. Mais l'argument a forliori est ici de mise. S'il fallait que Marie fut absolument pure dans sa chair pour être digne de devenir la Mère de Jésus, à plus forte raison devait-elle être immacalée dans son âme. On peut dire que, dès cette époque reculée; le dogme de la Conception immaculée est à l'horizon de la conscience chrétienne. Celle-ci n’apercoit la Mère de Dieu que nimbée d’une auréole d’idéale pureté. La tache originelle comme
ner ob ——rororrro, —
‘toute autre souillure est tacitement exclue; si on ne le dit point expressément, c’est sans doute parce «que la chose va de soi » (1).