‹ Marie dans le dogme catholique (volume 2)Chapitre 40 sur 154 · Cfr Echos d'Orient, janvier 1911, p · texte numérisé non relu

Cfr Echos d'Orient, janvier 1911, p

et les orthodoxes russes. — VII. Quand et pourquoi l’église grecque a-t-elle commencé à combattre le grand privilège de la Mère de Dieu.

I. Développement divers du dogme de l’Immaculée Conception en Orient et en Occident, après le 1v° siècle.

Jusqu'au 1v° siècle inclus le dogme de l’Immaculée Conception se trouve à peu près au même point soit en Orient soit en Occident. Tous reconnaissent en Marie la seconde Eve et en parlant de sa sainteté, les écrivains orientaux ou occidentaux s'expriment en des termes tels qu'ils seraient déplacés si l’exemption de la faute d'origine n’était présupposée en Marie. En l’une comme en l’autre église, la foi au grand privilège de Marie n’est point encore la fleur qui déploie au soleil ses magnifiques pétales et remplit l’air de parfum et attire notre attention pleine d’admiration ; c’est la fleur encore enroulée, mais qui pourtant se laisse reconnaître. C’est le bouton de rose magnifique qui est sur le point de s’ouvrir et de s'épanouir. Dans l'Orient à la fin du 1v° siècle, se fait sentir un souffle de chaude affection pour Marie plus qu'en Occident. Ce souffle dissipe tout nuage qui cacherait encore l’imposante figure de celle qui est bénie entre toutes les femmes. Marie est contemplée avec plus d’attention et autour d’elle se forme une ambiance extrèmement favorable au développement rapide, nous voudrions dire précoce, du dogme de l’Immaculée. Il n’en est pas de même en Occi-

dent. Là diverses circonstances l’éloignent des regards, l’enlèvent de l’horizon visuel commun, et même parfois la voilent de ténèbres. En Orient et à la fin du v° siècle, la croyance à l’immaculée conception de Marie est formulée en termes tels qu'on ne saurait en désirer et en trouver de plus clairs, Elle est accueillie sans révolte, sans trouble comme la chose la plus naturelle et la plus logique chez la Mère de Dieu. Les écrivains en parlent avec enthousiasme, les pasteurs l’enseignent à ‘leur troupeau, elle occupe tous les esprits. Un privilège si grand est bien digne de prendre place dans la liturgie et l’on institue la fête de l’Immaculée Conception. Pas d’opposition, pas de voix discordante : même chez les sectes non chrétiennes, on entend l'écho de la joie des: chrétiens d'Orient qui chantent Marie exempte de la faute originelle. La foi à l’immunité de Marie de toute faute, devient rapidement un arbre géant. Il a dans la conscience des fidèles des racines si profondes qu’il est prêt à défier tous les siècles et personne n'ose ou même ne pense à le déraciner. En Orient, l’Immaculée Conception ne fut jamais objet de controverse: actuellement encore dans cerlaines églises séparées de Rome el qui n’acceptent pas ses définitions, on croit fermement à Marie exempte de la faute originelle et on croit de la façon dont on croyait à la fin du v° siècle: Au contraire en Occident, le dogme qui nous occupe eut à parcourir un chemin plus malaisé. Sa marche ne s'arrêtera jamais, il est vrai, mais qu’elle

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LES PRÉROGATIVES DE MARIE mer RE CE EAN DE à De en EE

fut lente et pénible ! lente déjà au xn° siècle quand on s’y attendait le moins, et à cause de qui on n’aurait pas cru, elle trouve devant elle des barrières nouvelles dont elle ne réussit à se débarrasser définitivement qu’au xix° siècle.

Cette diversité de sort du dogme de l’Immaculée en Orient et en Occident vient des différentes questions religieuses qui, au commencement du v° siècle, se posèrent dans l'une et l’autre église, questions qui eurent une influence très marquée sur la croyance à l’Immaculée Conception.

En Orient fleurissait alors le Nestorianisme. L’impétuosité de la secte suscite une forte réaction dans le camp des fidèles. Suivant l'exemple de saint Cyrille d'Alexandrie, l’incomparable champion de la divine Maternité, les autres écrivains catholiques se mettent avec ardeur à illustrer la grandeur de Marie, que Nestorius s’efforcait de réduire aux mesquines proportions d’une femme ordinaire. Le Concile d'Ephèse où la vérité fut sanctionnée par Vautorité infaillible, secoua ceux qui étaient restés indifférents, rassura les hésitants, et les catholiques n'eurent plus de doute sur la maternité divine de Marie. Marie était alors présentée au monde entourée d’une lumière éclatante, si éclatante qu'elle ne devait plus ensuite s'éteindre. Ses rapports ‘avec Jésus se présentaient aux croyants dans toute la splendeur de leur magnificence. La prophétie de Marie, toutes les nalions m’appelleront bienheureuse, commençait à recevoir des faits, l'hommage le plus

solennel. Depuis lors, aucun écrivain ecclésiastique en Orient ne pourra s’exempter de payer un tribut de louanges à Marie : les commentaires sur la Sainte Ecriture, les homélies au peuple en fourniront de nombreuses occasions. On ne disputera plus le fait de la divine maternité, mais le présupposant comme un principe indiscutable, on cherchera à en déduire les privilèges qui doivent convenir à Marie.

Parmi ces privilèges, un des premiers et des plus unanimement affirmés, c'est précisément celui de sa parfaite sainteté, de son immunité par conséquent, de la faute originelle. Pendant qu'il en était ainsi en Orient, pendant que les esprits se passionnaient davantage pour la personne de Jésus et de Marie, en Occident au contraire, l’activité de l'Eglise se portait principalement à défendre la pureté du dogme de la grâce et du péché d'origine.

Un moine irlandais du nom de Pélage, de talent alerte et subtil, d'apparences austères et mystiques et qui à Rome même s'était fait un certain nombre d'amis, nia avec une rare audace soutenue d’une adresse très déliée, les bases mêmes de notre élévation à l'ordre surnaturel. Il enseignait la non existence du péché d’origine: si saint Paul dit que tous les hommes ont péché, cela s'entend non d’un péché héréditaire, mais d’un péché d'imitation. Il niaif aussi la grâce comme don surnaturel. Pélage prévint bien longtemps auparavant le moderne rationalisme. Entre sa doctrine et celle des rationalistes

modernes, les points de contact sont nombreux et ne manquent point d'intérêt.

On comprend facilement qu’en face de cette hérésie qui attaquait les racines les plus vitales de tout le christianisme, les Pères employèrent toute leur activité doctrinale à défendre la nécessité de la grâce confondue avec la nécessité de la rédemption, et la loi d’universelle transmission du péché originel. La nature de la lutte engagée avec les Pélagiens ne permettait point de faire grande attention à l’immunité de Marie par rapport à la faute originelle. Alors que la loi même de solidarité qui nous lie à Adam pécheur était niée, il n’eut point été d'une sage polémique de mettre en vue les exceptions à cette loi. Bien plutôt que de faire des concessions à un adversaire, ce qui aurait pu lui donner un nouveau motif d’audace et de chicane, il fallait défendre le point contre lequel était dirigé le fort de l’attaque.

C'est pour cette raison qu'en Occident, le dogme de l’Immaculée Conception prit un développement moins marqué et moins apparent qu’en Orient.

II. Tableau imposant que tracent les Pères grecs de la sainteté de Marie.

Conduits à en étudier comme nous l’avons dit les privilèges et les grandeurs avec plus d’attention que les Pères latins, les Pères orientaux mettent d’abord en lumière la grande sainteté de Marie. Ils la décrivent de concert, comme une chose toute nouvelle, jamais vue sur terre, digne d’être comparée

seulement à la sainteté de Jésus, inférieure à elle seule et immensément supérieure à toute autre sainteté. Pour rendre cette idée extraordinaire, qu'ils ont de la sainteté de la Vierge, les Pères grecs non seulement recherchent les expressions les plus énergiques et mettent à contribution toutes les ressources de la réthorique, mais ils ne craignent point de créer de nouveaux adjectifs, d’intensifier les mots et de donner à leur signification une valeur inusitée.

« Pour exprimer la haute idée qu'ils avaient de l’extrème pureté et sainteté de la Vierge, dit la Civitlà Cattolica résumant le P. Passaglia, non seulement ils l’expriment par des négations la disant immaculée, sans tache, sans souillure, sans faute, sans corruption, intacte, conservée, incontaminée, et par des vocables affirmatifs : sainte, sacrée, vénérable, innocente, chère à Dieu, bénie, bienheurcuse. Ces mêmes qualités il les lui donne en un degré supréme et surabondantes, en l’appelant toute immaculée et sans faule, pieinement sans tache, pleinement sans souillure, parfaitement sans corruption ; et encore très sainte, très sacrée, très pure, très belle, très chère à Dieu et, toute belle, toute sainte, toute innocente, toute sacrée, toute vénérable, toute bénie; toute bienheureuse, toute agréable, toute vénérée, toute heureuse, toute précieuse, toute radieuse, toute glorieuse, toute digne de louanges, de cantiques et d’admiration. Ges expressions ne paraissant pas encore égaler la réalité, tantôt il les accumule, comme dans cette formule de confirmation usitée par

l'Eglise des Coptes et des Ethiopiens, par l'intercession de notre patronne souveraine, la très pure vierge, la sainte immaculée sans tache Marie ; tantôt il les emploie par antonomase, de manière à désigner Marie par l’Immaculée, la sans tache, la sans souillure, la sans faute, la sainte, l’innocente, la pure, la belle et la radieuse, la pleine de grâce, la bénie. Mécontents encore, ils la désignent par des vocables abstraits, l'appelant : beauté de l’innocence, autel très innocent de l’innocence, habitacle des vertus célestes, fondement de sainteté, ornement de la nature, sanctuaire, vase précieux, forme honorable ; ou employant des noms qui dénotent l’excès, ils l’appellent supra-sainte, supra-pure, dix mille fois pure, supra-innocente, et en tout suprainnocente, excédant toute pureté, bénie au-dessus de tout et vraiment supra-resplendissante, au-dessus de tout éloge, de toute gloire et de toute admiration.

Tous ces qualificatifs se rapportent à la Vierge en elle-même. Mais rien de plus étonnant que les appellations comparatives qui se donnent à Marie dans les monuments ecclésiastiques. Pour en nommer quelques-unes elle est appelée plus sainte, plus haute, plus glorieuse, plus belle, que tous les mortels. Et encore plus sainte que les saints, que les Patriarches, les Prophètes, les Apôtres, la première, la toute première parmi les Saints, plus belle et glorieuse et sublime et splendide et sacrée que les Anges, plus pure que les Chérubins et les Séraphins, plus remarquable, plus pure, plus innocente, plus

sainte, plus glorieuse, qu'aucune chose créée. Ces dénominations pourtant si nobles semblent même disparaître lorsqu'on pense qu’elle fut appelée la sainteté même, la pureté même, la beauté même, plus pure que la pureté, plus sainte que la sainteté, supérieure à la pureté, à l'innocence, à la virginité, prodige et miracle singuliers, abîme de merveilles, plus haute que tous les miracles, et si pure que son innocence ne se peut comprendre par l'esprit et ne se peut expliquer en paroles comme elle le mérite ; un je ne sais quoi de divin et de très divin, plus élevée au-dessous de Dieu que tous les êtres, remplie des grâces de la Trinité, image de Dieu très semblable à Dieu, et après le Fils, reine de l'univers. Les Saints Pères tout pleins de cette idée très haute de la Vierge, demandèrent pour en retracer l’image, des couleurs à tout l'univers : à la lumière et au soleil l'appelant lumière, pleine de lumière, demeure de lumière, palais tout lumineux, lampe resplendissante sans ombre, semblable au soleil, nuage qui arrête les rayons solaires, et plus pure, beaucoup plus pure que le soleil resplendissant; — aux plantes et auxfleurs, lui donnant le nom de : splendide rose, lys de tige sans tache, de fleur sans souillure ; — au plus innocents parmi les animaux, la nommant brebis immaculée, brebis à la toison d’or, colombe très innocente, très sainte, et n'ayant aucune souillure ; — enfin, s'inspirant des choses sacrées et royales, ils l’appellent temple de virginité, maison de grâces, habitacle du Saint-

Esprit, don précieux, vase très orné, très sacré, et incorruptible ; diadème royal, trône royal, siège curule, palais très pur, trésor royal, et pourpre tissée par Dieu lui-même ».

Ainsi ont parlé les Pères grecs. Ceux du 1v° siècle commencèrent à entonner ce cantique sublime et à la fin du v° siècle il résonnait partout dans les églises orientales, avec la plénilude de ses notes et la majesté de son harmonie.

Personne n’aura peine à comprendre qu'avec un semblable concept de la sainteté de Marie, il était impossible même de loin d'admettre qu'elle ait été même pour un temps souillée de la tache originelle.

III. Descendant au détail et voulant citer les témoignages de chaque Père, des principaux au moins, nous trouvons l'Immaculée Conception proclamée au 1v° siècle par saint Ephrem, saint Epiphane, saint Amphilochius.

Mais il sera bon de descendre un peu plus dans les détails. Il sera bon de faire mention au moins de ces principaux écrivains orientaux qui ont contribué à nous donner de la Vierge le portrait ci-dessus tracé.

Au 1v° siècle nous avons saint Ephrem dont le lecteur a déjà pu connaître presque en entier le discours sur les louanges de la Vierge Marie. Ce discours commence ainsi : « O sans tache, Ô intègre, ò toute pure et toute chaste Vierge Marie, Mère de Dieu, Reine de l’univers, espérance des désespérés,

notre souveraine très glorieuse, excellente et très excellente, plus sublime que les Anges, plus radieuse que les rayons et les splendeurs du soleil, plus honorée que les Chérubins, plus sainte que les Séraphins et incomparablement plus glorieuse que tout le reste de la milice céleste » (1).

Dans un autre discours à la Vierge cet insigne dévot à Marie l’appelle : « immaculée, très immaculée, don tout nouveau et divin, immaculée en tout,

siège divin de Dieu, souveraine toujours bénie, prix.

du rachat d’Eve, fruit (quelques-uns disent source) de la grâce, source scellée par l'Esprit Saint, temple très divin, siège pur de Dieu, celle qui broya la tête du dragon inique, celle qui fut toujours de corps et d'esprit intègre et immaculée » (2).

Ainsi écrivait de manière à exclure de Marie même la tache originelle, un auteur dont la carrière mortelle finissait l'an 373, 60 ans avant le concile d’Ephèse.

1. « Inviolata integra, planeque pura ac casta Virgo Deigenitrix Maria, regina omnium, spes desperantium, Domina nostra gloriosissima, eademque optima et precellentissima : sublimior cælitibus, candidior solis radiis atque fulgoribus, honoratior Cherubim, sanctior Seraphim, et incomparibiliter reliquis omnibus supernis exercitibus gloriosior ».

2. € Immaculatam, immaculatissiman ; novam maxime ac divinam largitionem, omnino immaculatam, Dei divinam sedem, dominam super benedictam, Hevæ pretium redemptionis, frucium gratiæ, S.Spirilus fontem signatum, templum divinissimum, sedem Dei puram, quae demonis nequissimi caput contrivit quae semper fuit, tum anima, tum corpore integra et immaculata ». (Ad S. Dei. Gen )

Un contemporain de saint Ephrem, saint Epiphane (310-404) écrivait lui aussi de Marie : « Dieu excepté, elle fut supérieure à tous. Par nature, elle est plus belle que les Chérubins et les Séraphins eux-mêmes et que tous les Anges... elle fut cette brebis immaculée qui enfanta Jésus agneau (1). » Marie est donc par nature plus belle que les anges ; mais on comprend facilement que cette expression : par nature, implique le premier moment de l'être quand la nature commence à se concréter dans la personne. Amphilochius, évêque d’Iconium, appartenant au même siècle, dit dans son discours IV in Deip. : « Deus creavit V. M. sine macula et sine peccato. Dieu créa la Vierge Marie sans tache et sans péché ». À Marie créée de cette façon que manquet-il pour être immaculée ?

IV. Au v® siècle, par Théodore d’Ancyre, saint Cyrille d'Alexandrie, saint Proclus de Constantinople, Théodoret de Cyr.

Nous avons, pour attester la foi qu’au v° siècle eut l'Eglise orientale en l’Immaculée Conception, outre Théodore d’Ancyre déjà cité à l’article précédent, trois noms qui valent à eux seuls beaucoup d’autres: Cyrille d'Alexandrie, Proclus de Constantinople, Théodoret, évêque de Cyr.

Cyrille écrit : « Qui donc a jamais entendu dire

1. « Solo Deo excepto, cunctis superior extitit : natura for= miosor est ipsis Cherubim, Seraphim et omni exercitu angelorum..... Ovis immaculata que peperit Agnum Christum ». (De Laud. Virg.).

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qu'un architecte après avoir fabriqué une maison, en ait donné l’occupation et la possession d’abord à son ennemi (1). »

Proclus secrétaire de saint Jean Chrysostôme, puis son successeur au patriarchat de Constantinople, mort en 446, reprend cette pensée de Cyrille et dit : « Il n’est pas déshonorant pour un architecte d’habiter la maison qu'il a lui-même fabriquée; la boue ne salit pas le potier quand il refait le vase qu'il avait façonné : ainsi Dieu, pureté suprême, n’est point contaminé en sortant du sein d’une Vierge. Car, celui qui l’avait formé sans en recevoir de souillure, sortit d’elle sans contracter aucune tache (2). »

Au discours 6°, il explique mieux encore la façon dont Dieu a formé Marie,.et il dit qu'il l'avait formée d’une argile pure ; quæ ex mundo erat formata luto. Il enseigne par là évidemment qu’en Marie la chair elle-même était pure. Peu après dans le même discours il enseigne la pureté immaculée de son âme en disant : « Marie est le globe céleste de la création nouvelle dans lequel le soleil de justice

1. « Quis unquam audivit archytectum, qui sibi domum ædificavit, ejus occupationem et possessionem primo suo inimico cessisse ? » (In Conc. Ef., n° 6).

2. « Haudquaquam architecto dedecori est, ut eam incolat domum, quam ipsemet extruxerit, neque lutum figulum inficit, cum ille vasculum quod finxerat refingit ; ita nec quicquam Deum purissimum polluit, quod ex virginali utero prodiit. Quam enim citra omnem sui labem formaverat ex ea nulla contracta macula processit. » (Orat. I in S. Dei Gen.).

qui ne meurt jamais chassa de toute l’àme la nuit du péché (1). »

Théodoret (390-458) écrit : « Parmi les âmes | nombreuses de tous ceux qui se sauvent, la Vierge Marie est seule la colombe choisie, elle qui, Vierge et Mère, engendra le Christ, elle qui en pureté surpasse les Chérubins et les Séraphins (2). »

Mais Marie ne pourrait point en fait se dire supérieure aux Chérubins et aux Séraphins, elle ne serait point l’unique colombe choisie, si elle avait toujours. en elle le triste souvenir du péché d’origine autrefois contracté.

V. Au vi* siècle, l’Immaculée Conception est enseignée clairement par saint Jacques de Nisibe, par saint Théophane.

A l'aurore du vi siècle, nous trouvons l’Immaculée Conception enseignée avec une clarté incomparable par saint Jacques de Nisibe, évêque de Bathma au pays de Sarug, en Mésopotamie (+ 521). Il nous montre la Vierge Marie choisie pour.

Mère du Fils de Dieu parce qu'elle était pure, simple, sans tache... Si une seule tache, si un défaut quelconque avait jamais souillé l’àme de la Vierge,

1. « Maria nova creatura cælestis globus, in quo sol justitie numquam occidens omnem ab anima omni peccalorum noctem fugavit ».

2. « Inter tot animas omnium hominum, qui salvantur, ut electa columba est illa sola quae christum genuit virgo mater, puella Maria, qua puritate perfecto Cherubim et Seraphim antecellit. » (In Cant. Cant.)

sans aucun doute, le Fils de Dieu se serait choisi une autre Mère exempte de toute impureté » (1).

Le même Saint dans un autre passage entré depuis dans la liturgie syrienne, appelle Marie : « sainteté demeurée toujours intacte, justitia numquam lesa ».

Saint Théophane cité par Carpanetti écrit à son tour : « O souveraine jamais souillée d’aucune tache, sans tache au-dessus de tous les autres saints » (2).

Et ailleurs : « le Fils très pur de Dieu vous ayant trouvée, vous seule, très pure, exempte de fait de toute faute, après avoir été engendré de votre sein, lava du péché tous les fidèles » (3).

VI. Au vu: siècle, par saint Sophrone, patriarche de Jérusalem, par saint André de Créte ; à cette époque, l'affirmation de l’exemption du péché d'origine en Marie, est éclatante de lumière.

Au vir° siècle saint Sophrone patriarche de Jérusalem en commentant l’Ave Maria salue ainsi la Vierge : « Tu as trouvé une gràce magnifique auprès de Dieu, une gràce totale (qui ne laisse rien

1. Carmen de B. V. primum, cité par P. Bachelet et par Dubosc.

2.« O a cunctis sordibus incontaminata, et super omnes inculpatos inculpatissima Domina. » (Ode 4 et 5 au 25 février.)

3. « Purissimus Dei filius cum purissimam te solam invenisset, o prorsus immunis ab omni labe ex utero tuo genitus, a labe emundat credentes. » (Ode 7 au 9 juillet).

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à désirer) constante, une grâce que personne n’a jamais reçue, personne ne fut comme toi sanctifiée par anticipation » (1).

Et dans la lettre synodale du même patriarche approuvée par le vn° concile œcuménique, on lit que Marie fut « sainte, libre de toute souillure, sancta anima et corpore immaculata, atque ab omni contagione prorsus libera. »

Au même siècle saint André, évêque de Crète, appelle Marie « ex toto fermento ea non fermentata » (2) ; et reprend l’image attribuée comme à son premier auteur à saint André l’apòtre. « Le Rédempteur du genre humain, écrit-il, ayant voulu une nouvelle naissance et une nouvelle création qui renversa et répara les dommages de la première, comme il avait formé Adam de l’argile d’une terre vierge et pure, de méme, dans cette seconde création, étant lui-même l’auteur de son Incarnation, de cette autre terre pour ainsi dire, se choisit dans toute la nature la Vierge pure et immaculée et en elle, d’une nouvelle manière il nous reforma de nouveau » (3).

1. « Invenisti gratiam apud Deum pra omnibus splendidam ; invenisti gratiam apud Deum integram... invenisti gratiam apud Deum perpetuam. Invenisti gratiam, quam nemo recepit... Nemo præter te præpurificatus est. » (In Annunt. Virg.).

2. « Et ex toto fermento, ea non fermentata, per ipsam formatus panis ad humani generis reformationem. » (Serm. I de Nativ.).

3. « Cum Redemptor generis nostri novam priori succedaneam nativitatem ac formationem exhibere voluisset, que-

. Dans le second discours pour l’Annonciation : -« Ne crains pas, 6 Marie, car tu as trouvé grâce ‘ auprès de Dieu, cette grâce qu’ÈEve avait perdue, tu .as trouvé une grâce telle que personne n'en trouva ‘avant toi » (1). L’épithète d'Immaculée, de très im- ‘maculée qui au v° siècle est d'un usage commun a “un sens bien précis. Elle n’indique plus la maternité unie à la Virginité, mais elle signifie que « Marie n'a aucune tache ni de corps ni d’àme, qu’elle possède une grâce très particulière, qu’elle fut seule sanctifiée par anticipation », bref qu’elle fut exempte de la faute originelle. On ne peut plus même avec une ombre légère de raison, prétendre que les Pères grecs, à l’époque où nous sommes arrivés, n'aient point enseigné le dogme de l’Immaculée Conception en termes formels.

VII. Aux siècles suivants, nous trouvons attestant l’insigne privilège de Marie, saint Germain de Constantinople, saint Jean Damascène, Photius.

Nous pourrions continuer à apporter les témoignages des Pères orientaux qui remplirent de leurs

madmodum illic prius accepto limo ex virgine ac illibata terra, primum Adam eflinxit, sic et hic modo sua ipse Incarnationis auctor, alterius, ut sic dicam, vice terre, mundam hanc immaculatissimamque virginem e tota natura eligens, nostrumque ex nobis in ea figmentum nova ratione componens, etc. »

1. « Ne timeas, invenisti gratiam apud Deum, nimirum gratiam, quam Heva amiserat..... Gratiam invenisti, quam nullus a seculo, sicut tu, invenit. »

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noms les siècles suivants. Nous trouverions qu’cux aussi fêtent à l’envi Marie conçue sans tache.

Saint Germain patriarche de Constantinople (| 733) dit que Marie, « par la grandeur de ses vrais et sublimes vertus et par sa pureté, excelle parmi toutes les créatures, et qu'elle n’est participante d'aucune faute (1). » Ailleurs, s'adressant à Marie, il la salue ainsi : (Tu es, ò Marie, un paradis planté par Dieu et tu as été piantée selon des lois qui te sont toutes particulières. Dieu commanda aux Chérubins de faire tourner autour de toi le glaive de flamme rapide et de te rendre inaccessible de tous côtés aux embüûches du serpent insidieux » (2).

Saint Jean Damascène, qui fit la grande synthèse de la doctrine patristique au vin° siècle, parlait ainsi de Marie pour expliquer sa conception miraculeuse : « la nature cède le pas à la grâce et elle est comme tremblante n’osant avancer. Donc parce que la Vierge Marie devait naître d'Anne, la nature n'osa point prévenir la floraison de la grâce; elle resta sans fruits jusqu’à ce que la gràce eut produit le sien » (3).

TAN Divinarum et sublimium virtutum magnitudine

et puritate omnibus antecellentem, Mariam, nulli penitus culpæ affinem. » (Apud Marracci-Germani Mariale).

2. « Paradisus es a Deo plantatus (o Maria) et ex quo genitalibus nature legibus tibi propriis sata fuisti. Deus mandavit Cherubim ut et gladium flammeum atque versalilem, in orbem circa te rotarent, teque undequaque inaccessam fraudulenti serpentis insidiis servarent. » (Cf. Civiltà Catt., fasc. 20, septembre 1856).

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