‹ Marie dans le dogme catholique (volume 2)Chapitre 43 sur 154 · Oratio I in oraculum Conc. S. Deip. (in fine · texte numérisé non relu

Oratio I in oraculum Conc. S. Deip. (in fine

ment tiré de la fête et, pour l’éliminer, ont dit que cette fête n'avait pas l’objet que nous lui supposons. Par elle, en Orient d’abord, en Occident ensuite, on voulait simplement honorer le miracle de Dieu concédant une fille à Joachin et à Anne, quand naturellement ces époux étaient dans l’état de ne pouvoir espérer aucun enfant. Marie, selon une antique tradition de l'Eglise, naquit de parents très avancés en âge et un ange envoyé par Dieu leur aurait annoncé la future et consolante naissance de leur fille. Il arriva en somme de Marie ce qui plus tard se vérifia de saint Jean-Baptiste, dont les églises orientales fêtent aussi la tonceplion. Et quoi donc pouvait honorer cette fête de la Conception du saint précurseur, sinon les circonstances miraculeuses qui préparèrent sa naissance ? Et ainsi, disent-ils, il advint pour la fête de la Conception de Marie. Plutôt qu’à exalter Marie exempte de faute originelle, elle était ordonnée à honorer Anne devenue mère dans des circonstances miraculeuses, concevant après une longue stérilité, obtenant une fille en récompense d’incessantes et ferventes prières, et recevant cette bonne nouvelle par la bouche d’un ange envoyé de Dieu expressément pour cette mission.

Que penser de cette assertion? Voici: elle est vraie dans ce qu’elle affirme, elle est fausse dans ce qu'elle nie. Il est vrai, en effet, que dans les divers offices de rite oriental consacrés à la Conception de la Vierge, on rappelle avec abondance de détails, les

circonstances miraculeuses qui l’accompagnèrent, mais il est faux que ces circonstances constituent l’objet adéquat de la fête. La fête consiste principalement et même essentiellement à rappeler ce fait que Dieu, en créant Marie, la combla de ses grâces et écarta d’elle toute ombre de péché. Quelques citations suffiront à nous convaincre. Dans l’hymne de la fête de la Conception attribué à saint André de Crête, on dit: « Le chœur des Prophètes prophétisa que l’enfant fille de Dieu qu’Anne a conçue, serait exempte de toute faute et de toute tache et absolument et uniquement pure » (1).

Les paroles de Jean d’Eubée, serviront à dissiper toute hésitation. Après le passage cité plus haut où il affirme la nécessité de célébrer la fête de la Conception de Marie, il en donne aussitôt la raison : « Sion célèbre la dédicace d’un nouveau temple, comment ne pas célébrer à plus forte raison cette fête, alors qu'il s’agit de l'édification d’un temple de Dieu non à base de pierres ou par main d'homme ? On célèbre la Conception de la Vierge dans le sein d'Anne, mais c’est le Fils de Dieu lui-même qui l’édifia avec l'agrément du Père et la coopération du très saint et vivifiant Esprit » (2).

1. « Chorus propheticus olim prædicavit omnis probri et maculæ expertem, uniceque et absolute puram, Deique filiam, infantem quam Anna concepit » (P. Besson : v. Civiltà Catt., 1876, P. 551).

2. « Notaque attente, dilectissime, non esse præter fidem et frustra quod nos scriptis mandamus. Nam si templa, nec præter tante rei dignitatem dedicamus, quanto magis ferven-

Paroles, où l’on voit l’œuvre de la création jointe à celle de la sanctification par la vertu de l'Esprit Saint vivificateur. Et c’est précisément la formule employée d'ordinaire par les Pères et les Docteurs pour exprimer la formation de la très sainte huma-

nité du Christ dans le sein de la Vierge.

L’objet donc de la fête, on ne peut en douter, est d’honorer avec la miraculeuse origine de Marie, son absolue pureté. Aussi, comme le démontre le P. Besson, dans les diverses liturgies orientales, au jour de la Conception de Marie, reviennent ces expressions : « Tu es pure, tu es intacte en toute pureté, pura et supra vim omnem purilalis inviolata. Tu es uniquement plus pure que toute autre, tu es pure et parfaitement sainte en tout, tu es pure à la ressemblance et à l’imitation de Dieu. Pura pracellenti quadam imilalione Dei. »

XI. La foi à lImmaculée Conception chez les Orientaux, même après le schisme ; les études du P. Besson et l’église syrienne ; l’Immaculée et les orthodoxes russes.

Méme après le déplorable schisme de Photius consommé par Michel Cérulaire en 1054, l’Eglise grecque continue à croire pendant des siècles à l’insigne privilège de Marie. Ce point de doctrine était en dehors du champ dans lequel s'était opérée la divi-

tiori studio, devotione infinita ac Dei timore, solemnitas haec celebranda est, in qua non ex lapide fundamenta jaciuntur, nec manu hominum Dei templum exædificatur: sed in ventre Deipara, ac sanctissima Maria, Patris beneplacito et sanctissimi et vivificantis Spiritus ope concepta est. »

MARIE, —— T, Ile io

sion et le schisme, et n’y apporta d’abord aucun changement. Comme preuve, nous avons avant tout ce qu’écrit un des derniers empereurs byzantins, Manuel II. Paléologue (1391-1425). Dans une de ses constitutions il dit en parlant de Marie : « Sünul ac nala fuit, dixerim quoque simul atque concepla Beala Virgo, sua illam gratia implebat qui sibi futuram prestilueral matrem. Alors qu’elle naissait, bien plus, alors qu'elle était conçue, la Vierge Marie était remplie de grâce par Celui qui l’avait destinée à étre sa mère (1).»

La même doctrine se trouve chez le fameux Grégoire Palamas comme le démontre le Père Jugie Assomptionniste, dans un article de la Revue Auguslinienne, 15 août 1910. Dans sa partie la plus saillante, cet article est ainsi résumé par la Scuola Callolica de Milan : « En Grégoire Palamas, nous trouvons le représentant du byzantinisme expirant. Il naquit d’un fonctionnaire d’Andronique IT en 1297. Orphelin et instruit il entra chez les moines du mont Athos qu'il quitta en 1350 pour occuper le siège archiépiscopal de Thessalonique. Il mourut la dernière semaine de 1360 et est vénéré parmi les saints grecs le II° dimanche de Carême. Ses homélies belles et nombreuses, dont 65 seulement sont publiées, font oublier un instant ses erreurs dogmatiques'sur la distinction réelle entre l’essence divine et les divines opérations (Concile 1351), et ses écrits polémiques en défense de la vie des exicasti et contre les Latins.

1. Cf. Ami du Clergé, 1909, n° 46, p. 1010; et Theol, prac. Q. de Lenz, 1911, 1. h., p, 209.

Il nous apparaît en elles comme le plus grand panégyriste byzantin de la sainteté de Marie, à laquelle il dédie de belles pages oubliées par les écrivains, citées par le seul Passaglia, mais dans des passages. secondaires. Il établit l’existence et la raison d'être de l’Immaculée Conception de la Mère de Dieu dans une homélie sur la généalogie du Christ et de sæ mère, et voici son procédé. Le péché originel est universel et seul Jésus-Christ n’a pas été conçu dans le péché et n’a pas besoin de purification, car il a été conçu virginalement, c’est-à-dire sans père: selon la chair. Ceci toutefois ne détruit pas l’idée de la sainteté initiale de la Mère de Dieu, car l'Esprit Saint a pourvu à cette difficulté : « Un choix est fait parmi les descendants d’Adam pour que, après de longs siècles, on trouve enfin un tabernacle convenable de la grâce et de la divine filiation perdue en Adam, pour la réalisation du plan divin; pour que se trouve un vase d'élection digne de. servir à l'union hypostatique. » La Vierge a done un père selon la chair, mais l'intervention de l'Esprit Saint l’a préservée du péché par un choix : « IL choisissait dès l’origine et purifiait la série des ancètres selon leurs mérites. » Il ne dit pourtant point en quoi consistait cette progressive purification de ces ancêtres, et ce choix était nécessaire, car absolument était nécessaire « une vierge très pure et parfaitement immaculée. » Il est impossible en effet à Dieu de s’unir à ce qui est impur si cela n’est d’abord purifié. Pour restaurer le genre humain il était

indispensable au Verbe d’avoir une chair (prise de notre chair commune) ; Marie lui a fourni de sa propre substance une nature immaculée. Sur cette trame, il tisse merveilleusement les louanges de Marie et si la base est ingénieuse, l’édifice est d’une rare beauté. Dans une homélie sur la Nativité de Marie, il l'appelle le monde nouveau, le paradis merveilleux, la vérité quis’élève de la terre. « C’est en Marie et par Marie » que s’est manifesté le renouvellement du monde, et en elle l'artiste divin a épuisé encore toutes ses ressources, voulant créer une image de la beauté absolue et manifester clairement aux Anges et aux hommes la puissance de son âme... En elle il a mis toutes les beautés éparses... il a fait d'elle un complexus de toutes les perfections divines angéliques et humaines... « Marie est comme la frontière entre le créé et l’incréé, elle a recu seule les dons divins sans mesure, elle est le tabernacle de toutes les gràces, la plénitude de la bonté, le cadre vivant de toute vertu ; seule, elle a été comblée par la totalité des charismes de l’Esprit Saint. » Notre docteur s’élève par là au-dessus de tous les grecs anciens et modernes, il se détache d’eux,enreconnaissantquelejour de l’Annonciation, Marie reçut non seulement la sanctification par la disparition de la tache originelle, mais « une augmentation de sainteté comme préparation au mystère qui devait s’accomplir en elle. (1) »

Une solennelle protestation de foi à l’Immaculée

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