ARTICLE III
L’'Immaculée Conception dans la tradition de l’Eglise latine du V° au XII° siècle
SOMMAIRE
I. A l’approche du Ve siècle, l’Immaculée Conception est professée explicitement et clairement en Occident non moins qu’en Orient. — II. Saint Augustin admet les principes d’où logiquement découle l’idée de l’Immaculée Conception, bien que pour des raisons de prudence relatives à la polémique pélagienne, il n’ait pas cru opportun d’en mettre en relief la déduction. — III. L’exemption du péché d’origine en Marie, affirmée en une image très vive par le poète laic Prudence, contemporain de saint Augustin. — IV. Autre image d’un autre poète, Sédule, pour exprimer la même idée. — V. Durant ce même Ve siècle, se prononcent aussi en faveur de l’Immaculée Conception, saint Pierre Chrysologue évêque de Ravenne, et saint Maxime évêque de Turin. — VI. Rares et obscurs dans les siècles immédiatement posté-
1. Cité par Bachelet, L’Immaculée Conception, vol. 1, in fine.
rieurs, les témoignages en faveur de l’Immaculée Conception, apparaissent de nouveau abondants et lumineux au début du IX: siècle. — VII. Dans ce siècle même, on commence à célébrer la fête, même en Occident. On en décrit les progrès. La fête fait naître la controverse.
I. A l'approche du v° siècle, l'Immaculée Conception est professée explicitement et clairement en Occident non moins qu’en Orient.
Au v° siècle l’idée de l’Immaculée Conception de Marie est en Occident aussi claire et explicite qu’en Orient. Elle a déjà pénétré profondément dans la conscience chrétienne où on la regarde comme une chose très certaine, à tel point que les Pélagiens s’en servent comme d’un argument irréfutable selon eux, pour soutenir leur hérésie. Les Pélagiens comme on sait, niaient la transmission de la faute originelle, du premier homme à ses descendants. Ils objectaient à Augustin, champion de la cause catholique en cette question : « Avec ta doctrine du péché originel, tu es conduit logiquement à soumettre au démon par condition de naissance la Mère même de Dieu. Tu ipsam Mariam diabolo condilione nascendi transcribis » (1). Ce qui veut dire :
Marie est exempte de tout péché, même du péché originel, elle ne fut jamais souillée d’aucune faute ni personnelle, ni héréditaire : telle est la persuasion commune, soit des Pélagiens, soit des catholiques. Il faut donc rejeter tout ce qui est contraire à cette opinion indiscutable chez les chrétiens. Ils