‹ Marie dans le dogme catholique (volume 2)Chapitre 53 sur 154 · Rationem autem hujus assignant, quia decebat animam · texte numérisé non relu

Rationem autem hujus assignant, quia decebat animam

Après cette raison principale, saint Bonaventure expose d’autres raisons en faveur de la même thèse. « Ce premier argument, dit-il, peut être corroboré par d’autres arguments tirés de diverses convenances. Que Marie fut Immaculée, l'honneur du Christ le demandait, du Christ dont il faut dire qu'il devait se choisir une mère très pure; la dignité de la Vierge le demandait, de cette Vierge qui devait être la première de tous les saints par une sanctification singulière. L'ordre harmonieux du monde le demandait, car ainsi entre Jésus absolument indemne du péché d'origine et les autres hommes qui le contractent, se trouve Marie médiatrice entre Dieu et l’homme, Marie qui n’a pas eu le péché originel mais quelques-unes de ses conséquences. (1) »

Le saint Docteur procède plus avant et donne les preuves d'autorité en faveur du privilège de Marie. Il produit l’autorité de saint Anselme et celle de la gloriosæ Virginis sanctificari excellentissime super animas aliorum sanctorum, non solum quantum ad abundantiam sanctitatis, sed etiam quantum ad accelerationem temporis,

ideo in instanti sue creationis fuit sibi gratia infusa, et in eodem instanti anima infusa est carni... »

1. « Hoec autem positio videtur posse fulcire multiplici congruentia, tum propter Christi præcipuum honorem quem decebat de matre purissima fieri, tum propter Virginis prærogativam singularem que debuit in dignitate sanctificationis cæteros sanctos et sanctas preire, tum etiam propter ordinis decorem, ut sicut fuit persona immunis ab originali, et in carne et in anima, sive in causa et in effectu, et persona utroque modo habens originale, sic esset persona media que quodam modo haberet et quodam modo non haberet, et sola est B. V.; que mediatrix est inter nos et Christum, sicut Christus inter nos et Deum. »

sainte Ecriture, basant cette dernière sur les symboles par lesquels Marie avait été figurée dans l’Ancien Testament.

Enfin, et ceci est à noter, il apporte l’argument qui démontre que l’idée de l’Immaculée Conception ne heurte aucun autre dogme de la foi. Voici comme il l’expose :

« Cette sentence ne répugne pas à la foi, car Marie fut délivrée du péché originel par la grâce, laquelle dépend et vient de la foi au Christ chef, comme aussi la grâce de tous les autres saints. En outre, cette grâce bien qu'elle prévienne et empêche l’infection de l’âme, ne prévient point la souillure du corps et précisément à cause de cette infection corporelle demeurèrent dans la Vierge avec justice, les pénalités du péché: La grâce de la sanctification enlève la coulpe et non la peine. Aussi la Vierge demeura-t-elle soumise aux pénalités, et fut-elle par Jésus-Christ délivrée de la faute originelle, mais d’une manière différente des autres. En effet, les autres sont relevés après la chute, tandis que la Vierge Marie fut soutenue au moment de tomber et par là même sa chute fut empêchée » (1). |

1. « Fidei etiam christianæ non repugnat, ut dicit positio prædicta, pro eo quod dicunt, ipsam Virginem ab originali peccato liberatam per gratiam, qua quidem pendebat ef ortum habebat a fide et capite Christi, sicut gratiæ aliorum sanctorum. Et iterum, licet illa gratia præveniret anima infectionem, non tamen prævenit carnis fœditatem, et ideo ratione illius foeditatis juste remanserunt in Virgine pænalitates : gratia enim sanctificationis non obviat pene sed culpa. Et hinc est quod B. V. poenalitatibus fuit obnoxia et per

Après avoir ainsi loyalement exposé avec tous ses arguments la thèse favorable au privilège de Marie, il expose la thèse contraire et exprime son jugement personnel. « D’autres, dit-il, veulent que Marie ne fut sanctifiée qu'après avoir contracté le péché originel ; seul le fils de Dieu Jésus-Christ doit être regardé comme exempt de la faute originelle car, comme dit l'Apôtre aux Romains, chap. IT: tous ont péché et tous ont besoin de la miséricorde de Dieu. (1) »

Voici comment le saint Docteur juge cette opinion : « Cette façon de s'exprimer est la plus commune, la plus raisonnable la plus sûre.

C’est la plus commune, parce que presque tous sont d’avis que Marie a eu le péché originel, ce qui se prouve par le fait que Marie a été soumise à beaucoup de peines. On ne peut dire qu’elle les ait supportées pour la rédemption des autres; on ne peut dire qu'elle les ait prises volontairement; on doit dire qu'elle les a contractées.

C'est la plus raisonnable, car la nature précède toujours la grâce, et d’une antériorité de temps et

Christum liberata a peccato originali sed aliter quam alii. Nam alii post casum erecti sunt, V. M. quasi in ipso casu sustentata est, ne ruerct, sicut exemplum ponitur de duodus cadentibus in lutum. »

1. (Aliorum vero positio est quod sanctificatio Virginis subsecuta est originalis peccati contractionem, et hoc quia nullus immunis fuit a culpa originalis peccati nisi solum Filius Virginis : sicut enim dicit Apostolus ad Rom. II : Omnes peccaverunt et egent gloria Dei. »

d’une antériorité logique. Gomme le ditsaint Augustin : il faut naître avant de renaître, comme il faut exister avant d’avoir telle ou telle qualité. L'âme donc a dù s’unir au corps avant de s’unir à la grâce ; or comme cette chair était infectée, elle transmit à l’âme l'infection de la faute originelle. Il faut donc logiquement conclure que l'âme de Marie fut d’abord souillée par la faute originelle et ensuite sanctifiée.

C'est la plus sûre, car c'est la plus conforme à la piété et à l’enseignement des saints. Les saints généralement, quand ils parlent de ce sujet, n’exemptent que le Christ de l’universalité de la faute. Aucun de ceux qui nous en ont parlé n'a dit que Marie fut exempte de la faute. Elle est plus conforme à la piété, car si l’on doit porter grand respect à la Mère et avoir pour elle une singulière dévotion, on doit avoir de semblables sentiments à plus forte raison pour le Fils, duquel vient à la Mère tout honneur et toute gloire. Puisqu'’il est donc de la dignité du Christ d’être le Rédempteur et le Sauveur de tous, d'ouvrir à tous les portes du ciel, d’être mort pour tous, on ne doit d’aucune façon exclure de cette universalité, la Vierge Marie, pour ne pas diminuer en exagérant l’excellence de la Mère, la gloire du Fils, et offenser ainsi la Mère elle-même qui cherche bien plus l’honneur de son Fils que le sien propre. Donc, conclut-il, pour l'honneur de Jésus-Christ, lequel ne porte aucun préjudice à l'honneur de la Mère, nous croyons comme on croit

communément que la Vierge ne fut sanctifiée qu'après avoir contracté le péché originel » (1).

Il y avait toutefois contre cette théorie une difficulté, et à travers les paroles de saint Bonaventure,

1. « Hic autem modus dicendi communior est, et rationabilior, et securior. Communior, inquam, quia fere omnes illud tenent, quod B. V. habuit originale, cum illud appareat ex multiplici poenalitate ipsius, quam non est dicere passam esse propter aliorum redemptionem ; quam etiam non est dicere per assumptionem habuisse, sed per contractionem.

« Rationabilior etiam est, quia esse nature præcedit esse gratia, vel tempore, vel natura, et propterea dicit Augustinus, quod prius est nasci quam renasci, sicut prius est esse quam bene esse; prius est igitur animam uniri carni, quam gratiam Dei sibi infundi. Si igitur caro illa infecta fuit, ex sua infectione nata erat animam culpa originali inficere. Necessarium est igitur ponere quod ante fuerit originalis culpa infectio quam sanctificatio.

« Securior etiam est, quia magis consonat fidei pietati et sanctorum auctoritati. Magis concordat sanctorum auctoritati pro eo quod communiter sancti cum de materia ista loquntur, solum Christum excipiunt ab illa generalitate qua dicitur omnes peccaverunt in Adam. Nullus autem invenitur dixisse de his quos audivimus auribus nostris V. M. a peccato originali fuisse immunem. Pietati etiam fidei magis concordat, pro eo quod et si Mater habenda est in reverentia et magna erga ipsam habenda sit devotio, multo majori tamen est habenda erga Filium ex quo est ei omnis honor et gloria. Et ideo, quia hoc spectat ad excellentem dignitatem Christi quod ipse est omnium Redemptor et Salvator et quod ipse omnibus aperuit januam, et quod ipse pro omnibus unus mortuus est, nullatenus ab hac generalitate B. V. excludenda est, ne dum Matris excellentia ampliatur, Filii gloria minuatur et sic Mater provocetur, qua magis vult Filium extolli et honorari, quam seipsam, utpote Creatorem quam creaturam.

« Huic igitur positioni adhærentes propter honorem Jesu Christi qui in nullo præjudicat honori Matris, dum Filius Matri incomparabiliter antecellit, teneamus secundum quod communis opinio tenet Virginis sanctificationem fuisse post originalis peccati contractionem »,

on comprend qu'il en sentait toute l'importance. L'Eglise célèbre la fête de l’Immaculée Conception ; comment cela pourrait-il être, si Marie n'eut vraiment été exempte de la faute originelle?

Le saint essaie de répondre à cette difficulté ef voici comment. D'abord il dit que lui-même n’approuve ni ne désapprouve cette fête. Il ne l’approuve pas parce qu’elle est récente et inconnue aux Pères. Il ne la désapprouve pas, car on la dit suggérée par une révélation céleste, laquelle toutefois n’est pas à regarder comme étant de foi.

Non omnino approbare audeo pro eo quod S.

Patres, qui alias solemnilales Virginis, Spirilu Sancto dictante statuerunt, qui eliam magni amatores et veneratores B. fuerunt, conceptionem Virginis solemnizare non decreverunt. Non etiam audeo omnino reprehendere quia ut quidem dicunt, hac solemnitas celebrari non coepit humana invenlione, sed divina revelalione, quod si verum est, sine dubio bonum est solemnizare in ejus conceplione. Sed quia hoc authenticum non est, non compellimur credere : quia etiam conira fidem reclam non est, non compellimur negare.

Après cela saint Bonaventure juge que le but de cette fête est de célébrer seulement la sanctification de Marie. C’est la réponse même donnée par saint Thomas.

Polest eliam esse quod illa solemnilas potius referatur ad diem sanclificalionis, quam conceplionis, et quoniam dies conceplionis fuit certa et dies sanctificationis incerta, ideo non irrationabiliter solemnitas diet

MARIE, — T. Ile 15

sanctificalionis statui potest in die conceplionis, nec immerito, quia quamvis conceplionis diem non oporteat celebrari pro eo quod non fuit sanciitas in concepto; possuni tamen irreprehensibililer gaudere sancte animoe pro eo scil. quod nunc inchoatum est.

Saint Bonaventure finit par reconnaître que cette fête est non seulement irrépréhensible, mais même honorifique pour Marie, et c’est sans doutepour cela qu'il l’institua dans son Ordre, bien qu'il n’admit point personnellement le grand privilège objet de la iète

Credo tamen el confido de V. gloriosa, quod si quis hanc solemnitatem celebret, non ex amore novitatis, sed potius ex devotione V., non credens eliam contra illud quod dici potest ex S. Scriplura, quod B. V. devolionem ejus acceplat, el si aliquid es! reprehensibile, spero quod apud justum Judicem dignabitur excusare.

C’étaient les justes pressentiments du coeur qui prenaient leur revanche sur les fausses intuitions de l’esprit.

Ainsi pensèrent sur l’Immaculée Conception les géants de la théologie ! Si cette doctrine n’eut été divine, elle devait succomber, anéantie pour toujours sous le poids d’une opposition si formidable. Mais heureusement, même les ‘géants ne peuvent réussir à donner l’assaut au ciel!

ARTICTE :V

L'Immaculée Conception dans l'Eglise latine du XIV° au xIx° siècles

SOMMAIRE

I. Au XIV: siècle, la réaction commença par l’œuvre de Duns Scot ; son attitude et son mérite dans la questiom de l’Immaculée Conception. — II. L'œuvre de D. Scot renforcée et continuée par tout l’ordre franciscain. — III. Quels progrès a fait au XIVe siècle l’idée de PVImmaculée Conception, cela apparaît clairement de l'attitude prise envers elle par l'Université de Paris, de la dispute qui se déroula devant le Pontife Jean XXII, et aussi de la condamnation retentissante infligée à Jean de Monteson. — IV. Triomphe de l’idée immaculiste au XVe siècle : le concile de Bâle la définit comme dogme, et malgré l’illégitimité de ce concile, cela servit d’occasion è un mouvement plus intense en faveur du privilège de. Marie. — V. En ce même siècle, Sixte IV donne à la. pieuse opinion un appui très valide, mais sans la définir. — VI. La controverse se continue encore au XVIe siècle, mais l’idée favorable au privilège de Marie, acquiert de nouvelles et toujours plus avantageuses positions. Le 5° Concile de Latran, le Concile de Trente. Courant nouveau parmi les Dominicains, Pie V, Clément VIII. — VII. Au XVII: l'Espagne applanit les voies à la définition. Divers Pontites s’occupent de la controverse. Mémorable constitution d'Alexandre VII; Ses effets. — VIII. Le dernier adversaire célèbre de l’Immaculée Conception. — IX. Les préparatifs prochains de la défition solennelle.

I. Au xiv° siècle, la réaction commence par l’œuvre de Duns Scot : son attitude et son mérite dans; la question de l’Immaculée Conception.

Il est facile d’imaginer la formidable secousse apportée à l’idée de l’Immaculée Conception par l’op+

position des personnages cités à l’article précédent. Opposition formidable en vérité, mais non pas fatale, car rien ne peut triompher contre l’œuvre de Dieu et la vérité manifestée par Lui. Dieu eut certainemen des raisons très profondes, pour permettre que l’Immaculée Conception fut niée par des personnages fameux par le savoir, et non moins fameux par leur sincère et profond amour de la Vierge. On arrivera, par exemple, facilement à comprendre que cette opposition était destinée, dans les desseins de la Providence, à illuminer la foi de ceux qui, aux siècles futurs, seraient tentés de combattre la définition dogmatique. De fait, l'attitude des grands théologiens de l’âge d’or de la scolastique, sielle réussit pour quelque temps à obscurcir les intelligences les plus choisies, ne tarda pas beaucoup à susciter en sens opposé une formidable réaction, qui devait ensuite, à notre époque, triompher par la solennelle définition, après avoir fait la pleine lumière sur la vérité. Le champ de cette réaction, ce devait être les écoles, les académies, les cercles théologiques, constitués par les grands Docteurs et les Familles religieuses. Chez le peuple chrétien, au moins dans le début, une telle réaction n'était pas nécessaire, par la simple raison qu'il n'avait pas participé à la controverse. Dans sa foi simple et intuitive, il avait toujours admis en Marie l’exemption de toute faute. Cela est si vrai, qu’à l’heure même où les théologiens et la Sorbonne, considérée alors comme la représentante la plus autorisée du

savoir sacré, faisaient obstacle à l’Immaculée Conception, au milieu du peuple se répandait avec une rapidité et une extension toujours croissantes, la fête destinée à solenniser ce privilège.

Dans le champ théologique, le premier, — au moins on lui fait cet honneur communément, — le premier à orienter sur les voies du triomphe l'Immaculée Conception, fut le franciscain Duns Scot.

Jean Duns Scot selon la majeure partie de ses biographes naquit en 1274. Son pays natal est incertain. Les uns le disent né en Ecosse, d'autres à Dunston en Angleterre, d’autres dans la ville de Dowon en la province d’Ulster en Irlande.

Il entra dans l’ordre franciscain et eut pour maître, dans ses études théologiques, Guillaume Ware, un des partisans passionnés de l’Immaculée Conception. Scot succéda à son maître dans la chaire d'Oxford et commença à y défendre l’opinion immaculiste. D'Oxford il passa ensuite à Paris, i} obtint le doctorat et la maîtrise en Sorbonne. Le Maître de Scot enseigna lui aussi à Paris, mais il ne semble pas qu’il eut l’occasion de soutenir publiquement, de façon à attirer l’attention, le privilège de Marie. Ce fut Scot qui le premier attira l’attention générale sur l’Immaculée Conception et l’imposa au respect de beaucoup. Ceci arriva après 1304. Peu d'années après, un robuste adversaire du privilège de la Vierge, le dominicain Gérard Renier, appelait Scot « le premier semeur de cette erreur, de cette perversité hérétique. — Scoti primi seminaloris hujus

rroris, vel secundum Augustinum, false æquivalentler hujus hærelicæ pravilalis. » Ceci arrivait en 1350 et .ces paroles, personne n’oserait le nier, constituent, comme le fait observer le Père Pauwels (p. 85), visà-vis de Scot un témoignage de premier ordre.

Sur l'impulsion donnée par Scot à l’idée immaçuliste, il y a bien une légende. Il serait venu d'Oxford à Paris précisément pour faire triompher «cette opinion. A Parisen 1308, il aurait soutenu une publique et solennelle dispute en faveur du privi- Jège de la Vierge. Le jour de ce grand acte Sorbonnique venu, Scot, lorsqu'il arrivait près du lieu. de 1a discussion, ainsi parle Pineda, se prosterna devant une statue de la Vierge qui se trouvait sous son passage et lui adressa cette prière : Dignare me laudare le, Virgo sacrata : da mihi virlulem contra hosdes tuos. La Vierge pour montrer son contentement de cet acte, inclina la tête, attitude qu’elle aurait ensuite conservée.

La dispute commencée, les adversaires firent pleuvoir sur Scot une vraie grêle d'arguments, pas moins de 200. Scot les écouta avec une grande attention, et un maintien modeste, mais avec la tranquillité et le présage du triomphe peints sur le visage. Quand les adversaires se turent, il se mit à réfuter tous leurs arguments, un par un, dans l'ordre même où ils avaient été proposés, avec la même facilité, dit Wadding le célèbre annaliste des franciscains, que Samson brisait les liens dont Dalila l'avait enchaîné. Le triomphe fut indéniable,

solennel. La Sorbonne jusqu'alors adversaire du privilège de Marie, changea d'opinion, embrassa l'opinion immaculiste, ordonna à tous ses docteurs de la professer et commença à célébrer la fête de la Conception.

Toutefois de graves auteurs croient pouvoir légitimement douter de l'exactitude de tous ces détails ; et sans doute il serait difficile de démontrer qu'ils ont tort. Pour nous, voulant nous tenir sur un terrain solide, nous nous contenterons de dire que Scot, le docteur sublil, imprima un mouvement décisif à la cause de l’Immaculée Conception.

Toutefois il atteint ce résultat par un procédé plutôt polémique que dogmatique. Dans ses écrits, il combat avec beaucoup de vigueur les arguments de la thèse contraire, mais il procède avec beaucoup de réserve et de prudence comme s’il voulait voiler sa pensée, quand il s’agit d'exposer Îles raisons favorables au privilège de Marie. Après avoir montré parfaitement l’inanité des preuves adverses, il résume ainsi sa pensée : « On peut faire trois hypothèses : 1° Que Marie a été soumise à la faute pour un seul instant; 2° Qu'elle y a été soumise pour un certain temps, ce qui a lieu pour les enfants baptisés ; 3° Qu'elle n’y a jamais été soumise même pour un seul instant, comme il apparaît des preuves déjà exposées. Laquelle des trois hypothèses s’est vérifiée? Dieu le sait... Mais il est convenable, là où la Raison et l’Ecriture ne s’y opposent pas, d’attribuer à la Vierge ce qu'il y a de plus excellent. »

Dans les Riportata parisiensia (dist. 3 du liv. III) le disciple de Scot, Francois Mayron, résumait ainsi l’argumentation du maître: « Dieu a pu préserver Marie du péché : il était convenable qu’il le fit ; donc Il l’a fait. Potuit; decuit ; ergo fecit. »

La conviction de Scot alla s’accentuant avec les années, et dans son commentaire sur les Sentences, il dit expressément: « Marie ne fut jamais ennemie de Dieu, ni par le péché actuel, ni par le péché origimnel. » (LSM H,aDists, dist. 18, q. 1,119)

De Paris, Scot passa à Cologne où il termina sa vie, et là encore il soutint le privilège de Marie.

Le grand mérite de Scot en cette controverse, fut d’avoir posé la question dans ses vrais termes, en suivant fidèlement la voie ouverte par saint Bonaventure. Il fit comprendre qu'il s'agissait d’appliquer le grand privilège non à la conception active, non à la conception passive incomplète, c’est-à-dire au fœtus inanimé ; mais à la conception passive complète, c’est-à-dire à l’âme en l'instant même où elle est unie au corps. De plus il résolut, par des observations très justes, des difficultés qui alors étaient regardées comme insolubles. Il y en avait trois principales.

Si Marie, disait-on, était immaculée, il ne serait plus vrai que Jésus soit le Rédempteur universel. — Duns Scot répondait : Marie bien qu’immaculée fut rachetée par le Christ, comme elle-même dans le Magnificat le proclame, en appelant Dieu son

Sauveur ; elle fut rachetée par une rédemption préservatrice.

On objectait en outre : Si Marie fut sans le péché d'origine, pourquoi en porte-t-elle les pénalités, comme la souffrance et la mort? — et Duns Scot répondait : Les douleurs et la mort de Marie lui étaient très utiles, lui servaient à coopérer avec Jésus à l’humaine rédemption : elles ne furent point la conséquence d’un péché par elle contracté.

Mais la plus terrible objection était celle-ci : Marie ne fut point conçue virginalement : la concupiscence eut part à sa formation. — Or la concupiscence était regardée par beaucoup comme une qualité vicieuse infectant la chair, fatalement, du péché d’origine, et transmettant ensuite cette infection à l'âme. Notons en passant que ce n’était point là l’idée de saint Thomas, lui qui démontre expressément que le péché ne peut pas résider dans la chair, et que la concupiscence n’est en rien l’élément formel de la faute. Quoiqu'il en soit, beaucoup regardaient la concupiscence commele véhicule de la faute originelle, et à cause de cela ils niaient l’Immaculée Conception. Le Docteur franciscain insiste sur la démonstration que la concupiscence n’a pas un lien essentiel avec la tache héréditaire. Etant même donné, ajoute-t-il, que la concupiscence eut dû par nature, infecter la chair de Marie, son âme fut toujours ornée de la grâce, prévenue d’une façon toute particulière par la miséricorde divine ; ainsi Marie n’eut jamais la faute originelle. Toute-

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fois une démonstration complète de la thèse catholique n'était point encore possible à cette époque, à cause des ressources limitées dont pouvaient disposer alors les studieux de théologie. IL est clair, en effet, qu’une telle controverse ne pouvait se liquider à coups de syllogismes. Les raisons théologiques en faveur du privilège étaient plausibles, persuasives, d’une valeur incontestable ; mais elles ne concluaient qu’à la grande convenance de l’Immaculée Conception, non à son absolue nécessité. Cette nécessité devait se prouver par des arguments d’un ordre supérieur, s'appuyer sur des documents d'autorité, se rechercher dans les témoignages de la Sainte Ecriture et de la tradition ecclésiastique, Mais on sait qu'au moyen âge l’investigation des documents patristiques n’était pas possible comme à présent ; et de plus comme l’observe Mgr Malou, le sens de l’Ecriture n’était pas assez approfondi.

II. L'œuvre de D. Scot renforcée et continuée par tout l’ordre franciscain.

Mais bien que les temps fussent prématurés pour une solution définitive, l’œuvre du Docteur subtil appelé encore le Docteur Marial, ne fut point semence jetée au vent. Cette semence tomba dans un terrain fécond et devait porter bientôt des fruits abondants.

Scot transfusa ses convictions d’abord dans un groupe choisi de disciples, dont quelques-uns s’acquirent un nom immortel, ou par leur enseignement en Sorbonne, ou par leurs écrits. Tels furent :

Francois Mayron, le Docteur illuminé; André de Neufchâteau, le Docteur très ingénieux ; Jean de Bosolis, le Docteur très ordonné, dont Scot disait que sa seule présence valait pour lui un auditoire.

En général l’ordre franciscain accepta avec enthousiasme l’idée de Scot. Alors que les adversaires du privilège se restreignaient de plus en plus à l’ordre de saint Dominique, les plus valeureux champions à le défendre se trouvaient pami les fils de saint Francois: aussi la doctrine favorable à l’Immaculée Conception s’appelait-elle d'ordinaire l'opinion franciscaine ou scoliste. Pour se former une idée exacte du mérite acquis par les franciscains dans la défense du privilège de Marie, il faut lire l’œuvre érudite et intéressante du Père Pauwels: les franciscains et l'Immaculée Conception. Il fait voir comment dans la première moitié du xive siècle, en dehors des disciples de Scot déjà nommés, ont combattu pour le privilège de la Vierge, Jean Minio mort cardinal et évêque de Porto; le bienheureux Raymond Lulie; Monalde, lequel au témoignage de Trithem fut théologien,juriste érudit, plein de talent, savant célèbre et dialecticien consommé ; Pierre de Thomé surnommé le Docteur invincible, qui composa un traité sur l’Immaculée Conception entre 1316 et 1320, et l’envoya à Jean XXII. Vers la même époque un traité semblabie fut composé par Jacques Albenis ou de Blanchis. Hugues de Châteauneuf nous a laissé une longue conférence abondamment documentée sur l’Immaculée Conception. Parmi

tous se distingua Pierre Auriol le Docleur facond : son /ractatus de Conceptione Maria Virginis est, selon le Père Strozzi S. J. un des plus érudits et des plus doctes suscités par la controverse. Il faut ajouter à ces noms ceux de François Ascolanus ; Monaldeschi ; Jean Blomendal, de la province de Cologne; Hermann Brucher de la province de Saxe ; Nicolas de Lire, le docteur vénérable ; Landulphe Caracciolo ; Jean Marcheley dela province d’Angleterre ; Nicolas Bonnet appelé le Pacifique, et qualifié par les anciens de Vir in sublililale nulli secundus, vir gravissimus ; Thomas de Rossi ou Ruyssi, écossais ; Jean Laurent, espagnol.

III. Quels progrès a fait au xiv° siécle l’idée de l’Immaculée Conception, cela apparaît clairement de l'attitude prise envers elle par l'Université de Paris, de la dispute qui se déroula devant le Pontife Jean XXII, et aussi de la condamnation retentissante infligée à Jean de Monteson.

Trois faits d’ordre public nous attestent le chemin fait au x1v° siècle par l’idée favorable à l’Immaculée Conception.

Le premier est l'attitude prie envers elle aussitôt après Scot, par l’Universitéde Paris. En rejettant mémel’exagération de ceux qui affirmentquel’Universilé imposa cette doctrine à ses professeurs, il est certain que dès le début du xiv° siècle, elle se montre très inclinée et très favorable à cette doctrine, au point méme, selon l’attestation de Pierre Auriol

mort en 1322, de célébrer la fête de l’Immaculée, Elle ne força point ses docteurs par un serment à professer celte doctrine, mais il est hors de doute qu'elle réclama des partisans des deux opinions un respect mutuel. La victoire que remportait en cela la sentence immaculiste était loin d'être indifférente.

Les adversaires de la pieuse sentence se voyant perdre du terrain en l'Université de Paris, cherchèrent à provoquer en leur faveur l’appui du Pontife Jean XXII. Ils portèrent devant lui la controverse en 1325, à l’heure même, comme le fait observer Pauwels, où entre le pape et les franciscains s’élevaient des contestations plutôt vives, à cause de la pauvreté évangélique et l'adhésion d’un certain nombre de frères au parti de Louis de Bavière. Comme l’ordre de saint François était alors le plus vaillant défenseur de la mère de Dieu, l’occasion parut favorable aux adversaires de ce privilège. Ils espéraient que ces pénibles contestations disposeraient l’àme de Jean XXII à rejetter la doctrine des franciscains et à préférer la doctrine contraire.

Le Souverain Pontife fit discuter la question en sa présence ; le débat fut ardent et dura plusieurs jours. Les chroniques de l’époque rapportent que les maculistes s’appuyaient sur le texte de saint Paul établissant l’universalité du péchéoriginel,a lorsque les docteurs immaculistes mettaient en relief la parole de l’Ange gralia plena, et prouvaient que ces paroles contiennent une exception à la loi commu-

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ne de la chute. La conclusion fut que le pape se prononga en faveur de la doctrine des franciscains, et fit célébrer avec pompe la fête de l’Immaculée Conception, dans sa chapelle et dans la cité d’Avignon.

Cette déclaration pontificale, il est facile de le comprendre, donna une nouvelle et puissante impulsion au mouvement d’adhésion à la pieuse sentence. Même les docteurs séculiers de la Sorbonne, s'inscrivaient au nombre de ses partisans. Les dominicains restaient désormais presque les seuls adversaires du privilège. Cet isolement faisait que quelques uns d’entr’eux, comme il arrive toujours dans de semblables circonstances, apportaient trop d'acharnement à défendre leur opinion et employaient contre l’idée immaculiste des appréciations exagérées, fausses et des phrases inconvenantes. Certains la taxèrent publiquement d’hérésie, du haut de la chaire. Tout ceci donnait lieu à de vives réactions, et chaque fois apparaissait davantage l’imposant progrès que faisait dans les âmes l’idée de Marie immaculée.

Un de ces incidents qui révèlent les sentiments de toute une génération, fut celui provoqué en 1387, à la fin du x1v° siècle, par Jean de Monteson, Aragonais de l’ordre des Prêcheurs. Etudiant à Paris il s'était fait, par bulle pontificale, concéder la licence et il pritle doctorat en théologie.

Dans sa première leçon magistrale, il proposa et soutint une série de propositions relatives à la Tri-

nité, à la toute puissance divine et à la Conception de Marie, qui suscitèrent dans son auditoire une grande agitation. Il y avait quatorze propositions, dont cinq sur la Conception de la Vierge. Dans la seconde de celle-ci, il déclarait expressement que la croyance à l’Immaculée Conception est contraire à la foi : B. Mariam Virginem et Dei genitricem non contraxisse peccalum originale est expresse contra fidem. L’Université, après un examen attentif, condamna cette doctrine comme fausse, scandaleuse, offensive des oreilles pies, présomptueuse, et intima en outre à Jean de Monteson, l’ordre de rétracter publiquement ses propositions. Celui-ci ayant refusé, dans le temps à lui assigné pour obtempérer à l’injonction de l’Université, celle-ci transmit la cause à l’archevêque de Paris, Pierre d’Orgemont. L’évêque commenca la procédure par les citations ordonnées par les canons, et comme de Monteson ne comparaissait point, il lança contre lui l’excommunication et le condamna comme contumace. L’Université ne se contenta point de cela, mais elle chargea le franciscain espagnol Jean Vital, théologien de grand nom, de réfuter les erreurs du docteur dominicain ; ce qu'il fit en une œuvre intitulée Defensorium pro Imm. Concep. B. M. V., écrite en 1387.

Jean de Monteson en appela au pape Clément VII, lequel agit comme son prédécesseur Jean XXII : il fit descendre sur le champ de la dispute les deux partis et leur assigna des juges. Monteson alla en personne à Avignon pour défendre sa cause. L’Uni-

versité de son côté envoya quatre docteurs, et Pierre d’Ailly était à la tête de cette députation composée de Jean de Neuville, bernardin, de Pierre d’Allainwilk, bénédictin et de Gilles Dechamps, qui devint plus tard Cardinal. Le célèbre Jean Gerson accompagnait lui aussi Pierre D’Ailly, auquel il devait succéder quelques années plus tard dans la dignité de grand maître de l’Université de Paris.

Jean de Monteson, après beaucoup de séances tenues devant ses juges et sous les yeux du Pontife lui-méme, pressentant sa défaite, quitta Avignon, et se retira en Aragon. Mais le Pontife confirma la double sentence de l’Université et de l’Archevêque de Paris, condamna par contumace, et excommunia de Monteson, qui se réfugia en Sicile et se jeta dans le parti d'Urbain VI.

Ce nouvel acte pontifical en faveur de la pieuse sentence, tout en indiquant les progrès qu’elle avait déjà faits, constituait pour elle une nouvelle et puissante impulsion vers d’autres conquêtes.

IV. Triomphe de l’idée immaculiste au xv° siècle : le concile de Bâle la définit comme dogme, et malgré l’illégitimité de ce concile, cela servit d'occasion à un mouvement plus intense en faveur du privilège de Marie.

Ces conquêtes, elle put les faire abondantes dès le xv° siècle. IL faut remarquer surtout ce que fit dans ce siècle l’autorité ecclésiastique pour soutenir l’idée immaculiste, ce qui constitue, pourrait-

on dire, l’aube lumineuse, prélude du grand jour de la définition.

La doctrine favorable au privilège de Marie trouva un appui surtout dans le concile de Bâle; ce fut même en ce concile que se livra, entre les deux partis adverses, la bataille la plus àpre et la plus imposante de cette longue dispute théologique qui dura sept siècles. L’issue de ce duel fut une nouvelle victoire pour l’idée immaculiste.

Bien que ce concile ait fini par un schisme et se soit transformé en conciliabule, il était cependant, à son origine, légitime.

Le souverain Pontife avait consenti à sa convocation, il y envoya ses légats a lalere avec les plus amples pouvoirs et se fit rendre un compte exact de tout le travail des Pères.

Martin V décida le concile en 1429 et désigna pour le présider le cardinal Julien Cesarini. Mais Martin V mourut en 1431, laissant à son successeur Eugène IV le soin de cette importante affaire. Le nouveau pape confirma le cardinal Julien dans sa fonction, lui donnant des pouvoirs illimités pour traiter les questions relatives soit à la foi soit à la discipline.

La première session du concile fut tenue le 14 décembre 1431. Quatre nations étaient représentées : la France, l'Italie, l'Espagne, l'Allemagne.

On avait établi quatre commissions au sein du concile, appelées saintes dépulalions, correspondantes aux quatres chefs principaux dont se serait occupé

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le concile : de la foi, de la paix, de la réforme, des affaires générales. Chaque commission était formée de Pères et de théologiens représentant les quatre nations présentes au concile, par un nombre égal de membres.

Une des premières questions soulevées par les théologiens espagnols, français et allemands, fut celle de l’Immaculée Conception. Le cardinal Louis Aleman, archevêque d'Arles, la soumit régulièrement à la commission destinée à l'examen des matières de foi, qu il présidait lui-même. Chacun attendait une décision définitive et tout était combiné pour assurer à la discussion et au jugement qui serait prononcé, les garanties les plus certaines d’impartialité. ‘

La discussion ne dura pas moins de trois ans. Dans cette discussion se firent remarquer, comme adversaires du privilège, Jean de Monténégro général de l’ordre de saint Dominique, et le cardinal Turrecrémata religieux du même ordre. Le premier unissait à de remarquables qualités oratoires, de vastes connaissances théologiques, le second avait le renom d’un théologien consommé.

La pieuse sentence de l’Immaculée Conception fut défendue par Pierre Perqueri de l’ordre des frères mineurs et par Jean Gonzalès ou Centeras, chanoine de Tolède, député au concile comme théologien du roi de Castille, et connu communément à cause de sa patrie sous le nom de Jean de Ségovie. Il publia en faveur de l’Immaculée Conception, une œuvre

remarquable destinée à éclairer davantage les Pères du concile. Il demandait qu’on définit cette doctrine comme vérité catholique. Les raisons qu'il développe sont réellement solides ; sa démonstra-tion est brillante et convaincante, plus même que certaines autres postérieures en date. Ce livre fit la plus grande impression sur le Concile, lequel entraîné par la puissante argumentation de Jean de- Ségovie, et employant presque ses paroles, déclara: à la session xxxvi que la croyance à l’Immaculée Conception est pieuse, conforme au culle de l'église, à la foi catholique, à la saine raison et à la Sainte. Ecriture. Elle définit qu'elle doit être approuvée, retenue, embrassée par tous les catholiques, et déclara qu'il n’était plus permis à personne de prêcher ou d’enseigner le contraire. Il renouvelle en: outre l'institution de la fête de la Conception pour: le 8 décembre, selon une antique et louable coutume de l’église Romaine et d’autres églises (1).

Il s'agissait comme on le comprend d’une vraie.

1. Doctrinam illam disserentem gloriosam virginem Deigenitricem Mariam, proveniente et operante divini muneris. gratia singulari nunquam actualiter subjacuisse originali peccato ; sed immunem semper fuisse ab omni originali et actuali culpa, sanctamque et immaculatam tanquam piam et consonam cultui ecclesiastico, fidei catholicæ, rectæ rationi et sacra Scripture, ab omnibus catholicis approbandam fore, tenendam et amplectendam, definimus et declaramus, nullique de cætero licitum in contrarium predicare nec docere, renovantes prœterea insitutionem de celebranda ejus concep-' tione sancta que tam per romanam quam per alias ecclesias vi idus decembris antiquoe et laudabili consuetudine celebratur ». (Conc. Basil, sess. xXxXVI).

et propre définition dogmatique. Malheureusement elle n’'émana du concile que lorsque celui-ci, se soustrayant à l'autorité du souverain Pontife, fut transformé en un conciliabule ; le pape ne ratifia point sa décision : autrement déjà depuis cinq .siècles la doctrine de l’Immaculée Conception figurerait parmi les dogmes solennellement définis. Mais on se tromperait en pensant que ce document, bien qu’issu d’une assemblée illégitime, ne soit point de la plus haute importance. C’est pour le moins un indice éloquent de la mentalité catholique de cette époque, c’est un témoignage irréfragable du grand chemin parcouru déjà par l’idée immaculiste, et ce fut même pour cette doctrine un nouveau pas en avant. Car ce qui est clair maintenant ne l'était point avec la même évidence en ce temps-là.

Aujourd'hui on ne doute plus de l’illégitimité du Concile de Bâle ; mais alors il en était tout autrement. Beaucoup ne doutaient point de son autorité infaillible, Tel était le jugement porté par l’Université de Paris et comme elle tenait pour l’acuménicité du Concile, elle se prit à considérer l’Immaculée Conception comme un dogme défini par l'Eglise, et par suite à qualifier d’hérétique l’opinion contraire, tombant par là dans l’exagération opposée à celle qu’elle avait sévèrement frappée chez Monteson. Aussi en 1469 imposa-t-elle par serment à ses docteurs de défendre l’insigne privilège de Marie. Il est facile de comprendre qu’en général toute l’Eglise de France acceptait le Concile de Bâle, et par

conséquent l’Immaculée Conception comme doctrine définie. C’est en ce sens que s’exprime le Concile provincial d’Avignon célébré en 1457.

L’Italie et l'Espagne ne se montrèrent point indifférentes et acceptèrent avec joie la déclaration du concile relative au privilège de Marie, bien que, pour d’autres points, elles se montrassent adversaires de ce concile. En somme le concile de Bâle servit d'occasion providentielle pour faire naître dans le monde entier un mouvement intense en faveur de l’Immaculée Conception.

V. En ce même siècle, Sixte IV donne à la pieuse opinion un appui très valide, mais sans la définir.

Cette extension consolante de la pieuse doctrine persuada au souverain Pontife Sixte IV de faire quelque chose pour l’Immaculée Conception, à laquelle, à cause de sa formation religieuse et théologique, il se sentait déjà très attaché. Il était franciscain. Il avait pris ses grades à l’Université de Padoue, il avait enseigné successivement à Padoue, à Bologne, à Pavie, à Sienne, à Florence et à Pérouse. Il fut fait cardinal en 1649 par Paul II, auquel il succéda dans le gouvernement de l’Eglise.

Sixte IV se montra favorable à la pieuse sentence et d’abord condamna comme agressif, outrageant et périlleux, un mémoire du dominicain Bandelli

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dans lequel le grand privilège de Marie était énergiquement combattu.

Quelques années plus tard, en 1476, il approuva pour la fête de la Conception, l’office composé par Léonard de Nogarolis de Vérone, docteur en théologie, et protonotaire apostolique. Cette approbation fut donnée par la Constitution Cum præcelsa. La messe Egredimini et l'office Sicut lilium approuvés par Sixte IV ne laissaient aucun doute sur la signification de la fête.

L'opposition toutefois ne désarma point ; la dispute continua acharnée, les dominicains menant toujours l’attaque contre la pieuse croyance. Alors Sixte IV ordonna une discussion approfondie à laquelle il eut assisté comme témoin et juge. Adversaire du privilège fut le Père Bandelli, déjà cité. Le général des franciscains, Francois de Brescia, lutta contre lui ; il montra une telle supériorité et détruisit si parfaitement les arguments de son adversaire que le pape, au milieu de l'approbation générale, le qualifia de nouveau Samson. Sixte IV intervint une dernière fois dans les débats en 1483 par la Constitution Grave nimis, dans laquelle il défendait formellement, sous peine d'excomunication, de taxer d’hérésie soit l’opinion favorable à l’Immaculée Conception, soit l'opinion contraire. Il en donnait cette raison : « Que l'Eglise apostolique et romaine n’a pas encore défini la question : eum nondum sil a Romana Ecclesia et Aposlolica Sede decisum. »

VI. La controverse se continue encore au xvi° siécle, mais l’idée favorabie au privilège de Marie, acquiert de nouvelles et toujours plus avanta-

geuses positions. — Le 5° Concile de Latran. Le Concile de Trente. — Courant nouveau parmi les dominicains. — Pie V. — Ciément VIII.

Telle était l'attitude prise par le Saint Siège à la fin du xv° siècle. Il était facile de comprendre que devant la liberté que Rome leur laissait, les adversaires du privilège de Marie continueraient à le combattre. La lutte devait donc se poursuivre encore à travers le xvi° siècle. Mais il est indéniable qu’en ce siècle la pieuse croyance acquit des positions nouvelles qui faisaient pressentir le triomphe final.

Au début de ce siècle, Alexandre VI renouvella la constitution de Sixte IV. Quelques années plus tard, Léon X eut le dessein de s'occuper de la controverse et de la solutionner définitivement au Concile de Latran V, dont il ordonna la continuation après la mort de Jules II qui l’avait convoqué. Il chargea le cardinal Cajetan d'examiner la question et de lui en faire un rapport écrit. Obéissant à l’ordre pontifical, l’illustre cardinal composa son opuscule : Tractatus de Concep. B. M. V. ad Leonem X, in quinque capita divisus. Il s'y montre fidèle aux traditions de son ordre et nie que Marie soit exempte de la faute originelle. Nous sommes loin du ton d’assurance provocante, pris par d'autres adversaires du privilège. Le cardinal Cajetan se montre au contraire très pondéré et d’une modération très signi-

ficative. Il reconnaît simplement que la majorité des docteurs est contraire à son opinion, ce qui n’est pas peu. Le mémoire de Cajetan fut présenté au concile vers 1515, mais la question ne put être prise en examen, car on jugea plus urgent d’expédier les questions pratiques et disciplinaires, ce qui ne laissa point de place aux questions relatives au dogme.

L’honneur d’une nouvelle enquête par l’autorité, fut accordée à la controverse, trente ans plus tard, au concile de Trente. Nous ne pouvons nous attarder à rechercher comment et par qui le concile de Trente, malgré son dessein de ne s’occuper que de l’hérésie envahissant l’Europe, fut conduit à donner son avis sur l’Immaculée Conception. Constatons seulement qu’en la session V tenue en 1646, à la fin du décret sur le péché originel, le concile s'exprime ainsi : « le saint Concile déclare qu'il n’est pas dans son intention de comprendre dans le décret relatif au péché originel la Bienheureuse Vierge Marie, Mère de Dieu. » (1)

A personne n'échappe à coup sûr l'importance d'une telle réserve, et c’est à bon droit que Pie IX dans la bulle /Ine/fabilis, le remarque en ces termes : « Par cette déclaration, les Pères du Concile de

I. Declarat tamen hæc ipsa sancta Synodus, non esse sue intentionis comprehendere in hoc decreto, ubi de peccato originali agitur, beatam et immaculatam virginem Mariam Deigenitricem ; sed observandas esse constitutiones fel. record, Sixti Papæ IV sub pocnis in eis constitutionibus contentis, quasinnovat.

Trente ont suffisamment fait comprendre, étant données les circonstances de temps et de lieu, que la très sainte Vierge a été exempte de la tache ori- ‘ ginelle; ils ont aussi fait comprendre d’une manière claire et précise, qu'on ne peut légitimement rien tirer soit de la sainte Ecriture, soit de la tradition et de l'autorité des saints Pères, qui puisse s’opposer à cette éminente prérogative de la Vierge. »

Après le Concile ce Trente l’idée de Marie Immaculée reçut le suffrage de presque tous les théologiens et de presque toutes les écoles, excepté toutefois les dominicains, qui en cette controverse se firent, comme l’on dit, les avocats du diable. Cependant même en cet ordre, qui est du reste l’un des plus méritants de l'Eglise, s’élevèrent de valeureux champions pour défendre énergiquement le privilège de Marie. Ainsi, après le concile de Trente, Ambroise Catharin, dominicain, descendit dans la lice pour défendre le privilège de la Vierge contre son confrère Barthélemi Spina, lequel n’osant attaquer le décret de Trente, s’en prenait au cardinal Cajetan, l’accusant d’avoir été faible et d’avoir souillé les traditions de son ordre, et en outre publiait à nouveau l’opuscule du cardinal Turrecremata, contraire à l’Immaculée Conception.

Le saint Pontife Pie V, dominicain, fit beaucoup pourapaiser l’ardeur de l’ordre, auquelilavait appartenu, contre Marie exempte de toute tache. En 1570, par la bulle Super speculum, il défenditaux deux partis adverses de se traiter mutuellement d’hérétiques.

A la fin de ce même siècle, Clément VII par un bref très élogieux (1° juillet 1598) approuva le catéchisme, que par son ordre avait composé le cardinal Bellarmin, pour fournir une méthode unique et. universelle dans l’enseignement de la doctrine chrétienne: ut posthac unus idemque modus in docendo et discendo doctrinam christianam ab omnibus tenerelur. Or dans ce caléchisme si autorisé on lit : « que veut dire pleine de grâce ? — La sainte Vierge est pleine de grâce parce qu’elle n’a jamais eu aucune tache d'aucun péché, ni originel, ni actuel, ni mortel, ni véniel. »

VII. Au xvn° siècle l'Espagne aplanit les voies à la définition. — Divers Pontifes s'occupent de la controverse. — Mémorable Constitution d'Alexandre VII. — Ses effets.

Durant le XVILe: siècle le théâtre principal de la lutte relative à l’Immaculée Conception fut l’Espagne, et de là vinrent ces suppliques ardentes au saint Siège, qui hàtèrent certainement le jour solennel de la définition. Mgr Malou n'hésite pas à écrire : « Il est vrai de dire, humainement parlant, que l’Espagne a servi d’instrument à la divine Providence pour aplanir les voies à la définition du mystère. » La dispute en était arrivée à ce point que le repos public en était troublé, et les autorités civiles elles-mêmes crurent devoir intervenir, en suppliant le saint Siège de mettre fin aux querelles par la définition de la question. Sur les instances

de Philippe III, roi d'Espagne, le pontife Paul V (1621) défendait d'attaquer en public la doctrine favorable au privilège de Marie. Cette ordonnance était complétée par Grégoire XV, qui défendit qu'une telle doctrine püt être combattue même en particulier. C'était comme l’observe Malou, imposer silence à l'opinion contraire, la proscrire, l’étouffer.

Urbain VIIT succéda à Grégoire XV au mois d’aoùt 1623, et bien qu'il se soit abstenu de définir ce qui lui était demandé instamment par Ferdinand II d’Autriche, il ne manqua pas toutefois d’encourager par son exemple les défenseurs du privilège de Marie. Sur les instances du duc de Mantoue et d’autres princes, il créa l’ordre militaire des chevaliers de l’Immaculée Conception, et en approuva les statuts. Par dévotion pour la Vierge Immaculée, il voulut être le premier à célébrer l’auguste Sacrifice dans la première église bâtie à Rome sous le titre de l’Immaculée, et due à la magnificence du cardinal Barberini, frère du Saint Père, pour l’usage de ses confrères, les mineurs capucins de saint François.

Mais l’acte le plus important émané en ce siècle du saint Siège en faveur de l’Immaculée Conception de Marie, ce fut la bulle Solliciludo omnium Ecclesiarum du pape Alexandre VII, en 1661. Le pape l'avait rédigée lui-même, l’écrivant de toute sa main et avant de la publier, il la déposa pendant quelques jours sur la pierre sacrée où il célébrait le saint Sacrifice.

Voici ce qu'on lit dans cette bulle mémorable.

Ayant renouvelé les constitutions et les décrets de ses prédécesseurs et spécialement de Sixte IV, de Paul V et de Grégoire XV en faveur de Marie Immaculée, le pape ajoute textuellement ceci : « En outre tous ceux qui chercheraient à interpréter ces constitutions ou décrets de façon à éluder la faveur qui en résulte pour la dite opinion, pour la fête ou le culte établi par eux; tous ceux qui oseraient disputer à nouveau cetle même sentence, cette fête ou ce culte, de quelque façon que ce soit, directe ou indirecte, ou sous le prétexte d'examiner la définibilité, ou d'annoter ou d'interpréter la sainte Ecriture et les saints Pères ou les docteurs, ou sous quelqu’autre prétexte que ce soit; ceux qui oseraient dire, prècher, traiter, discuter de vive voix ou en écrit, quelque chose de contraire, fournissant ou affirmant ou produisant, en les laissant sans solution, des arguments contre elle, ou de quelqu’autre façon que ce soit; outre les peines et censures contenues dans la bulle de Sixte IV auxquelles nous voulons qu'ils soient soumis et auxquelles nous les soumettons par les présentes; nous voulons qu'ils soient privés, par le fait même et sans autre déclaration, de la faculté de prècher, de lire publiquement, ou d'enseigner, ou d'interpréter et en outre du vote actif et passif dans toute élection, et en plus qu'ils encourent ipso facto sans autre déclaration la peine de perpétuelle inhabilité à prêcher, à lire publiquement, à enseigner et à interpréter, et de ces peines, ils ne peuvent être

absous ou recevoir dispense que par Nous-même ou par nos successeurs. Nous voulons encore qu’ils soient soumis aux autres peines a infliger d’après notre volonté ou celle de nos successeurs, comme nous le faisons par les présentes, en renouvelant les constitutions ou décrets sus-mentionnés de Paul V et de Grégoire XV.

Et les livres où la susdite opinion ou le culte conforme à cette opinion sont révoqués en doute ; où contre elle de quelque manière que ce soit, comme ci-dessus, on écrit ou on lit; ou qui contiennent des locutions, discours, traités et disputes contraires, et qui sont publiés après le décret de Paul V, ou sont pour être publiés dans l’avenir, Nous les prohibons sous les peines et censures contenues dans l’/ndex et Nous voulons et ordonnons qu’ipso facto et sans autre déclaration, ils soient regardés comme expressément prohibés. »

Cette bulle mémorable est la dernière constitution du Pontificat romain, sur le sujet qui nous occupe. Elle précède directement, sans autre rescrit intermédiaire, la bulle décisive de Pie IX. Et même à s’en tenir aux expressions d'Alexandre VII, on serait tenté de dire qu'il avait donné la définition si attendue, si lui-même n’avertissait dans la bulle, en termes exprès, qu'il n’entend point définir spéculativement la question. En tout cas, par une telle bulle la doctrine contraire, répudiée absolument, ne pouvait plus s'étendre ni même recueillir en sa faveur de nombreux partisans. À ceux-ci Alexandre

VII ne laisse qu’une consolation, celle d'être exempts d’hérésie, jusqu’au jugement définitif de l'Eglise.

Et on le comprenait ; chacun reconnaissait que le saint Siège avait pris une mesure décisive qui assurait l’avenir de la croyance à l’Immaculée Conception de la Vierge. Nous en avons pour preuve évidente ce qu’écrivait plus tard Noel Alexandre, gloire brillante de l’ordre dominicain. Après avoir cité la partie la plus importante de la constitution d'Alexandre VII et après avoir rappelé la doctrine de saint Thomas, qui enseigne (u-n, q. X, art. 2) quod maximam habet aulorilalem Ecclesiæ consuetudo, que semper in omnibus est æmulanda, il conclut ainsi : Auctor sum, Fratribus meis Predicatoribus, ut depositis anliquæ el jam antiqualæ opinionis prajudiciis, cujus tenebras Spiritus Sanctus dispulit, elsi nondum ila plane ac perfecte, ut questio ista sit in Jidei luce, per divinam revelationem Ecclesaie factam conslilula, communem, piam el ecclesiaslicam sentenliam, ac devolionem erga immaculalam Deiparæ Virginis conceplionem ampleclantur, predicent, ac propagare sludeant.

Et de fait même chez les dominicains se faisaient de plus en plus rares, les opposants à la doctrine qui avait obtenu l’appui solide du saint Siège ; au contraire très nombreux devinrent ceux qui s'en firent les champions zélés.

Il advint alors, après Alexandre VII, que cette doctrine si honorifique pour Marie, prit possesion

pacifique et incontestable des esprits. Le peuple chrétien était profondément convaincu de sa vérité et les ordres religieux rivalisaient de zèle pour l’illustrer et la fortifier d'arguments inattaquables, contre ses rares adversaires. Parmi les ordres religieux celui qui lutta de zèle pour Marie avec la fàmille franciscaine, fut sans doute la compagnie de Jésus.

L'effet produit sur la masse des croyants par l’intervention fréquente de l'autorité ecclésiastique dans la question, est ainsi résumée par le père Bachelet:

« L'église enseignante, en agissant ainsi, trouvait dans l’Eglise enseignée un écho parfait pour ne pas dire un puissant stimulant. De toutes parts, c’esten l'honneur de Marie sans tache un concert unanime de louange et d'amour. Eglises, rois, peuples et villes se mettent sous le patronage direct de l’Immaculée Conception. Des ordres se fondent, ordres contemplatifs, ordres enseignants, ordres militaires et des confréries de toutes sortes s’établissent pour honorer publiquement Marie Immaculée. Les savants multiplient les livres pour propager et défendre la croyance au glorieux privilège de la mère de Dieu. Et les saints ! Tous à partir du xvi° siècle, et certes il y eut alors de grands saints, tous sont autant d’apòtres de la Vierge Immaculée, plusieurs vont jusqu'à promettre de verser au besoin leur sang pour cette cause chérie, acte d'amour que Muratori tenta vainement de ridiculiser en y dénonçant un vœu sanguinaire. »

VIII. Le dernier adversaire célèbre de l’Immaculée Conception.

Et puisque nous avons nommé Muratori, il faut dire de lui qu'il fut le dernier opposant du privilège qui ait suscité un certain bruit. Ceci advint sous le pontificat de Clément XIII et de Benoit XIV. Ce dernier s’était proposé de donner la définition tant désirée, et les circonstances l’ont empêché de réaliser son projet. Or Muratori sous les pseudonymes de Lamindo Pritanio, de Antonio Lampidrio et de Valesio, en écrivant De superstilione vilanda, s'attache à démontrer que l'Immaculée Conception de Marie n’était tenue que par l’école Scoliste et qu’elle avait contre elle l'antiquité chrétienne et l’école Thomiste. Mais les opinions de Muratori n’eurent point la faveur du public, elles suscitèrent au contraire l’indignation universelle et unanime, et tout leur mérite fut d’être l’occasion qui fit descendre sur le champ de bataille, en faveur de Marie, les saints les plus fameux et les plus populaires du xvin° siècle, Léonard de Port-Maurice et saint Alphonse de Liguori.

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