‹ Marie dans le dogme catholique (volume 2)Chapitre 57 sur 154 · V. Le 8 décembre 1854 et la définition solennelle · texte numérisé non relu

V. Le 8 décembre 1854 et la définition solennelle

Douze jours après la définition était un fait accompli. Elle fut donnée le 8 décembre 1854. Ce jour, jusqu’à la fin des siècles, sera rappelé comme un des plus glorieux de l’histoire. La définition eut lieu en Saint-Pierre. L'Eglise était remplie de fidèles, à tel point que la circulation était impossible. On calcule à environ cinquante mille les personnes présentes, parmi lesquelles se trouvaient des pélerins accourus de toutes les parties du monde.

En méme temps que le peuple fidèle, la hiérarchie ecclésiastique y était largement représentée. On y comptait cinquante quatre cardinaux, quarante deux évêques. Il était onze heures du matin quand durant l'office pontifical, Pie IX lut le décret de la définition.

« Lorsque le saint Père, écrit Malou, parvint à ces paroles solennelles : À la plus grande gloire de la Mère de Dieu, par l'aulorilé des saints apôtres Pierre et Paul el par la nôlre, tout pénétré de la grandeur de l’action qu’il posait, touché par l’impatiente attente du clergé et des fidèles qui tenaient leurs regards fixés sur sa personne et écoutaient,

avec avidité chacune de ses paroles, se portant sans doute aussi par la pensée au céleste séjour où la joie des anges répondait à celle des élus de la terre, le souverain Pontife ému jusqu’au fond de ses entrailles, sentit sa voix défaillir et ses yeux se remplir de larmes. Mais faisant un effort sur la nature et dominant son trouble il continua bientôt d’une voix forte, mais émue et émouvante, son discours, et après avoir cédé encore une fois à l'empire de sa sensibilité, il termina la lecture du décret au milieu d’un sentiment de joie universelle. »

VI. Importance extraordinaire de la définition ; elle fut la démonstration évidente de la vitalité de l'Eglise, l'affirmation solennelle du surnaturel, et l'impulsion la plus puissante depuis le Concile d'Ephèse, donnée au culte de la Vierge. L'importance de cet acte ne peut échapper à per-

sonne. Il fut la plus solennelle affirmation de la

vitalité de l’Eglise, alors que l’impiété se flattait de l’avoir presque détruite. Il fut la plus imposante reconnaissance publique du surnaturel, alors que l’humanité semblait en proie à un délire de matérialisme et de naturalisme. L’enthousiasme général, les fêtes retentissantes par où l’on accuellit la définition de l’Immaculée, démontrèrent que le sentiment de la foi était encore vif et actif dans les cœurs, ils démontrèrent surtout combien solide ef compact était l'organisme de l'Eglise catholique.

Une controverse qui durait depuis des siècles, que

les batailles du génie n’avaient pu clore, qui avait»

divisé les plus puissants ordres religieux dont, la fidélité aux traditions domestiques est connue, qui avait suscité des opinions contraires même dans l’épiscopat, — une telle controverse fut close pour toujours par une seule parole du Pontife romain, et tout le monde s'incline avec respect devant cette parole, et ceux qui d’abord avaient combattu le privilège de Marie deviennent les plus éloquents pour la soutenir! Où trouver un spectacle plus imposant? où chercher une preuve plus convaincante de l’autorité du Pape, une démonstration plus palpable de la vigueur de constitution dont jouit l'Eglise ?

Et la définition donnée par Pie IX fut, en outre, une affirmation imposante du surnaturel, À quel dogme n'est point liée la doctrine de l’Immaculée Conception ? elle gravite autour du dogme de l’Incarnation, de la Rédemption, de la chute originelle. Leur affirmation est implicite dans l’enseignement de celle-là. Et ainsi, par cette définition, l'Eglise déployait solennellement devant le monde sa croyance au surnaturel et frappait d’un nouveau coup mortel le rationalisme et le positivisme qui, au milieu du siècle passé, semblaient avoir atteint la cime, le terme de leurs ascensions.

A côté de ces avantages de caractère général dûs à la définition de la Conception Immaculée de Marie, il faut en signaler un autre, et c’est le nouvel élan donné au culte de Marie. Après la définition du Concile d’Ephèse sur la maternité de Marie,

l'histoire ne peut enregistrer aucun autre fait qui ait suscité un plus vif enthousiasme pour la reine des cieux, que la définition de son Immaculée Conception. Ce privilège a pris dans le calendrier catholique une place très distinguée ; il est fêté par un jour plein des plus chères et des plus suaves émotions. C’est la fête de la lumière, de la pureté, la fête du surnaturel vivant et palpable au sein de l'humanité. On peut dire que de nos jours le culte de la Vierge se déploie autour du privilège de l’Immaculée Conception. La Mère de Dieu qui se présente à l’esprit des croyants dans une vision fulgurante de pureté, sans aucune ombre de faute, revêt un charme irrésistible et attire d’un attrait toujours triomphant.

Pour comprendre combien l’Immaculée Conception de Marie est appréciée par les fidèles, il suffit de regarder vers Lourdes, au sanctuaire royal que la terre a préparé à la Reine Immaculée. Ce sont des centaines de milliers de pélerins qui, chaque année, de toutes les parties du monde, viennent à Lourdes vénérer la Vierge Immaculée, lui exposer leurs propres souffrances, lui demander son réconfort et assister aux miracles qu’elle accomplit en faveur de ses dévots.

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