QUESTION III
Sainteté parfaite de Marie
SOMMAIRE
I. La sainteté accordée à Marie dans sa conception était susceptible d'augmentation, parce que, en Marie, se développaient continuellement de nouvelles capacités de grâce, qui aussitôt étaient actuées. — II. En cela précisément consiste la différence entre la plénitude de grâce propre à Jésus, et celle propre à Maïie ; la première ne fut jamais capable d'augmentation, la seconde au contraire eut de continuelles ascensions. — III. Inférieure à celle de Jésus Christ, la sainteté de Marie fut toutefois. immensément supérieure à celle de tous les autres saints et des anges. Termes par lesquels les Pères décrivent cette supériorité. — IV. La sainteté de Marie ne fut jamais obscurcie par aucune ombre de péché, même véniel. Affirmation de l'Eglise — Raisons — Objections. — V. Marie fut un modèle de toutes les vertus les plus excellentes, possibles dans sa condition. Ce qu’en laisse apercevoir l'Evangile, ce qu’en ont déduit les Pères et les théolugiens. Spiendide portrait que saint Ambroise nous retrace des vertus de Marie. Saint Augustin et saint Jérôme lui font écho. — VI. La sainteté de Marie qui augmentait par la pratique des vertus, augmeniait encore par les sacrements qu’elle recevait — On recherche quels sa:rements elle a reçus. — VII. Les communions de Marie. — VIII. L’avancenient de Marie. dans les voies de la sainteté fut toujours calme et tranquille, splendide peinture qu’en fait saint Francois de Sales. — IX. Si Marie voyageuse sur terre a ew le pouvoir de faire des miracles et de prédire l'avenir. — X. Les mérites de Marie : leur intensité, leurobjet.— XI. Connaissances que Marie eut des choses surnaturelles.
I. La sainteté accordée à Marie dans sa conception était susceptible d'augmentation, parce que, en Marie, se développaient continuellement de nouvelles capacités de grâce, qui aussitôt étaient actuées.
Marie fut conçue toute brillante de sainteté et d’innocence. Le salut que lui fit plus tard l’Archange Gabriel: « Ave gratia plena », aurait pu lui être adressé dès le premier instant où son âme sortant des mains de Dieu, fut unie à son corps. Dès lors, le lecteur s’en souvient, Marie surpassait tous les saints, même ceux qui firent dans les voies de la justice les ascensions les plus hardies et les plus imposantes.
Mais une telle plénitude de grâce n’exclut pas en Marie la possibilité d’un accroissement ultérieur. Elle n’était pas encore arrivée à la compréhension de Dieu, à cet état dans lequel l’âme se repose tranquillement dans son Créateur, unie à lui par des liens qui ne sauraient être resserés davantage.
Elle était au contraire simple viatrix, et parmi les enfants d’Adam qui n’ont pas encore atteint le terme de la félicité éternelle. Le Concile de Trente nous enseigne, dans la Section VI du Canon 24, qu’ils peuvent toujours par leurs bonnes œuvres augmenter le trésor de la grâce (1).
1. « Si quis dixerit, justitiam acceptam non conservari, atque etiam non augeri coram Deo per bona opera ; sed opera ipsa fructus solummodo, et signa esse justificationis adeptæ, non autem ipsius augendae causam ; a. s. »
LES PRÉROGATIVES DE MARIE gl
Le cœur de Marie fut tout rempli d'amour divin, lequel amour est l'indice de la sainteté et de ses degrés; mais si intense et si généreux que fut cet amour, il pouvait toujours grandir par de plus sublimes ascensions. Comment cela peut-il se faire ? saint François de Sales l’explique ainsi: « Théotime, non seulement entre ceux qui ayment Dieu de tout leur cœur, il y en a qui l’ayment plus et les autres moins, mais une mesme personne se surpasse maintefois soy mesme en ce souverain exercice de la dilection de Dieu sur toutes choses. A pelles faysoit mieux une fois qu’autre, il se surmontoit aucune fois soy mesme, car bien qu’il mit ordinairement tout son art et toute son attention à peindre Alexandre le Grand, si est ce qu’il ne l’y mettoit pas tous-jours totalement, ni si entièrement qu'il ne luy restast des autres effortz par lesquels il l’employoit plus vivement et parfaitement : il appliquoit tous-jours tout son esprit à bien faire ces tableaux d’Alexandre, parce qu’il l’appliquoit sans réserve, mais il l’appliquoit aucune fois plus fortement et plus heureusement. Qui ne scait que l’on profite en ce saint amour, et que la fin des saints est comblée d’un plus parfait amour que le commencement (1)? »
Et Marie, en cela, ne fut pas différente des autres Saints. Sa vie pure fut une voie lumineuse qui allait progressant davantage en lumière, jusqu’à ce