Traité de l'Amour de Dieu, t. 18, 1. X, c. mu
«qu'elle fut arrivée à sa plénitude : Justorum semila quasi lux splendens procedit, el crescil usque ad perfeclam diem (Prov. c. rv, 18). On pourrait répéter de Marie en toute vérité ce que l’Evangile dit de Jésus : « Il croissait en sagesse, en âge et en grâce devant Dieu et devant les hommes. » (Luc II, 52). En somme Marie eut dès le commencement de son existence une plénitude de grâce: mais ce ne fut qu’une plénitude relative, non absolue. À tous les moments de sa vie, Marie fut toute pénétrée des rayons divins de la grâce ; à chaque minute de son existence, sa volonté fut docile à rendre à Dieu, hommage et gloire ; tous les battements du cœur de Marie furent toujours pour Dieu; mais à mesure qu’elle avançait en âge, l’étre de Marie se développait, son énergie devenait plus intense, et ses sentiments plus profonds et plus étendus. Cette croissance créait em elle de nouvelles capacités de gràce, ces capacités surnaturelles étaient immédiatement comblées, de telle façon que Marie s'élevait sans cesse dans les voies de la sainteté et de l’union intime avec Dieu. Cette ascension de Marie vers l'idéal de la sainteté était continuelle, uniforme, sans à-coups, sans suspension. Comme le jour arrive graduellement sans secousse et par un mouvement continu, de l'aube à l’aurore, au matin et au midi, ainsi toute la vie de Marie fut un mouvement en avant, jamais interrompu, vers la perfection consommée. Ceci posé, rien n’empéche avec saint Thomas et d’autres grands écrivains, de distinguer dans cette progres-
sive sainteté de Marie, trois étapes qui sont comme les pierres milliaires placées par la Providence sur la route glorieuse de la sainte Vierge. Saint Thomas dit: « Il y eut dans la Vierge Marie une triple perfection de grâce : la première fut une perfection dispositive, qui la rendit capable d’être la Mère du Sauveur, elle eut cette grâce en sa première sanctification ; la seconde perfection de grâce lui fut donnée par la présence en elle du Verbe incarné, quand par elle il prit la nature humaine; la troisième enfin, la perfection finale fut celle qu’elle a dans sa gloire » (1).
Déjà l’abbé Robert avait dit de Marie que « dans son premier état de sainteté, elle était semblable à l’aurore ; à la conception de son fils semblable à la lumière, et à sa mort semblable au soleil. — Virgo in sua prima sanctificatione ut aurora, in Filü conceptione ut lux, in morte ul Sol » (2).
Pierre le Vénérable, le célèbre abbé de Cluny, croyait, au contraire, qu'avec l’Incarnation du Verbe cessait en Marie la possibilité d'augmenter dans la gràce. Le Fils de Dieu s’incarnant en elle, la compénétra totalement, à ne plus laisser en elle de place pour une grace ultérieure. « Comment, dit-il,
1. « In B. V, fuit triplex perfectio gratiæ. Prima quidem quasi dispositiva, per quam reddebatur idonea ad hoc quod esset Mater Christi; et hac fuit perfectio prime santificationis. Secunda autem perfectio gratiæ fuit in B. V. ex præsentia Filii Dei in ejus utero incarnati. Tertia autem est perfectio finis, quam habet in gloria ». (n p.; q. xx, art. 5 ad. 2).