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2. « Quis ambigat, quin cum merita premium præcedant, per tam egregia omnium virtutum officia, quae post sacratis-
L’objection que la plénitude de la gràce n’a pu laisser en Marie une lacune ultérieure à combler, n’a aucune valeur. Nous sommes d’accord qu’en Marie il n’y eut jamais de lacune de gràce et que par son progrès dans la gràce, on ne doit pas entendre un vide à remplir. Rien de plus contraire à la vérité. Nous l'avons déjà dit, mais il n’est pas inutile de le répéter, Marie a progressé en gràce parce que constamment de nouvelles capacités de gràce se développaient en elle, qui étaient aussitôt remplies.
C’est en cela précisément que consiste la différence caractéristique entre la plénitude de sainteté de Marie et celle de Jésus-Christ.
II. En cela précisément consiste la différence entre la plénitude de gràce propre à Jésus, et celle propre à Marie ; la première ne fut jamais capable d’augmentation, la seconde au contraire eut de continuelles ascensions.
Jésus-Christ a possédé dès le principe une grâce
non passible d’augmentation. Quand l’Evangile
dit qu'il croissait en grâce, une telle affirmation ne doit pas se prendre à la lettre. Jésus croissait en grâce, dans ce sens qu’il donnait extérieurement avec les années des manifestations plus importantes de sa sainteté, Mais intérieurement le trésor des dons célestes, qui le rendaient agréable à Dieu, était simum partum accumulavit, cumulatior etiam in dies et excellentior illi accresceret gratia? Fuit quidem gratia plena ante conceptionem Filii quantum par erat ut fieret Christi
Mater ; attamen gratia illa non fuit eo modo summa, ut non posset deinceps meritis augeri ». (In 1v, dist. 5, art. 2).
si parfait qu'il ne pouvait croître d'aucune façon. C’est un principe incontestable de la théologie catholique, que la plénitude de grâce en Jésus, affirmée en saint Jean par ces mots: « Nous l'avons vu plein de grâce et de vérité », était d’une nature tout-à-fait singulière et différente de celle accordée aux autres humains, par exemple à Marie, Saint Thomas a examiné cette question et y a projeté un rayon de lumière incomparable.
Selon l’Angélique Docteur, on distingue une double plénitude de grâce, l’une relative au sujet qui la possède, l’autre relative à la grâce elle-même. L'une est proportionnée à la capacité du sujet, l’autre s'appuie sur la vertu de la grâce. Quelqu'un a la première plénitude, quand il a toute la grâce qu'il lui est possible actuellement de posséder, en tenant compte de son union avec Dieu et de la mission qu'il doit remplir. Avoir la seconde plénitude, c’est posséder la grâce dans toute son étendue possible ; c’est avoir en soi toute la noblesse que la grâce peut donner, à son degré maximum, nous dirions volontiers, idéal. Il en est de la grâce comme de la lumière, On peut dire d’un corps qu’il est complètement illuminé, quand il est pénétré de toute la lumière qu’ilest capable de recevoir, cette lumière fut-elle imparfaite comme celle donnée par une seule des couleurs du prisme, le rouge par exemple. Mais on dira avec beaucoup plus de raison d'un cristal qu’il est illuminé, s’il est parfaitement diaphane et inondé de soleil.
Il est clair que la première plénitude admet une augmentation, tandis que dans la seconde, il serait absurde de parler d’accroissement.
Eh bien, Jésus eut dès le commencement cette plénitude de grâce, qui consiste à posséder le plus haut degré de grâce possible. Sa grâce considérée dans son être créé, était et devait être nécessairement finie ; mais elle atteignait le sommet le plus élevé quant à son efficacité formelle, qui est de rendre agréable à Dieu. Elle transformait la nature humaine de façon à la rendre apte à être unie d’union hypostatique à la nature divine. Pour qu’un accroissement de grâce en Jésus fut possible, il faudrait admettre, dans les relations avec Dieu, la possibilité d’une union plus étendue et plus noble que l'union hypostatique. Or cela n’est pas même à penser. « Le but de la grâce est, dit saint Thomas, d’unir la créature raisonnable à Dieu; mais il ne peut y avoir avec Dieu d’union plus grande que l’union personnelle qui est celle de Jésus-Christ. En lui donc la grâce atteint son plus haut degré (1). Nous dirons avec les théologiens modernes, de façon bien claire, que la plénitude de grâce en Jésus n’est passible d’aucun accroissement, parce que c'était une plénitude absolue. Tout ceci est exprimé par saint Paul en ce passage plein d'énergie : « In quo
1. « Finis gratiæ est unio creature rationalis ad Deum : nom potest autem esse, nec intelligi major unio creature rationanalis ad Deum quam que est in persona: et ideo gratia
Christi pertingit ad summum mensuræ grati, » (III p., q. VII, art. 12).
sunt omnes lhesauri sapienlie el scientie absconditi quia in ipso inhabitat omnis pleniludo divinilalis corporaliter, et estis in illo repleli, qui est caput omnis principatus el polestalis » .
En Marie, au contraire, la grâce divine ne déploya pas, dès le commencement, toute la vertu anoblissante qu'elle possède en soi, et elle ne produisit pas tous les eflets dont elle est capable. La grâce ne détermina pas chez elle une ascension rapide, instantanée, l’élevant tout de suite au sommet de la perfection; non, à ce sommet elle n’arriva que par degrés. C'était toutefois toute sa nature qui était ainsi élevée. Elle n’eut par suite que la plénitude de grâce subjective. Aussi, même au terme de son ascension surnaturelle, fut-elle toujours inférieure à son divin Fils. La grâce de Jésus était d’un ordre tout-à-fait spécial, comme le principe universel des autres grâces, et par suite incommunicable aux autres. Elle était d’une autre sphère, différente de celle assignée aux autres grâces, même à la grace de Marie. | II!. Inférieure à celle de Jésus-Christ, la sainteté
de Marie fut toutefois immensément supérieure
à celie de tous les autres saints et des anges.
Termes par lesquels les Pères décrivent cette
supériorité.
Inférieure à la Sainteté du Sauveur, la Sainteté de Marie fut cependant immensément supérieure à celle des autres saints, et même à celle des Anges dans le Ciel. Nous avons déjà affirmé que Marie, dès
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le commencement de son existence, a surpassé tous les saints, même ceux qui, dans les voies de la justice, avaient fait ou devaient faire les ascensions les plus hardies et les plus imposantes. Nous n’avons aucun motif de nous rétracter. Disons seulement que cette assertion prend la forme d’une thèse abso- . lument incontestable, quand il s’agit de la sainteté de Marie au cours de sa vie. Sur ce point on ne trouve aucun désaccord chez les théologiens. Les Pères eux-mêmes sont tous unanimes là-dessus. Egelbert abbé, homme érudit et saint, comme l'appelle Mislei, n’a fait que résumer la doctriné toujours professée dans tous les siècles chrétiens, quand il écrivait: « La Vierge surpasse tous les saints de trois manières : par généralité de grâces, par singularité des dons, et par dignité de prééminence. Premièrement, par généralité de grâces, puisque les gràces réparties entre les saints, soit hommes, soit anges, lui furent données toutes à la fois, saint Luc disant : « Ave gratia plena. » Et ajoute saint Anselme: « Cet Esprit qui donne à chacun des autres saints une partie de ses dons, les distribuant selon sa volonté, ne vous les donne pas séparément, ò Vierge Sainte, mais il les rassemble en vous à qui Dieu tout entier se donne. Secondement, par l’excellence dans la singularité des dons; parce que la Vierge seule, par un très spécial privilège, jamais concédé à d’autres mortels ou esprits célesies, fut élevée à la dignité de Mère de Dieu, et ornée, par suite d’une telle élection, de grâces et de dons tout à
fait singuliers et propres à elle seule. Par suite, affirme saint Bernard, comment le Père céleste, à celle qu'il a choisie parmi toutes pour être Mère de son Fils unique, n’aurait-il pas donné tous ses trésors ? En troisième lieu par dignité de prééminence, puisque celui qui est grand dans les grandes choses est très grand entre les grands. Or la Bienheureuse Vierge surpassa tous les hommes en dignité; seule, elle fut digne de ce titre de Mère de Dieu, le plus grand de tous. Par suite la perfection et la plénitude de sa grâce et de sa vertu excédèrent en dignité la perfection de tous les anges et de tous les saints. Saint Bernard commente ainsi ces paroles de l’Ecclésiastique (ce. XXIV): « In pleniludine sanclorum delentio mea. » C’est de Marie qu’on peut dire avec raison, qu’elle a possédé la plénitude dessaints, parce qu’il ne lui a manqué ni la pureté des anges, ni la foi des patriarches, ni l'espérance des Prophètes, ni le zèle des Apôtres, ni la constance des Martyrs, ni la candeur des Vierges, ni l’austérité des Confesseurs, ni la fécondité des épouses (1). » Aussi voit-on souvent dans les Pètes des expressions comme celle-ci : « Marie fut seule le tabernacle du Saint-Esprit (2). » « C’est une source intarissable de tous les célestes charismes et de tous les miracles (3). » « Que puis-je dire, © ma Souveraine? Si je commence à considérer l’immensité de votre