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L’ombre du péché ne voila jamais la sainteté de Marie. On ne vit jamais en elle aucune faute, ni originelle, ni actuelle. Et parmi les actuelles, non seulement, elle n'en commit jamais de mortelles, mais jamais non plus de vénielles. Marie ne fut même pas sujette à ces fautes légères, mi-délibérées, qui semblent être une fatale nécessité de notre misérable nature, qui s’infiltrent dans l’âme la plus parfaite et qui ont motivé ces paroles de la Sainte Ecriture : « Le Juste pèche sept fois le jour. » Tel est du reste le sentiment de l'Eglise, ainsi que l’enseigne le Concile de Trente, au canon 23, section VI : « Si quelqu'un dit que le Juste peut, au cours de toute sa vie, éviter tout péché, même véniel, sans un privilège spécial de Dieu, selon que l'Eglise l’affirme de la Bienheureuse Vierge, qu’il soit anathème (1) ».
L’ancienneté d'une telle croyance n'est pas difficile à démontrer. Au x1° siècle, le célèbre disciple de saint Anselme, Eadmer, écrivait : « Personne ne peut douter que le corps très chaste et l’âme très sainte de Marie n'aient été radicalement — sous la garde des Anges — préservés de tout péché, parce qu’elle était la demeure royale où devait habiter corporellement son Créateur et le Créateur de toute chose, parce qu’il devait par une opéra-
1. « Si quis hominem semel justificatum dixerit... posse in tota vita peccata omnia, etiam venialia vitare, nisi ex speciali Dei privilegio, quemadmodum de B. Virgine tenet Ecclesia, a. S. »
tion ineffable, prendre d’elle la nature humaine et se l’unir hypostatiquement (1) ».
Saint Augustin au v° siècle, approuvant et confirmant l’opinion qui, même au témoignage des Pélagiens, était commune dans l’Eglise, écrit ces paroles célèbres, déjà rapportées ailleurs, mais qu’il est bon de reproduire : « Par respect pour le Seigneur, il ne doit pas étre question de péché quand il s’agit de la Sainte Vierge Marie ; — Nullam prorsus cum de peccalis agitur, haberi volo questionem (2) ».
Nous nous abstenons de rapporter d’autres citations, parce que voulantêtre complets sur ce point, nous devrions refaire tout le chemin déjà parcouru, quand il s'est agi de constater la tradition en faveur de l’Immaculée Conception. Tous ou presque tous les passages servant à démontrer l’exemption de Marie de la faute héréditaire, supposent ou disent expressément que Marie ne commit jamais aucune faute actuelle.
Saint Thomas examine les raisons de ce privilège et les réduit à trois. La Divine Providence devait assister Marie d'une manière très particulière et ne la laisser tomber dans aucun péché, 1° parce qu’elle
1. Nulli dubium, castissimum corpus et santissimam animam ejus funditus ab omni fuisse macula peccati, jugi Angelorum custodia, protectam utpote aulam quam suus et omnium Creator Deus corporaliter inhabitaturus, et ex qua hominem in sue persone unitate ineffabili fuerat operatione sumpturus. » (De excell. V. c. 3).