‹ Marie dans le dogme catholique (volume 2)Chapitre 66 sur 154 · SUL · texte numérisé non relu

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Mais les théologiens, suivant la route tracée par les Pères, ne se sont pas contentés d’attribuer à Marie les vertus mentionnées dans les Evangiles. Ils ont seulement regardé celles-ci comme des pièces détachées d’un magnifique édifice; et scrutant avec soin la facture de ces pièces, y reconnaissant la marque de l’architecture céleste, ils ont reconstruit l'édifice de haute perfection morale qui a existé en Marie. Et personne ne pourrait raisonnablement attaquer les affirmations des théologiens et des Pères, sur les vertus de Marie. La logique a ses droits imprescriptibles, et il y a des affirmations qui en supposent ou en préparent d’autres ; il y a des faits qui ne pourraient subsister, si l’on n’admettait pas l’existence d’autres faits, que nos regards toutefois ne peuvent atteindre directement. Ainsi à la lumière des brèves mais fécondes expressions que nous recevons de l'Evangile sur Marie, la théologie catholique la regarde comme un prodige de toutes les plus excellentes vertus.

Mais il sera bon de recueillir l’écho réconfortant des voix autorisées.

Le Bienheureux Albert le Grand, le maître célèbre de saint Thomas d'Aquin, nous dit dans son traité sur les douze privilèges de Marie, au chap. X: «La huitième prérogative de Marie fut qu’elle posséda au degré superlatif toutes les vertus et chacune d'elles, différant en cela des autres Saints qui n’en eurent que quelques-unes véritablement éminentes. Ainsi Noé eut comme prérogative d’être

juste ; Araham d’être fidèle ; Joseph d'être chaste ; Moïse, d’être doux ; Job, d’être patient ; David d’être humble ; Salomon d'être sage ; Elie d’être zélé pour la loi, et ainsi des autres. C'est pourquoi l'Eglise chante de tous les Confesseurs : « Il ne s’en est pas trouvé de semblable à lui... » parce que chacun d’eux surpassa ses contemporains dans la pratique de quelque spéciale vertu. Les apôtres se distinguèrent parun grand nombre de vertus ; mais la Vierge bénie surpassa tous les Saints, ceux de l’Ancien comme du Nouveau Testament, dans la pralique non seulement d’un certain nombre de vertus, mais dans la pratique totale de toutes » (1). « Même les vertus communes, ayant des actes ordinaires pour objet, avait déjà dit saint Bernard, ont revêtu en Marie un caractère de grandeur extraordinaire (2). »

Mais personne n’a mieux tracé le portrait moral de Marie que saint Ambroise, dont le témoignage

1. « Octava (prerogativa), quod universas et singulas vir!utes et dona gratiarum habuit in superlativo gradu, cum alii sancti singuli singulas. Unde Noe dicitur justus, Abraham fidelis. Joseph castus, Moyses mansuetus, Job patiens, David humilis, Salomon sapiens, Elias zelator legis, et hujusmodi. Unde de quolibet Confessore canitur illud.; Non est inventus similis illi, etc., quia quilibet illorum præcellebat alios sanctos sui temporis in aliqua speciali virtute... Apostoli vero Domini excesserunt omnes in virtutibus istis et aliis. Sed beata Virgo supergressa est omnes sanctos \eteris et Novi Testamenti, non in quibusdam, sed in singulis virtutibus. » (Summa Aur., V, 8 p. 277).

2.« Si diligenter attendas, cæteras quoque virtutes singulares prorsus invenies in Maria, que videbantur esse communes. » (Serm, IV de Assumpl).

nous manifeste, non seulement son sentiment particulier, mais encore la pensée traditionnelle de l’Eglise dans les premiers siècles. La citation sera un peu longue, mais sa beauté, son importance, nous la rendront souverainement agréable. Dans le traité de Virginibus, chap. II, liv. II, il écrit : « Si vous voulez avoir un portrait vivant de la Virginité, vous devez contempler la vie de Marie, où l’on voit clairement comme en un miroir, se refléter l’expression la plus pure de la chasteté, la forme la plus sublime de la vertu. Vous pouvez voir en elle le modèle sur lequel vous devez conformer votre vie, parce qu’on y trouve tracée, comme en un parfait exemplaire, la règle d’une conduite parfaitement pure, qui vous montrera ce que vous devez corriger, éviter, imiter.

« La première chose à savoir, c’est l'excellence de Marie. Eh bien! qu'y a-t-il de plus noble et de plus excellent que la Mère de Dieu? Qu'il y a-t-il eu de plus splendide que celle qui a été choisie par la Splendeur même ? de plus chaste que celle qui engendra sans aucun commerce charnel ? Et que dirai-je des autres vertus de Marie ? Elle était vierge, non seulement de corps, mais aussi d'esprit, car elle ne mélangea jamais ses affections d'aucun sentiment d’ambitieuse méchanceté.

Elle était humble de cœur, grave en ses paroles, prudente en son esprit, modérée dans son parler, aimant la lecture. Elle mettait son espérance, non dans l'incertitude des richesses humaines, mais

dans la prière des pauvres, Elle était assidue au travail, modeste dans ses discours, habituée à prendre comme juge de ses actions, non les hommes, mais Dieu. Elle n’offensait jamais personne et voulait du bien à tout le monde. Elle se levait par respect devant les vieillards, n’enviait pas ses semblables, évitait toute jactance, suivait toujours la saine raison, aimait la vertu. Regarda-t-elle jamais ses parents d’un air qui pùt les offenser ? Eut-elle jamais quelques dissensions avec ses voisins ? A-t-elle jamais tourné en dérision les faibles et les infirmes ? Laissa-t-elle jamais passé en vain l’indigent ? N’était-elle pas au contraire habituée à de semblables visites, dont sa miséricorde ne rougissait pas et que sa modestie recherchait ? Rien de méchant dans son regard, rien de téméraire dans ses paroles, rien de provocateur dans ses actes, rien de désordonné dans le geste, rien de mou et de négligé dans sa démarche, rien de pétulant dans sa voix. Le maintien de son corps était un reflet de son âme et offrait un modèle parfait de correction...

Pourrai-je aller plus loin sans mentionner sa sobriété dans la nourriture, et son empressement à s’imposer de nouveaux devoirs. Elle dépassait en cela les limites de la nature, car à peine lui accordait-elle le nécessaire, multipliant ses jeùnes. Dans l’accomplissement de ses devoirs elle ne s’accordait aucun repos. Son alimentation était des plus ordinaires, à peine suffisante pour vivre, et jamais pour y trouver des délices. Elle ne se livrait au sommeil que

par nécessité, mais tandis que son corps reposait, son âme restait active, car elle repassait en songe tout ce qu’elle avait lu dans les Saintes Ecritures, et souvent elle interrompait son sommeil afin de continuer des travaux commencés ou d’en préparer de nouveaux.

Elle ne sortait de la maison que pour aller au Temple. où elle se faisait accompagner par ses parents ou par quelque autre membre de sa famille ; mais qu’elle fut dans sa maison occupée de son labeur ou hors de chez elle, accompagnée par l’un des siens, elle était toujours à elle-même sa meilleure garde. Par suite, étant aussi vénérable dans sa démarche et tout son maintien, ce n'était seulement pas ses pieds qu’elle soulevait de terre quand elle marchait, mais toute sa personne qui s'élevait à un nouveau degré de vertu. Et ainsi tandis qu’elle avait les autres pour gardiens de ses membres, elle était la propre gardienne de sa conduite. Nombreux étaient ceux qui auraient pu lui donner des leçons, si elle en avait eu besoin ; mais ses vertus étaient ses meilleures maîtres, et chacune de ses actions, un enseignement. Cependant elle les écoutait tous comme si elle avait besoin d'être instruite par tous ; tandis qu’en réalité, elle satisfaisait à toutes les exigences de la vertu, non comme une personne qui apprend, mais plutôt qui enseigne.

Telle nous la dépeint l’Evangéliste saint Luc [, 27, telle la trouva l’ange, telle la choisit le saint Esprit. Après cela pourquoi m’arrêterais-je à rappeler, par

le détail, comment l’ont aiméeses parents, comment l'ont exaltée les étrangers, au moment qu'elle fut digne de devenir Mère de Dieu ? L'Ange la trouva retirée dans sa propre maison, toute seule, afin de n'être ni distraite dans son recueillement ni interrompue dans son silence. La société qu’elle ambitionnait le plus, n’était pas celle des autres femmes, mais celles de ses bonnes pensées ; aussi jamais ne se trouva-t-elle moins seule que lorsqu'elle était seule. Et comment aurait-elle pu se trouver seule avec la Sainte Ecriture toujours près d'elle, et avec tant d’Archanges, tant de Prophètes? |

L'Ange Gabriel la retrouva où il avait coutume de la visiter. Marie, à la vue d’un homme, fut agitée de crainte, bien qu@entendant son propre nom, elle le reconnut ; ce qui prouve excellement sa modestie et sa vertu de religion. Devant le salut de l’'Ange elle se tait; devant la requête qu'il lui adresse, elle parle ; devant lui elle se trouble, mais ensuite elle promet toute son obéissance.

La Sainte Ecriture nous atteste de plus qu’elle était pleine de tendresse pour ses parents. Elle s’abime dans l'humilité, quand elle se sait élue par Dieu, court aussitôt vers les montagnes chez sa cousine, et non pas certes pour s'assurer par l’expérience de ce qui lui a été annoncé, car elle a cru à l’'Annonciation ; Elisabeth ne la proclame-t-elle pas en effet bienheureuse parce qu’elle a cru ? Elle resta avec sa cousine pendant trois mois, et pendant ce temps elle ne cherchait pas de preuves pour sa foi ;

mais elle dépensait les trésors de sa charité, et cela depuis que l'enfant, tressaillant dans le sein maternel et plein déjà de dévotion avant de pouvoir user de ses facultés naturelles, avait salué la mère de Dieu. |

Quand ensuite, les miracles se succédaient nombreux, quand celle qui était stérile devenait féconde, qu’une Vierge concevait, que les muets parlaient, que les astres servaient de guide aux Mages pour venir adorer l’Enfant-Dieu, que Siméon reconnaissait celui qu’il avait attendu, Marie qui s'était émue à l’entrée de l’Ange dans sa demeure, reste impassible devant toutes ces merveilles. Elle conservait, est-il dit, toutes ces choses dans son cœur. Bien que Mère de Dieu, elle désirait connaître ses commandements ; et elle qui avait engendré Dieu, elle désirait le connaître davantage.

Et que dirons-nous de ses visites tous les ans à Jérusalem, le jour de Pàque ? Elle s’y rendait avec saint Joseph. La modestie et la pudeur doivent toujours accompagner, dans une vierge, les autres vertus. La pudeur est inséparable de la virginité, car sans la première la seconde est impossible. Aussi Marie n’allait-elle pas même au temple sans le gardien de sa pudeur. Donc, nous avons bien ici la peinture de la virginité, et Marie fut telle que sa vie peut servir d'exemple à tous. Or si Marie par ses vertus excite notre admiration, si nous approuvons ses œuvres et si nous aspirons à sa récompense, imitons aussi ses exemples. Qui peut dire toutes

les vertus dont elle seule a été ornée ? réserve propre à la modestie (secretum verecundiæ) ; étendard de la foi (vexillum fidel) ; obéissance à Dieu et ardente dévotion. Elle accomplit les devoirs d'une vierge en sa demeure, (Virgo intra domum), d’une bienfaitrice charitable (comes ad ministerium), de Mère au temple (Mater ad templum) » (1).

1. « Sit igitur vobis, tamquam in imagine descripta virginitas vita Marie ; de qua velut speculo refulgeat species castitatis et forma virtutis. Hinc sumatis licet exempla vivendi, ubi tamquam in exemplari magisteria expressa probitatis, quid corrigere. quid effugere, quid tenere debeatis ostendunt.

« Primus discendi ardor, nobilitas est magistri. Quid nobilius Dei Matre ? Quid splendidius ea, quam splendor elegit, quid castius ea que corpus sine corporis contagione generavit Nam de coeteris ejus virtutibus quid loquar? Virgo erat non solum corpore, sed etiam mente que nullo doli ambitu sincerum adulteraret affectum : corde humilis, verbis gravis, animo prudens, loquendi parcior, legendi studiosior, non in incerto divitiarum, sed in praece pauperum spem reponens: intenta operi, verecunda sermone, arbitrum mentis solita non hominem, sed Deum quaerere: nullum laedere, bene velle omnibus, assurgere majoribus natu, æqualibus non invidere, fugere jactantiam, rationem sequi, amare virtutem. Quando ista vel vultu læsit parentes ? Quando dissensit a propinquis? Quando fastidivit humilem ? Quando derisit debilem ? Quando vitavitinopem, eos solos solita caetus virorum invisere, quos misericordia non erubesceret, neque præteriret verecundia ? Nihil torvum in oculis, nihil in verbis procax, nihil in actu inverecundum. Non gestus fractior, non incessus solutior, non vox petulantior : ut ipsa corporis species, simulacrum fuerit mentis, figura probitatis...

« Quid ergo exequar ciborum parsimoniam, officiorum redundantiam ; alterum ultra naturam superfuisse, alterum pene ipsi nature defuisse : illic nulla intermissa tempora, hic congeminatos jejunio dies ? Et si quando reficiendi successisset voluntas, cibus plerumque obvius, qui mortem arceret non delicia ministraret. Dormire non prius cupiditas, quam necessitas fuit : et tamen cum quisceret corpus, vigilaret ani-

MARIE, — Te, II. 20

Telle est la doctrine de saint Ambroise sur les vertus de Marie. Et le lecteur a compris que le grand. Docteur n’entendait pas tracer un tableau complet de la sainteté de la Mère de Dieu. ll n’a

mus: qui frequenter in somnis aut lecta repetit. aut somno interrupta continuat, aut disposita gerit, aut gerenda pranuntiat.

« Prodire domo nescia, nisi cum ad ecclesiam conveniret, et hoc ipsum cum parentibus, aut propinquis. Domestico

“operosa secreto, forensi stipata comitatu : nulla meliore tamen custodia quam seipsa; que incessu, affatuque venerabilis, non tam vestigium pedis tolleret, quam gradum virtutis attolleret. Ut tamen alios habeat virgo membrorum custodes suorum, morum autem suorum se habeat ipsa custodem; plures erunt de quibus discat si ipsa se doceat quae Vos magistras habet : quia quidquid egerit disciplina est. Sic Maria intendebat omnibus, quasi a pluribus moneretur : sic omnia implebat virtutis officia, ut non tam discerei, quam doceret.

« Talem hanc Evangelista monstravit, talem angelus reperit, talem Spiritus Sanctus elegit. Quid enin in singulis morer, ut eam parentes dilexerint extranei prædicaverint, que digna fuit ex qua Dei Filius nasceretur? Haec ad ipsos ingressus angeli inventa domi in penetralibus, sine comite, ne quis intentionem abrumperet, ne quis obstreperet ; neque enim comites habebat. Quin etiam, tum sibi minus sola videbatur, cum sola esset. Non quemadmodum sola, sui tot libri adessent, tot archangeli, tot prophetæ ?

« Denique et Gabriel eam ubi revisere solebat, invenit : et angelum Maria quasi virum specie mola trepidavit, quasi non incognitum, audito nomine, recognovit. Ita peregrinata est in viro, que non est peregrinata in angelo ut agnoscas aures religiosas, oculos verecundos. Denique salutata obmutuit, et appellata respondit : sed que primo turbaverat affectum, postea promisit obsequium.

© « Quam vero religiosa in propinquos fuerit, Scriptura divina significat Nam. et humilior facta est, ubi se a Deo cognovit electam, et statim ad cognatam suam in montana processit : non utique ut exemplo crederet, que jam crediderat oraculo: Beata, enim inquit, que crededisti. Et tribus

LES PRÉROGATIVES DE MARIE 307 (oo

voulu mettre en relief qu'un seul côté de sa vie, celui de la vie privée de la Vierge. Quelles pages sublimes n’aurait-il pas écrites avec son style doux et orné, suivant l’expression de saint Augustin (1), avec sa pénétrante intuition psychologique, s’il nous eut décrit les œuvres, les sentiments, les vertus de Marie compagne de son Fils sur la routeaffreuse de ses douleurs, souveraine et conseillère. des apôtres? Une chose résulte évidente de la citation que nous venons de donner, c’est que Marie exerça les vertus les plus sublimes, et de la manière qui convenait le mieux aux diverses conditions dans lesquelles évolua sa vie.

cum ea mensibus mansit. Tanti autem intervallo temporis, non fides queritur, sed pietas exhibetur. Et hoc posteaquamin utero parentis exsiliens puer, Matrem Domini salutavit prius compos devotionis quam nature.

« Inde ut sequentibus signis, cum sterilis pareret, virgo conciperet, loqueretur mulus, adoraret Magus, expectaret Simeon, sidera nuntiarent, Maria mobilis adintroitum, immobilis ad miraculum: « Conservabat, inquit, haec omnia im corde suo ». Quamvis mater Domini, discere tamen præcepta. Domini desiderabat, et que Deum genuerat, Deum tamen, scire cupiebat.

« Quid, quod annis quoque omnibus ibat in Jerusalem, solemni die Paschae, et ibat cum Joseph? Ubique in virgine comes singularum virtutum est pudor. Hic individuus debet esse virginitati, sine quo non potest esse virginitas. Nec ad templum igitur Maria sine pudoris sui custode processit.

« Haec est imago virginitatis. Talis enim fuit Maria, ut ejus unius vita omnium est disciplina. Si igitur auctor nom. displicet, opus probemus: ut quaecumque sibi ejus exoptaë premium, imitetur exemplum. Quante in una Virgine species virtutum emicant ? Secretum verecundiæ, vexillum fidei, devotionis obsequium : virgo intra domum, comes ad ministerium, mater ad templum. » (De Virginibus 1. II, c II)

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