‹ Marie dans le dogme catholique (volume 2)Chapitre 69 sur 154 · De l'Amour de Dieu L. VII, c. XIII · texte numérisé non relu

De l'Amour de Dieu L. VII, c. XIII

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des communions si fréquentes et si excellentes de Marie, l’idée de sa sainteté grandit mystérieusement en nous, dépasse toute limite et prend les proportions de l'infini. Il est impossible de ne pas la saluer par la parole de l’Ange : « Ave gratia plena ».

VIII. L’avancement de Marie dans les voies de la sainteté fut toujours calme et tranquille; splendide peinture qu’en fait saint François de Sales.

Telles furent les voies dans lesquelles Marie s’éleva glorieusement, par la pratique héroïque de toutes les vertus et la réception quotidienne de l’Eucharistie. Mais nous avons hâte de mettre le lecteur en garde contre une méprise, dans laquelle pourrait tomber celui qui connait par quelles voies ordinaires les Saints s'unissent à Dieu. Il y a parfois du tragique dans les évènements de leur vie. Nous sommes vraiment frappés d’étonnement en face de leurs efforts douloureux, indices éloquents des luttes intérieures dont ils ont eu à souffrir, et l’on peut dire que leurs progrès dans la sainteté portent le sceau d’une conquête sanglante. Il n’en fut pas ainsi en Marie, son ascension fut toujours calme et tranquille. Dans le royaume de sa sainteté, elle se tient toujours comme une reine qui marche sans hésitation, ayant devant elle, large et spacieuse, la voie triomphale.

Nous n’oserions de nous-mêmes faire une telle observation, nous craindrions de soulever d’une main trop profane le voile qui cache le plus grand

LES PRÉROGATIVES DE MARIE 321 ct N SA SI Sl NT RE NE OS des trésors ; mais nous voulons mettre à profit les sublimes spéculations d’auteurs plus autorisés que nous. Saint Francois de Sales a étudié à fond le caractère singulier de la sainteté de Marie et voici intégralement ce qu'il nous en fait savoir :

« Ainsy, pour l’ordinaire, les saintz qui moururent d’amour sentirent une grande variété d’accidens et symptomes de dilection, avant que d’en venir au trespas; force eslans, force assautz, force extases, force langueurs, force agonies, et sembloit ‘que leur amour enfantast par effort et à plusieurs reprises leur bienheureuse mort : ce qui se fit à cause de la debilité de leur amour, non encores absolument parfait, qui ne pouvoit pas continaer sa dilection avec une égale fermeté.

Mays ce fut tout autre chose en la très sainte Vierge, car, comme nous voyons croistre la belle aube du jour, non a diverses reprises et par secousses, ains par une certaine dilatation et croissance continue qui est presqu’insensiblement sensible, en sorte que vrayement on la void croistre en clarté, mais si également que nul n’appercoit aucune interruption, séparation ou discontinuation de ses accroissemens, ainsy le divin amour croissoit a chasque moment dans le cœur virginal de nostre glorieuse Dame, mais par des croissances douces, paisibles et continues, sans agitation, ni secousse, ni violence quelconque. Ah! non, Théotime, il ne faut pas mettre une impetuosité d’agitation en ce celeste amour du cœur maternel de la Vierge, car

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l'amour, de soy mesme, est doux, gracieux, paisible et tranquille : que s’il fait quelquefois des assautz, s’il donne des secousses à l'esprit, c’est parce qu'il y treuve de la resistance; mais quand les passages de l'ame luy sont ouvertz sans opposition ni contrarieté, il fait ses progrès paisibiement, avec une suavité non pareille. Ainsy donq la sainte dilection employoit sa force dans le cœur virginal de la Mère sacrée sans effort ni violente impetuosité, d’autant qu’elle ne treuvoit ni resistance ni empeschement quelconque. Car, comme l’on void les grans fleuves faire des bouillons et rejaillissements avec grand bruit es endroitz raboteux, esquelz les rochers font des bancs et escueilz qui s’opposent et empeschent l’escoulement des eaux, ou au contraire, se trouvans en la plaine, ilz coulent et flottent doucement, sans effort; de mesme le divin amour treuvant es ames humaines plusieurs empeschemens et resistances, comme a la verité toutes en ont, quoy que differemment, il y fait des violences, combattant les mauvaises inclinations, frappant le cœur, poussant la volonté par diverses agitations et differens effortz, afin de se faire faire place ou du moins outrepasser ces obstacles. Mais en la Vierge sacrée tout favorisoit et secondoit le cours de l'amour celeste, les progrès et accroissemens d’iceluy se faysoient incomparablement plus grans qu’en tout le reste des creatures ; progres neanmoins infiniment doux, paisibles et tranquilles. Non, elle ne pasma pas d’amour ni de compassion aupres de la Croix de son Filz, encor

qu’elle eut alhors le plus ardent et douloureux acces: d'amour qu’on puisse imaginer; car, bien que l’acces fut extreme, si fut-il toutefois esgalement fort et doux tout ensemble, puissant et tranquille, actif et paisible, composé d’une chaleur aiguë, mais suave.

Je ne dis pas, Theotime, qu'en l’ame de la tres sainte Vierge il n’y eut deux portions, et par consequent deux appetitz, l’un selon l'esprit et la rayson superieure, l’autre selon les sens et la rayson inferieure, en sorte qu'elle pouvoit sentir des repugnances et contrarietés de l’un à l’autre appetit ;. car ce travail se treuva mesme en Notre Seigneur son Filz. Mais je dis qu’en cette celeste Mere, toutes. les affections estoyent si bien rangées et ordonnées, que le divin amour exerçoit en elle son empire et. sa domination tres paisiblement, sans estre troubleepar la diversité des volontés ou appetitz, ni par la contrarieté des sens, parce que les repugnances de: l’appetit naturel ni les mouvements des sens n’arrivoyent jamais jusques au peché, non pas mesme jusques au peché veniel ; ains au contraire, tout cela estoit saintement et fidelement employé au service: du saint amour pour l'exercice des autres vertus, lesquelles pour la plupart, ne peuvent estre prattiquees qu'entre les difficultés, oppositions et contradictions.

« Les espines, selon l’opinion vulgaire, sont nom seulement differentes mais aussi contraires aux fleurs, et semble que s’il n’y en avoit pas au monde

la chose en iroit mieux; qui a fait penser a saint Ambroise que sans le péché il n’en serait point (Hexam., I. III, c. XI.) : mais toutefois, puisqu'il y en a, le bon laboureur les rend utiles et en fait des hayes et clostures autour des chams et jeunes arbres, auxquellez elles servent de défenses et rempars contre les animaux. Ainsy la glorieuse Vierge ayant eu part a toutes les miseres du genre humain, exceptees celles qui tendent immediatement au péché, elle les employa tres utilement pour l’exercice et accroissement des saintes vertus de force, temperance, justice et prudence, pauvreté, humilité, souffrance, compassion : de sorte qu’elles ne donnoyent aucun empeschement, ains beaucoup d’occasions a l'amour celeste de se renforcer par de continuelz exercices et avancemens; et, chez elle, Magdeleyne ne se divertit point de l’attention avec laquelle elle recoit les impressions amoureuses du Sauveur, pour toute l’ardeur et sollicitude que Marthe peut avoir : elle a choisi l’amour de son Filz, et rien ne le luy oste. (Luc. X, ult.).....

« Nostre coeur est fait pour Dieu, qui l’alleche continuellement et ne cesse de jeter en luy les attraits de son celeste amour; mais cinq choses empeschent la sainte attraction d’operer : 1. le péché, qui nous esloigne de Dieu ; 2. l’affection aux richesses ; 3. les playsirs sensuelz ; 4. l’orgueil et vanité ; 5. l’amour-propre, avec la multitude des passions desreglees qu’il produit et qui sont en nous un pesant fardeau lequel nous accable. Or, nul de

ces empeschemens n'eut lieu au cœur de la glorieuse Vierge, 1. tous-jours preservee de tout péché ;, 2. tous-jours tres pauvre de cœur ; 3. tous-jours tres pure ; 4. tous-jours tres humble ; 5. tous-jours maistresse paisible de toutes ses passions et toute exempte de la rebellion que l’amour propre fait à l'amour de Dieu. Et c’est pourquoy, comme le fer s’il estoit quitte de tous empeschemens et mesme de sa pesanteur, seroit attiré fortement, mais doucement et d’une attraction egale, par l’aymant, en sorte neanmoins que l’attraction seroit tous-jours plus active et plus forte a mesure que l’on seroit plus pres de l'autre et que le mouvement seroit proche de sa fin, ainsy la tressainte Mere n’ayant rien en soy qui empeschast l’opération du divim amour de son Filz, elle s’unissoit avec iceluy d’une union incomparable, par des extaxes douces, paysibles et sans effort; extases esquelles la partie sensible ne laissoit pas de faire ses actions, sans donner pour cela aucune incommodité à l’union de l’esprit, comme reciproquement la parfaite application de son esprit ne donnoit pas fort grand divertissement aux sens. » (1)

IX. Si Marie, voyageuse sur terre, a eu le pouvoir de faire des miracles et de prédire l’avenir.

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