‹ Marie dans le dogme catholique (volume 2)Chapitre 70 sur 154 · Traité de l'Amour de Dieu. 1. VII, c. XIV · texte numérisé non relu

Traité de l'Amour de Dieu. 1. VII, c. XIV

«dinaire une sanction imposante extraordinaire: celle des miracles. Le pouvoir de faire des miracles s’appelle en langage théologique « Grâce graluile: gratia gratis data », ou don des charismes. Non que ce pouvoir soit lié constamment, indissolublement, ex- «&lusivement à la sainteté. Des méchants peuvent recevoir de Dieu le pouvoir de faire des miracles et peuvent concourir, eux aussi, à l'édification desfidèles. Jésus dars l'Evangile ne parle-t-il pas de ceux qui se présenteront un jour devantlui, se vantant d’avoir prophé- ‘tisé en son nom et demandant la vie éternelle comme récompense ? mais il ajoute qu'il répondra qu'il ne les connaît pas, et cela parce qu'ils ne pos- ‘sèdent pas la justice intérieure.

Au contraire, il ne répugne point, en soi, qu’une âme très sainte, élevée dans les voies de la perfection au-dessus de ceux qui font des miracles éclatants, ne reçoive pas de Dieu la faculté de changer Îles lois de la nature. Il y a, et plus nombreux qu'on ne le pourrait croire à première vue, des ‘saints sans miracle. Toutefois, en règle ordinaire, le don de faire des œuvres éclatantes est le signe de Aa sainteté du thaumaturge. Que penser de Marie sur ce point ? Eut-elle le pouvoir de faire des miracles ? Il s’agit de Marie bien entendu, tant qu’elle était sur la terre, car nier son pouvoir d'accomplir des prodiges depuis son Assomption au Ciel, serait fermer les yeux en face du soleil et dire qu'il m'éclaire pas. L'histoire de l'Eglise est un hymne puissant et ininterrompu à la vertu thaumaturgique

de la Vierge. Toutes les époques, toutes les régions sont remplies des merveilles de sa droite. Notre siècle n’a rien à envier au passé ; car Marie, pour y mieux accomplit sa fonction de co-rédemptrice, se plaît à multiplier les miracles. Ses miracles sont comme un cri puissant, qui doit réveiller les générations présentes, endormies dans l'indifférence, où beaucoup trouvent la mort.

Mais les contemporains de la B. Vierge ont-ils pu admirer en Marie le pouvoir de faire des miracles ?

Il faut distinguer entre les miracles proprement dits et le don de prophétie. A vrai dire, le don de prophétie devrait trouver place parmi les miracles ; n'est-il pas un vrai miracle de l’ordre psychologique ? L'avenir, naturellement, se dérobe à nous sous un voile impénétrable ; si quelqu'un arrive à prédire les évènements libres, qui ne sont pas encore et ne peuvent se déduire de l’état présent des choses, il faut conclure qu’il a reçu de Dieu une intuition miraculeuse. Toutefois, on a l'habitude de distinguer entre prohétie et miracle.

Eh bien! s’il s’agit du don de prophétie, il est hors de doute que Marie l’a possédé, témoin son beau cantique du Magnificat, en arrivant chez sa cousine Elisabeth. Evidemment, en ce moment-là, Marie se trouvait au-dessus des lois du temps et de l’espace ; alors, devant son esprit, les siècles à venir se déroulaient en un imposant raccourci. Elle put dès lors contempler les triomphes futurs de son Fils, et se voir elle-même participante de sa gloire. C’est

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pourquoi elle chantait: « Toules les généralions m'appelleront bienheureuse! »

Saint Thomas d’Aquin croit que Marie n’accomplit jamais de miracle. Il fut certainement conduit . à cette opinion par le fait que, dans les Saintes Ecritures, il n’y a pas trace de miracle accompli par la Vierge pendant sa vie. Il cherche ensuite à expliquer cette conduite de la divine Providence envers Marie, faisant observer que, bien que guide et maîtresse des Apôtres, elle n’avait cependant aucun rôle hiérarchique pour enseigner l'Evangile. L’Evangile fut confié aux Apôtres et non pas à Marie; eux seuls avaient le mandat officiel de répandre dans le monde cette semence céleste, destinée à croître en arbre gigantesque. Aussi, selon la pensée de saint Thomas, les Apôtres et leurs coopérateurs devaient seuls accomplir des miracles dans la primitive église. Dieu ne manqua point de révérence envers Marie, en ne lui concédant pas l’usage des miracles ; elle n’en avait point besoin pour l’accomplissement de sa mission. Mais voici les paroles mêmes du saint Docteur : « Le pouvoir de faire des miracles ne convenait pas à Marie pendant sa vie, parce qu’alors les miracles devaient servir à confirmer la doctrine de Jésus-Christ. Pour cela, le Christ seul et ses disciples, chargés de prêcher sa doctrine, devaient avoir ce pouvoir, dont saint Jean-Baptiste lui-même fut privé, ainsi qu’on le voit en saint Jean, c. X. «Il ne faisait aucun miracle. » — « Signum fecit nullum. » Et ceci afin qu’on ne s’attachàt qu’au

Sauveur. Marie n’eut donc que le don de prophétie, comme nous le voyons dans le Magnificat (1).

Nous ne saurions vraiment qu’opposer à cette doctrine de saint Thomas. Si jamais quelqu’un, accablé par des maux naturellement inguérissables, s’est adressé confiant à Marie, afin de recevoir d’elle un miraculeux secours, il paraît tout simple qu’elle l’ait exaucé en le renvoyant aux apôtres, comme jadis elle avait recommandé les époux de Cana à son Fils. Elle aurait suivi en cela la conduite tenue par Jésus, après son Ascension, quand il adressait ceux qu'il aimait particuliérement, comme saint Paul, à ses ministres légitimes.

Ainsi Marie, en laissant entièrement à ceux qui étaient revêtus des pouvoirs hiérarchiques, l’honneur de faire des miracles, aurait aidé puissamment à inspirer aux fidèles le respect et la soumission envers l'Eglise enseignante, et en même temps ce nouvel acte d'humilité lui servait à augmenter toujours davantage le trésor de ses mérites.

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