V. Parce que d’une sainteté incomparable
Une autre preuve solide de la singulière beauté physique de Marie, se peut déduire de sa rare sainteté. Il est indéniable que la beauté de l’àme se reflète même dans le corps. Les vices dont l’àme est infectée laissent une trace profonde dans le corps qu'ils abattent, amolissent et la plupart du temps rendent rebutant; de même la candeur du cœur, l’élévation et la sainte sérénité de l’esprit épandent sur le visage qui est le miroir de l’àme, un rayon d’attirante beauté. La vertu intérieure nous la concevons mal sous l’enveloppe d’un corps difforme et d’aspect repoussant. Une âme candide demande un regard pudique et délicat; un cœur sensible aux plus nobles sentiments demande, selon l'opinion non seulement des modernes phrenologistes, mais même de saint Thomas, une carnation délicate. Les anomalies physiologiques sont toujours l'indice d'un ferment plus ou moins puissant de passions déréglées.
Mais pour Marie, on ne peut parler ni de passions mauvaises, ni de difformités morales ; car en elle fut éteint ou pour le moins assoupi le foyer des passions, et elle brilla d’une sainteté si grande que jamais n’en atteignirent une semblable les anges les plus sublimes du ciel.
Reconnaître ces dons de l’âme de Marie, et puis demeurer simplement dans le doute quand il s’agit
d'admettre en elle une forme extérieure exquise, nous semble une grande anomalie.
Saint Antonin usait aussi de cet argument quand il écrivait, /. c. c. x, $ 52 : « Le corps humain surpasse en beauté et en noblesse le corps des brutes, à cause de son union avec l'âme raisonnable ; d’où il suit manifestement que sa noblesse augmente, s’intensifie selon la plus ou moins grande noblesse de l’âme à laquelle il est uni et qui l’informe. Et cela est raisonnable, la matière et la forme étant proportionnées l’une à l’autre. Dès lors que l’âme de la Vierge fut la plus noble après celle du Rédempteur, il est logique de conclure que son corps fut donc le plus noble et le plus beau après celui de son Fils » (1).
Richard de Saint-Victor, in cant. c. xxv (P.L. cxcvi, 483) exprimait la même idée ainsi: « Aucun doute que le feu du divin amour dont elle brùlait, ne se reflétàt sur tout son extérieur, en telle sorte que possédant une pureté angélique, angélique aussi était son visage. »