‹ Marie dans le dogme catholique (volume 2)Chapitre 73 sur 154 · XI. Connaissances que Marie eut des choses surnaturelles · texte numérisé non relu

XI. Connaissances que Marie eut des choses surnaturelles

XI. Il nous reste, pour compléter cette discussion sur la sainteté de Marie, à dire une dernière parole sur la connaissance des choses surnaturelles, qui dût orner son esprit. La sainteté réside formellement dans le libre arbitre qui, soutenu par la grâce et les dons du saint Esprit, se voue totalement, par l'exercice des vertus, au service divin. Mais il est facile de comprendre que l'élan de la volonté dans cette donation complète, suppose une illumination correspondante de l'intelligence, guide de tout acte humain. Une vie toute céleste ne peut se concevoir en Celui qui n’arrive pas à pénétrer, suivant au moins une certaine mesure, les mystères qui regardent Dieu et notre salut éternel. Tous les Saints ont eu une science précieuse des choses spirituelles.

Quelles furent donc les connaisances de Marie à ce sujet ? Erasme en a parlé d'une façon impie, et les modernistes, s'ils veulent tirer toutes les conséquences naturelles de l’idée qu’ils se sont faite de la science de N. S. J. C., doivent arriver aux mémes conclusions que lui. Erasme a enseigné que Marie, dès le début, ne connut rien des grands mystères opérés pour notre Rédemption : ni l’Incarnation, ni la Trinité, ni que son Jésus fut vraiment Dieu. Elle n’eut à la crèche que ce transport naturel des mères pour leurs enfants; elle l’aima parce qu'il était son fils, elle en eut compassion au Calvaire à cause de ses douleurs ; mais elle ne l’adora

pas, car sa divine personnalité Jui était parfaitement cachée. En cela Erasme, ainsi que le démontre le B. Canisius (1), se montrait disciple de Luther, comme il le faisait du reste, en bien d’autres points de sa doctrine. Les premiers réformateurs, Luther en tête, niaient que Marie se fut fait une juste idée de la mission de Jésus; selon eux, à l'exemple de ses compatriotes, elle pensait qu’un jour Jésus deviendrait un grand capitaine, et délivrerait le peuple d'Israël de la domination étrangère, et rien de plus. C’est pour cela, disent-ils, que Jésus lui adresse ce blàme, ainsi qu'à Joseph : « Nesciebalis, quia in his que Patris mei sunt, oportet me esse 1 — Ne savez-vous pas que je dois m'occuper des affaires de mon Père ? » Et saint Luc ajoute, confirmant ainsi la fausse opinion que Marie et Joseph se faisaient de la Mission du Sauveur, toujours d’après les Protestants : « Et ipsi non intellererunt verbum quod locutus est ad eos. — Ils ne comprirent pas cette réponse. »

Les Modernistes actuels, s’ils daignaient s’occuper de Marie en raison de leurs principes, ne parleraient pas autrement. En parlant de Jésus lui-même, ils lui refusent la conscience de sa propre messianité. Avec de semblables idées, quel concept se former de la connaissance de Marie sur les mystères de la Foi ?

Mais dire que Marie n’a connu ni l’Incarnation,

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ni la Trinité, ni la Rédemption, raison de la maternité divine, outre que c'est impie, c’est encore «en contradiction formelle avec l’Evangile. Il n’y a qu’à lire le récit du message porté à Marie par J'Ange Gabriel, pour se convaincre, qu'à ce moment, elle fut instruite de facon très claire de ces augustes mystères. La Trinité est rappelée expressément : le fils qui doit naître de Marie est proclamé Fils de Dieu. Quant à la mission qu'il doit remplir, il est déclaré Sauveur : « El vocabis nomen ejus Jesum. » Il est évident qu’il ne s’agit pas ici de salut temporel, mais de salut spirituel, ainsi que le prouve du reste ce que dit l’Ange à Joseph, quand il lui apparut, afin de calmer ses inquiétudes : « Eile (Marie) donnera le jour à un fils que tu appellera Jésus, parce qu'il doit délivrer son peuple de ses péchés. » (Matth. I. 21).

Tandis que les Protestants se plaisent à réduire la connaissance et la science divines qui brillent en Marie, beaucoup de catholiques au contraire, aiment à abonder en un sens tout opposé. Ils disent «ceci: Marie, à tous les moments de sa vie, a été le siège de la Sagesse, le tabernacle des plus admirables trésors de la Science et de la Sagesse. Marie aurait toujours eu des connaissances supérieures à celles de tous les anges et de tous les hommes. Il serait advenu de Marie, la vision béatifique exceptée, ce que tous admettent de Jésus-Christ. En lui fut une triple connaissance : la science béatifique, qui consiste à voir Dieu face à face, et à contem-

pler en Lui toute chose ; la science infuse, cette lumière particulière de Dieu, infusée dans l’intelligence humaine de Jésus, semblable à celle donnée aux anges, par laquelle il connaissait toutes les choses créées, indépendamment de l'exercice des sens et des fantômes de l'imagination ; enfin, la science expérimentale, qui augmentait avec le développement des organes, et dont il est dit, dans l'Evangile, qu’elle croissait avec l’âge.

Suivant plusieurs interprètes des gloires de Marie, cette bienheureuse Vierge aurait eu la science infuse, outre la science expérimentale qu’elle acquérait par l’usage des sens. Cette science infuse découvrait aux yeux de Marie un horizon, moindre sans doute que celui de Jésus, mais immense cependant. Par celte science infuse, elle possédait toutes les connaissances qui furent données dès le commencement à Adam. Cette science infuse mettait Marie en mesure de connaître par ce même mode, sans maître et à fond, la sainte Ecriture, ce qui n’est pas peu dire, car pour pénétrer nos Saints Livres, il faut une culture vraimentencyclopédique : histoire, géographie, archéologie, poésie, tactique, stratégie, mathématique, astronomie, géologie, économie, sont, qui l’ignore ? d’un grand secours pour l’étude des livres inspirés; et toutes ces connaissances eussent été infuses en Marie. La science de Salomon, qui pourtant avait tout scruté depuis l’hyssope jusqu’au cèdre du Liban, eut été bien courte à côté de celle de la Mère de Dieu. S'il en avait été autre-

ment, disent-ils, Dieu n'aurait pas honoré sa mère comme il convenait.

Que penser de ces affirmations ?

Nous dirons en toute franchise, que si nous n’écoutions que notre grand désir d’exalter notre Mère du Ciel, nous accepterions avec joie tout ce qui peut nous donner d’elle une idée plus grandiose. Mais on comprendra combien il serait déplacé de n’écouter, en de telles questions, que l’imagination enflammée par le cœur. C’est le cas de rappeler les sages avertissements de Gerson, rapportés dans l’Introduction et qui pourraient se résumer dans ce principe : « Il faut être très prudent, quand il s’agit de Marie ; et n’affirmer d’elle que ce qui s'appuie sur la Sainte-Ecriture ou sur la tradition, et non sur ce qui nous paraît convenable. » Ce principe guida toujours les meilleurs auteurs qui ont écrit sur Marie, et en particulier, Eadmer, disciple de saint Anselme, dans son incomparable traité: De excellentia Virginis.

Voulant donc établir notre opinion, relative aux connaissances de Marie, sur la base solide de l’autorité inébranlable des Livres Saints, nous dirons, suivant le portrait que nous en font les Evangiles, que Marie eut toujours des vérités de la foi, une connaissance proportionnée aux diverses époques de sa vie. Enfant, elle comprenait les choses saintes et en parlait comme en parlent les enfants, sauf une plus grande promptitude de perfection, une pénétration plus vive, une intuition plus netle, une

exposition plus lucide. Mais à mesure qu’elle croissait en âge, sa sagesse croissait aussi, et plus elle s’approchait du bienheureux moment de la maternité divine, plus elle sentait en elle une secrète impulsion qui lui faisait pratiquer par avance les conseils donnés par saint Paul aux Philippiens: « Tout ce quiest vrai, tout ce qui est honorable, tout ce qui est juste, tout ce qui est pur, tout ce qui est de bonne renommée, tout ce qui est vertueux, tout ce qui est louable, que ce soit là l’objet de vos pensées » (1).

D'après ce que nous avons naguère entendu de saint Ambroise, les Anges venaient souvent visiter la B. Vierge ; et il est à supposer que leur présence lui découvrait de nouveaux horizons sur les vérités surnaturelles. La lecture des Saintes Lettres était son occupation favorite, et plus elle lisait, plus les vérités lui apparaissaient claires, lumineuses. L’ange Gabriel l’instruit sur la substance du mystère de l'Incarnation et de la Rédemption, mais il ne lui en dévoile pas toutes les circonstances : il ne lui dit pas précisément la ligne de conduite que devait suivre le Messie, afin d’accomplir sa mission spirituelle. Marie put ignorer, et semble avoir ignoré en effet, une foule de circonstances relatives à l’œuvre de Jésus ; elle ne les apprit que peu à peu, profitant de tout, de ce qu’elle entendait, de ce qu’elle voyait, de ce qu'elle découvrait par une observation attentive,

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