I. La virginité est la perle la plus brillante
de la maternité.
Tout est grand en Marie. Elle est, après Jésus, la manifestation la plus magnifique de la toute puissance divine. Sa grandeur résulte des dons extraordinaires, harmonieusement réunis en elle. Toutefois, le fondement de toutes ses grandeurs, c’est sa maternité divine. Avoir donné le jour au Dieu incarné, est le motif de son élévation prodigieuse, et toutes les autres prérogatives ne sont que des pierres précieuses enchâssées dans le diadème de cette divine Maternité.
Etablir une juste comparaison entre les divins privilèges de Marie, les mettre en balance pour déterminer le plus éminent, est difficile, parce que tous portent l'empreinte d’une puissance surnaturelle, qui s'élève bien au-dessus de nos calculs.
Cependant, il en est un, qui entre tous, nous frappe le plus d’étonnement, qui donne un relief tout particulier à la figure de la mère de Dieu; c’est sa virginité. Marie, vierge et mère, voilà un miracle qui est et restera unique dans tout le cours des siècles, dans l’histoire de tous les vivants. Ce miracle renverse toutes les lois qui président à la transmission de la vie par voie de génération.
La virginité et la maternité sont les deux plus
grandes dignités que puisse posséder une femme ; mais elles sont naturellement incompatibles. Celle qui veut conserver le charme et le parfum de las virginité, doit renoncer aux honneurs de la maternité. La maternité porte à la virginité des coups mortels, qui l’abattentet l’anéantissent. Mais pour sa mère, Dieu fit une exception. Il ne voulut pour luimême qu’une mère qui fut en même temps le:
modèle incomparable de toutes les vierges ; et par cette union de la maternité à la virginité, il entoura Marie de l’auréole d’une dignité extraordinaire, lui assignant par ce privilège personnel une place à part dans la création. La sainteté de Marie, ses vertus, l'intensité de sa grâce, lui donnent une grandeur extraordinaire, sans la mettre cependant hors. de l’angle sous lequel nous sommes habitués è contempler les autres saints. Mais la virginité, jointe: à la maternité, donne à Marie une situation à laquelle, même de loin, personne ne peut aspirer. C’est un phénomène si extraordinaire, qu’il suffirait lui seul à montrer l’ineffable bienveillance de Diew pour sa mère. Saint Bernard, dont la compéteneequand il s’agit de Marie est notoire, dit que l’assoeiation de ces deux dignités : maternité et virginité. est le point culminant de sa gloire.
« Je confesse, dit le docteur mellifluus, mon incapacité, je ne cache pas mon insuffisance : rien ne: me plaît tant, mais aussi rien ne m'effraie davantage, que de parler de la gloire de Marie. Pour ne point parler de ses mérites et de ses prérogatives
tant extraordinaires, je dirai que tout le monde l'aime, l’honore, l’exalte avec un soin particulier, mais bien que l’on s'efforce d'en parler aussi dignement que possible, sa grandeur est si parfaitement ineffable que tout ce qu'on a l'habitude d'en dire, me paraît insuffisant et inadéquat. Et comment pourrions-nous expliquer suffisamment une telle gloire, incompréhensible à l'être humain ? Si je veux louer sa virginité, beaucoup d'autres, après elle, ont été vierges. Si je veux exalter son humilité, sil s’en trouvera, peut-être trop peu, mais il s'en trouvera de ceux qui, sur le conseil de Jésus, se sont faits humbles de cœur. Si je magnifie sa miséricorde, d’autres hommes et d’autres femmes ont été eux aussi pleins de miséricorde ; mais il est une chose dans laquelle Marie n’a pas d’égaux, ni avant ni après, c’est d’avoir uni les joies de la maternité à l'honneur de la virginité. Voilà le privilège exclusif de Marie et il ne sera jamais donné à nul autre. C’est sa prérogative singulière en même temps qu’ineffable : jamais personne ne pourra la comprendre, ni l'expliquer. Que dire de sa maternité divine ? Quelle langue, fut-ce une langue angélique, serait capable de louer convenablement la Vierge Mère ? Mère non d’une personne quelconque, mais de Dieu ? Double miracle, double privilège, inouï, mais convenable. Une Vierge ne pouvait avoir pour fils qu'un Dieu, un Dieu ne pouvait avoir pour Mère qu’une Vierge (r).