‹ Marie dans le dogme catholique (volume 2)Chapitre 81 sur 154 · III. Adversaires de cette insigne prérogative · texte numérisé non relu

III. Adversaires de cette insigne prérogative

La croyance à ce dogme demande un trop souverain abaissement de l’orgueil humain, porté à n'admettre que ce qu'il comprend, pour ne pas rencontrer d’oppositions. Et de fait elles n'ont pas manqué. Les attaques contre la virginité de Marie ont commencé dès l’origine du christianisme et n’ont pas encore cessé. C’est donc une question ancienne et toutefois palpitante d’actualité. Peu de dogmes ont eu l'honneur d’une lutte aussi acharnée que celle-là. Les ennemis ont été repoussés cent fois, cent fois ils sont revenus à l’assaut ; ces assauts n’ont jamais rien perdu de leur intensité, la tactique seule et les armes ont changé.

Au commencement, l’opposition prit la forme d’une brutale réaction contre la révélation imprévue d’un prodige aussi surprenant. Et maintenant elle n’est pas calmée, même devant la légitime possession de vingt siècles. Dans les siècles passés, tantôt on s’appuyait sur l'Ecriture, travestissant le sens de quelques textes; tantôt on discutait avec un zèle indiscret, pour tourner certaines difficultés dogmatiques. Les adversaires modernes agitent le drapeau de la critique et se drapent en lui. Mais il sera bon de passer en une revue plus précise, les diverses manifestations de cette erreur.

Les premiers qui attaquèrent la virginité de Marie furent les juifs. Par haine du Christ et de ses disciples, ils essayèrent de salir, par la plus odieuse

calomnie, ses origines. Il nous répugne de la rappeler, mais il est bon cependant de connaître par quels moyens l’infernal serpent tenta de meurtrir le talon de celle qui lui avait écrasé la tête. Dans les premiers temps du christianisme, un groupe de juifs voulurent, par un libelle infàme, faire peser sur Marie, le plus honteux des délits : l’adultère. Encore aujourd’hui, malheureusement, l’immonde adversaire du bien essaye de salir l'honneur et la candeur de la Vierge des Vierges, en mettant sur des lèvres chrétiennes des paroles obcènes à son adresse : blasphème infernal, qu’on n’entend seulement qu’en terre italienne, dans cette terre, dont chaque motte cependant semble chanter un cantique de réparation envers la Madone outragée.

D’autres ennemis de Marie, revendiquant le nom de chrétiens, mais juifs en réalité, les judaïsants, disciples de Carpocrate, de Cérinthe et d’Ebion, furent plus modérés, mais non moins injustes envers la dignité de Marie : ils ne la disaient pas pécheresse, mais ils niaient que Jésus fut né d’elle seule. Ils enseignaient que Joseph était le naturel et vrai père du Sauveur. Ils appuyaient leur opinion, comme le rapporte Tertullien (1), sur le texte de saint Paul: « Misit Deus Filium suum faclum ex muliere. Dieu envoya son Fils fait de la femme ». Saint Paul, expliquaient-ils, ne dit pas la Vierge, mais la femme; or, ce nom de femme ne peut con-

1, DeNire-swvel, Ve

venir qu'à celle qui a conçu et enfanté suivant la loi commune. Petau (1) trouvait cet argument assez ridicule. Selon l’éminent théologien, cela ne devait pas même s’appeler un argument, mais une facétie, parce que l’on sait bien que le mot mulier indique proprement la nature et le sexe : «Jucularia ista sunt, nam mulieris nomen naluræ proprium est et seæus ». Et pourtant les critiques modernes, comme nous le verrons, paraissent prendre la chose au sérieux, et en font un des plus grands soutiens de leur thèse.

D’autres hérétiques, admettant la maternité virginale de Marie, prétendaient qu’elle avait cessé d'être vierge après son enfantement miraculeux, c’est-à-dire qu’elle avait eu d’autres enfants de saint Joseph. On attribue cette erreur à Tertullien, mais cela ne semble pas assez prouvé, et Petau l’en disculpe absolument. Elle fut en revanche très certainement professée par Appollinaire et les hérétiques que saint Ephrem appelle Anlidicomarianiles. Bonose, évêque de Sardes, Helvidius, Eunomius, Jovinien acquirent par elle une triste renommée. Jovinien surtout se rendit malheureusement célèbre pour avoir nié la virginité de Marie dans l’enfantement. Le lecteur connaît Jovinien. Moine de très austère vie d’abord, il s’abandonna ensuite à tous les vices, jusqu’à mériter le surnom d’Epicure chrétien. Saint Jérôme écrivait à propos

TL. DeInc LAXIVACAIr

de sa mort: « Ille Romanæ Ecclesia auctoritate damnatus, inter phalides aves él carnes suinas, non tam emisil spirilum, quam eruclavit. » (1) Il enseigna de nombreuses erreurs, qui ont une affinité surprenante avec celles que plus tard Luther devait répandre. Parmi ces erreurs, la négation de la virginité de Marie dans son enfantement, excita la plus véhémente réaction.

Il faut cependant convenir qu'il n’inventa pas cette erreur. Tertullien avait déjà écrit dans le même sens. Les Docèles non seulement admettaient que Marie, sans lésion de son intégrité virginale, ait pu donner le jour à Jésus, mais de plus ils s’efforcaient de tirer de ce fait un appui pour leur hérésie. Dans l’ardeur de la polémique, l’impétueux apologiste africain ne trouva pas de meilleur parti que de nier la naissance miraculeuse du Sauveur : | ainsi apparaîtrait mieux la réalité de sa chair. Mais il ne faut pas oublier qu’il n’appuyait sa négation sur aucun document historique, sur aucune tradition ; il voulut simplement se tirer d’une difficulté théologique, par une méthode vraiment trop simpliste. Origène eut sur ce point la même opinion que Tertullien (2).

Pétau cite d’autres anciens Pères, qui semblent à première vue avoir partagé l'erreur de Jovinien ; mais en réalité ils ne font qu'employer une phrase courante, laquelle, étant donné le sens que l’usage

1. Cité par Janssens, p. 230 note. 2. Cfr. Turmel, H. de la Th, pos. vol. 1 p. 73.

ecclésiastique y a attaché, ne porte aucun préjudice à l’insigne privilège de la Mère de Dieu : « Sicut et alii complures, dit le Grand Maître de la théologie positive, anliguorum tam Græci quam Latini qui Virginis ulerum in partu fuisse patefactum dicunt : qui tamen commodam interprelalionem ferre possunt. » Il cite parmi ceux-ci : Irénée, Ambroise, Athanase, Epiphane, Basile, Isidore, Nicéphore, Callixte, Amphiloque, Ruffin, Grégoire de Nysse, mais il ajoute ensuite : « Sed horum plerique, qui violatum erumpente Christo, Virginis ulerum affirmare videntur, non hoc liquido, aperteque sentiunt, revera perfractum, interruptumque fuisse virginilalis illud sigillum, quod prastantissimos medicos agnoscere supra demonstravimus. Sed aliler loculionem illam inlellexerunt aperte vulvo, quam contra sentientes exislimant. Usus est hoc genere sermonis evangelista Lucas, ex Mose accepto, quo primogenilus significalur... Quamobrem, APERIRE VULVAM rihil aliud significat, quam nasci, el materno ex ulero prodire ; quod ita fert communis et naturalis fetus profundendi modus, ut aperto utero in lucem exeal : cujusmodi catacresis in vulgari sermone frequenler adhibetur.

Ad hunc sensum referri debet tam scriplura ipsa, cum mentionem Virginis immiscet, tum qui illa præeunte similem in Christo dicendi formulam expresserunt, Greci et Lalini, uno exceplo vel altero » (1).

Les anciennes erreurs contre la virginité de Marie,

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