Quis unquam aut in qua generatione sancte Marie
En réalité les quatre premiers siècles de l'Eglise affirmèrent, dans une harmonie imposante, l’inviolée virginité de la Vierge. Sa virginité fut même attestée de façon encore plus solennelle que sa maternité divine, peut-être parce qu'elle fut la première à être attaquée par les hérétiques. Il suffit de citer quelques noms d’une valeur exceptionnelle et indiscutable.
Saint Ignace d’Antioche est le plus ancien des Pères qui parlent de la mère de Dieu. Après avoir affirmé que « Notre Dieu Jésus-Christ a été porté dans le sein de Marie », il continue par ces paroles significatives : « Au prince de ce monde, au démon, restèrent cachés la virginité de Marie, son enfantement et la mort du Seigneur ; trois mystères éclatants, qui s'accomplirent dans le silence de Dieu » (1). Et dans sa lettre aux chrétiens de Smyrne, il dit : « Je glorifie Jésus-Christ Dieu... Fils de Dieu selon la puissance et la volonté de Dieu, véritablement fait par une vierge » (2).
Justin, martyr, a enseigné la virginité de Marie avec tant de force dans l’expression que, suivant la remarque de Janssens, un prédicateur de nos jours
nomen ausus est appellare, qui non siscitanli statim vocabulum Virginis adjunxit? » (Hoer, 78).
1. « Et principem hujus mundi latuit Maria virginitas, et partus ipsius et mors Domini : tria mysteria clamoris; quae in silentio Dei patrata sunt » (Epist. ad. Ephes., n. 19).
2. « Glorifico Jesum Christum Deum, Filium Dei secundum potestatem et voluntatem Dei, factum vere ex virgine (yeyevnpévoy aknÜws ex mapÜevou) » n. 1
ne ferait pas mieux. Il y insiste surtout, et à plusieurs reprises, dans le Dialogue avec Tryphon. Justin, afin d’expliquer ce titre de « Fils de l'Homme », que Jésus prend souvent, écrit : « Il se disait Fils de l'Homme, parce qu’ii était né de la Vierge, qui, comme nous l'avons déjà dit, était de la race de David, de Jacob, d’Abraham; ou bien parce qu’il descendait d’Abraham et des autres que j'ai nommés, desquels naquit Marie » (1). Le nom Joseph ne vient même pas à l'esprit de Justin, tant. il le jugeait étranger à la conception du Sauveur.
Justin insiste aussi dans son exposé des raisons de la virginité de Marie. Selon lui, ce privilège donne plus d’éclat à son titre d’Eve nouvelle, destinée à concourir au salut du genre humain, tandis que la première en avait causé la ruine : « Jésus, dit-il, s’est fait homme, par une vierge, afin que la désobéissance, à l’instigation du serpent, ayant commencé par celte voie, trouvât aussi son terme par elle » (2).
« Eve, ajoute-t-il, quand elle était encore vierge, intègre, enfanta la désobéissance et la mort, en écoutant le serpent. La Vierge Marie, au contraire,
1. « Filium igitur hominis seipsum dicebat, vel quia natus erat ex Virgine, que, ut jam dixi, ex Davidis et Jacobi et Abrahami genere orta est; vel quia ipsius pater extitit Abraham et eorum quos recensui, ex quibus genus duxit Maria » (1. c., n. 100).
2. « Jesus ex virgine homo factus, ut qua via initium orta a serpente inobedientia accepit, eadem et dissolutionem acciperet ».
ayant accueilli en elle la foi et la joie, répond à l’ange Gabriel qui lui apporte la bonne nouvelle : « Qu'il me soit fait selon votre parole » (1).
De plus, Justin interpréta dans un sens purement messianique. la célèbre prophétie d’Isaïe, dont nous nous occuperons bientôt : « Voici qu’une Vierge concevra, enfantera et donnera le jour à un Fils ». « Si celui dont parle Isaïe, n’est pas né d’une vierge, ainsi parle le grand apologiste, quel sera donc celui que l’Esprit exalte ainsi : « Ecce Dominus dabit vobis signum : ecce Virgo concipiet et pariet Filium ? » S'il devait, ainsi que les autres enfants des hommes, gtre le fruit du mariage, pourquoi Dieu affirmait-il qu'il donnerait un signe extraordinaire ? » (2).
Saint Irénée, le disciple de saint Polycarpe, le témoin de la foi, dans l’Eglise orientaleet occidentale, ne raisonne pas autrement. Il entendait la prophétie d’Isaïe tout comme l’entendait saint Justin. Il disait des adversaires de la conception virginale : « Ceux qui pensent que Jésus est engendré par Joseph,
1. « Heva enim cum virgo esset et incorrupta sermone serpentis concepto, inobedentiam et mortem peperit. Maria autem virgo cum fidem et gaudium percepisset, nuntianti angelo Gabrieli letum nuncium... respondit : Fiat mihi, secundum Verbum tuum » (1. c).
2. Si ille de quo loquitur Isaias, non erat ex virgine nascitu rus, quis tandem ille est, de quo Spiritus sanctusclamat. Ecce Dominus ipse dabit vobis signum, ecce virgo in utero concipiet, et pariet Filium ? Nam si his quoque perinde, ac alii «omnes primogeniti ex concubitu oriturus erat : cur Deus ipse signum, quod minimis omnibus primogenitis commune esset, daturum se dicebat ? (1. c).
meurent impénitents dans l’esclavage de la primitive désobéissance. Ceux qui ignorent l’'Emmanuel né de la Vierge, ne participent pas à ses largesses et n’obtiennent pas la vie éternelle» (1).
La connaissance de la virginité de Marie n’était pas le privilège exclusif de ces beaux génies qui, à leur temps, purent approfondir l'étude de la Révélation ; ce fut au contraire un dogme éminemment populaire, si bien qu'il fut inscrit dans tous les symboles, même dans le symbole des apôtres, un des plus anciens certainement. La valeur de cet argument, tiré des symboles, n’échappa pas à saint Ambroise, qui sut le manier avec beaucoup de rigueur, contre les hérétiques de son temps. C’est d’eux qu'il disait : « Si nous ne voulons point croire aux enseignements des évêques, croyons aux oracles du Christ... Croyons au symbole des apôtres, que l'Eglise romaine a conservé et conserve toujours immaculé : « Quod Ecclesia Romana intemeratum semper custodit et servat » (2).
En quel sens doit-on entendre la virginité de Marie, reconnue et professée universellement par les fidèles aux quatre premiers siècles, cela paraît clairement à la naissance du Jovinianisme et de l’Antidicomarianisme. i
1. « Qui nedum tantum hominem cum dicunt (J. Ch.) ex Joseph generatum, perseverantes in servitute pristinae inobedientiæ moriuntur... Ignorantes eum qui ex Virgine est
Emmanuel, privantur munere ejus, quod est vita œterna » (Cfr. Hoer. III, c. 19 et c. 99).