Cfr. Hier. adv. Helv. n
autorisation, dans le fait que Jésus est appelé premier-né de Marie. Ce titre en effet ne suppose pas en celui qui le porte, qu’il ait eu d’autres frères après lui. On appelle premier-né, au sens absolu, celui qui a été engendré le premier, et sa valeur étymologique reste entière, lorsque celui qui porte ce titre, n'est précédé d’aucun autre frère ni d’aucune sœur. Dans notre cas, il ne faut pas oublier que le titre de premier-né avait chez les juifs une valeur légale. La loi juive avait des prescriptions spéciales pour les premiers-nés. Par exemple, le premier enfant mâle devait être consacré au Seigneur. Et ces prescriptions légales devaient être observées même si le premier-né restait fils unique. Voilà pourquoi saint Matthieu appelle Jésus premier-né de Marie. Ge titre sous la plume de l'évangéliste avait une valeur légale.
L'autre objection soulevée par les hérétiques à propos du texte déjà cité : « Avant qu'ils ne fussent ensemble, elle avait conçu par la vertu du Saint Esprit », n'a pas plus de consistance. Helvidius brodait là-dessus ce raisonnement : « Certainement qu'ils devaient se trouver ensemble, sans cela l’évangéliste n'aurait pas dit « Avant de se trouver ensemble ». D'une personne qui ne doit pas diner, on ne dit pas : « Avant qu'elle ne dine » (1).
Mais saint Jérôme répond joliment : « Comme
1. Neque enim de non conventuro Evangelista dixisset antequam convenirent, quia nemo de non pransuro dicit antequam pranderet (Cité par S. Jer, advers. Helv., n. 5).
s’il fallait entendre par cette phrase : « Avant de «dîner dans le port, j'ai levé l’ancre pour l’Afrique », qu'on doive nécessairement diner dans le port. Ce serait encore comme si en disant : Paul, apôtre, “avant d’aller en Espagne, fut incarcéré à Rome; Helvidius, avant de faire pénitence, mourut; on entendait par là que Paul tout de suite après son incarcération, partit pour l'Espagne, ou qu’Helvidius fit pénitence après sa mort, alors qu'on lit dans la sainte Ecriture : « Dans l’enfer qui jamais e confessera, Ô Seigneur? La préposition ante avant, d'ordinaire nous indique ce qui vient après, mais parfois elle nous fait penser seulement à ce qui l’a précédée » (1).
En somme l’évangéliste affirme clairement ce qui doit arriver avant, et ne dit rien de ce qui arrive après.
Et pour résumer en une formule la portée du témoignage de saint Matthieu, nous dirons : Il nous atteste d’une façon incontestable la virginité de
1. « Ac si quis dixerit : antequam in portu pranderem, ad Africam navigavi, non possit stare sententia, nisi ei in portu ærandendum quandoque sit. Aut si velimus dicere : Paulus apostolus antequam ad Hispanias pergeret, Rome in vincula conjectus est : aut certe illud : Helvidius antequam poenitentiam ageret morte proeventus est : statim aut Paulo post vincula ad Hispanias sit eundum, aut Helvidio peenitentia agenda æost mortem, cum Scriptura dicat : In inferno autem quis «onfitebitur tibi ? Ac non potius sit intelligendum quod ante proepositio, licet sepe consequentiam indicet, tamen nonnunquam ea tantum, que prius cogitabantur ostendat » (adver. Helv., n. 4).