‹ Marie dans le dogme catholique (volume 2)Chapitre 90 sur 154 · ST. ALBLRT'S COLLE LES PRÉROGATIVES DE MARIE "OF LIBRABY · texte numérisé non relu

ST. ALBLRT'S COLLE LES PRÉROGATIVES DE MARIE "OF LIBRABY

Marie avant l’enfantement. Quant à la perpétuité de sa virginité, il ne dit rien qui nous la manifeste, mais il n’affirme rien non plus qui y soit contraire. Même la mention qu'il fait des frères de Jésus ne peut porter atteinte à la virginité de Marie, ainsi que nous allons le voir.

VII. Le témoignage de saint Luc en faveur de la virginité de Marie, est encorce plus étendu : outre la conception virginale, nous apprenons de lui que Marie fut vierge pendant et après l’enfantement.-- Confirmation indirecte donnée par l'Evangéliste saint Jean.

Le témoignage de saint Luc n’est pas plus explicite, ce qui n’est pas possible, mais il est plus ample. Il nous dit clairement que Marie concut Jésus sans détriment pour sa virginité, et de plus il nous fournit les éléments d’après lesquels on peut établir qu’elle donna le jour au Sauveur sans perdre son intégrité, que dans tout le cours de sa vie elle conserva inaltérable sa virginité comme le plus précieux des trésors, et qu’elle l’aima du plus intense étan de son cœur.

Le témoignage de saint Luc en faveur de la perpétuelle virginité de Marie, se trouve au 1° chap., vers. 26, où est racontée la céleste ambassade de l’Archange Gabriel : « L'ange Gabriel fut envoyé de Dieu, dit l’Evangéliste, dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, à une Vierge, fiancée à un homme de la maison de David, nommé Joseph ; et

le nom de la Vierge était Marie. L’ange étant entré où elle était, lui dit : « Je vous salue, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre toutes les femmes. » Marie l’ayant apercu fut troublée de ses paroles, et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation. L’ange lui dit: « Ne craignez point, Marie, car vous avez trouvé gràce devant Dieu. Voici que vous concevrez en votre sein, et vous enfanterez un fils, et vous lui donnerez le nom de Jésus. Il sera grand ; on l’appellera le Fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le tròne de David son père ; il règnera éternellement sur la maison de Jacob, et son règne n’aura point de fin. » Marie dit à l’ange : « Comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais point d'homme ? » L’ange lui répondit : « L’Esprit- Saint viendra sur vous, et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre. C’est pourquoi l’étre saint qui naîtra (de vous) sera appelé Fils de Dieu. Déjà Elisabeth, votre parente, a concu, elle aussi, un fils dans sa vieillesse, et c’est actuellement son sixième mois à elle que l’on appelle stérile : rien ne sera impossible à Dieu. » Marie dit alors : « Voici la servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon votre parole. » Et l’ange la quitta. »

Faisons avant tout, un peu de critique littéraire. Harnack n’admet pas la vérité de ces paroles attribués par l’Evangéliste à Marie : « Comment cela se fera-t-il puisque je ne connais point d'homme? » Mais quels arguments invoque-t-il pour attaquer

ce passage ? De pures raisons intrinsèques, que le protestant Adolphe Hingenfeld lui-même trouve de nulle valeur. La vérité d’un texte ne peut reposer sur de seules raisons intrinsèques. Elle est un fait historique, et comme tous les faits historiques, se. prouve par la déposition de témoins recevables. La vérité d’un passage quel qu’il soit, d’un livre quelconque, doit se juger d’après les anciens manuscrits. Or, dans le cas présent, les paroles contestées par Harnack se trouvent dans tous les anciens manuscrits, rapportant les premiers chapitres de saint Luc. Malheur si les catholiques se permettaient parfois un semblable procédé ! S'il nous venait jamais à l’esprit, afin de nous débarrasser de quelque difficulté dogmatique, de supprimer le texte importun rapporté dans les anciens manuscrits, on nous blàmerait sur tous les tons et l’on crierait au désastre ! Que personne donc ne s’effraie des audaces de la critique rationaliste ! Tant qu'elle ne connaîtra pas d’autre méthode, qu’elle ne trouvera pas d’autres raisons, elle ne fera que mettre à nu sa propre impuissance ! Cette tentative des rationalistes démontre une seule chose : la peur extrême qu'ils ont de tomber dans le surnaturel. Et ceci ne se comprend pas, car avoir peur du surnaturel, c’est, en réalité, avoir peur des souveraines effusions de la miséricorde de Dieu !

Le texte de saint Luc doit donc rester tel que la plus vénérable antiquité nous l’a transmis, et tel que l'acceptèrent dès le début les hérétiques eux-

mêmes, sans excepter les Marcionites, les célèbres decurlalores de saint Luc (1).

Or ce qui frappe même un aveugle dans le récit de saint Luc, c’est la façon miraculeuse dont le Rédempteur a été conçu. Cette conception n’est le fruit d'aucune énergie créée, mais bien l’œuvre du Très-Haut qui couvre la très chaste Marie de son ombre.

Cependant la réponse de la Vierge à l’ange nous persuade encore de ceci, qui est tu en saint Matthieu, que Marie resta toujours vierge : « Comment cela se fera-t-il, dit-elle, puisque je ne connais pas d'homme ? » Ces paroles sont l'expression de son amour pour la virginité. Elle comprend qu'elle va devenir mère, ce qui lui fait croire un instant qu'elle doit perdre la virginité, ce qui l’agite et la trouble, la trouble parce qu'elle a décidé de demeurer vierge. C’est pourquoi elle demande : « Comment. » etc. Il est facile de juger à ces paroles, des sentiments de son coeur. La virginité pour elle est sacrée, inviolable, et de plus, s'étant vouée à Dieu, ainsi que nous le dirons plus loin, elle ne croit pas en conscience pouvoir reprendre le don qu’elle a fait. L’Ange la rassure, l’éclairant sur la nature du mystère qui va s’accomplir et lui faisant comprendre que la virginité demeurera intacte dans la maternité. A cette condition seule, elle dit

1. Nous discuterons les objections d’Harnack dans la 3° partie de notre travail.

le fiat de l'acceptation. Or avec de tels sentiments, était-il possible que Marie pensât à descendre au niveau des autres femmes mariées ? Le penser serait ne pas comprendre la sublime psychologie de la Mère de Dieu. Et si l’on songe que Joseph lui-même a été mis en dehors de cet admirable mystère, la conclusion logique et naturelle en est que pas même lui ne dut jamais désirer sortir de la réserve pleine de vénération qu’il eut dès le commencement pour celle qui était à la fois son épouse et celle du Très-Haut.

Saint Luc, avec une très délicate discrétion, nous persuade que Marie conserva l'intégrité virginale dans l’acte de la naissance du Sauveur. « Or pendant qu'ils (Joseph et Marie) étaient dans ce lieu (à Bethléem), le temps où elle devait enfanter s’accomplit. Et elle mit au monde son fils premier-né, : l’enveloppa de langes et le coucha dans une crèche, parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans l'hôtellerie. » (ch. 11, v. 6). Marie ne nous semble pas avoir éprouvé les défaillances et les douleurs qui sont naturellement le prix de la maternité. C’est elle, elle seule, qui donne amoureusement à son fils les soins que demande un nouveau-né. Saint Luc n'aurait pu nous parler ainsi d’elle, il n'aurait pu nous la dépeindre de cette façon, si elle avait mis au monde son premier né, suivant la loi commune.

Pour comprendre, à travers le récit de l’Evangé-

liste, que Jésus naquit d’une manière miraculeuse, il ne faut vraiment pas un grand effort de bonne volonté, il suffit simplement de n’être.pas opposé systématiquement et a priori au surnaturel ; il suffit d’être toujours prêt au contraire et sincèrement, à s’incliner devant la lumière de la vérité, partout et de quelque façon qu’elle brille.

Saint Jean s’abstient de propos délibéré de rapporter en son Evangile ce que les autres Evangélistes ont déjà dit. C’est pour cela qu'il ne parle pas de la conception virginale de Marie, comme du reste, il ne mentionne pas l'institution de l’Eucharistie, qu'il connaissait certainement. Mais on ne peut dire toutefois qu’il n’y ait pas une trace assez visible, dans son Evangile, de l’insigne privilège de la Mère de Dieu. Ce n’est qu'une allusion, qui met surtout en relief, que Marie n’eut pas d’autre enfant, en dehors de Jésus. Ne nous informe-t-il pas en effet, que le Sauveur lui confia sa mère, à lui et non à d’autres, cette Mère qu’il laissait sur la terre, et il ajoute qu'il fut bien heureux d’un don aussi précieux, qu'il regarda toujours Marie comme son trésor lui appartenant : « El ex illa hora accepit eam discipulus in sua. » Comment Jésus aurait-il pris une telle résolution et aurait-il confié sa mère à un étranger, s’il avait eu d’autres frères nés d’elle ? — Comment Marie aurait-elle lié sa destinée à celle de Jean, si elle avait eu d’autres fils ? Niez la virginité perpétuelle de Marie, et tout devient incohérent, obscur, inintelligible dans sa vie. Pour qui admet

la vérité historique des Evangiles, une seule attitude est logique : s’incliner respectueusement devant Marie et reconnaître en elle la Vierge Mère qui demeure toujours le modèle sublime, incomparable, inaccessible, de toutes les Vierges.

Page 1