AIO MARIE DANS LE DOGME
III. Réponse aux arguments rationalistes, arguments anciens sous une forme nouvelle : il n’est pas vrai que l’idée de la naissance virginale de Jésus soit une idée combattue par les saints Peres:
Nous connaissons donc les opinions les plus récentes de la critique rationaliste en ce qui regarde la virginité de Marie, et nous connaissons aussi les arguments sur lesquels cette critique s’appuie. Personne ne pourra nous reprocher d’avoir, méme de loin, essayé d’affaiblir la force de cette argumentation. Afin que le lecteur s’en forme une juste idée, nous avons voulu reproduire le texte même d’un des adversaires qui est, d’après nous, l’un des plus autorisés à soutenir la thèse rationaliste.
Tous ces arguments que la critique oppose à la virginité de la Mère de Dieu, peuvent sembler spécieux; en réalité, ils manquent absolument de solidité. Ils sont plus apparents que solides et, ce qui peut-être ne plait pas à nos adversaires, ils sont, sous une apparence de nouveauté, vieux et très vieux.
Toutefois, ce ne sera pas un hors d'œuvre, d’en mettre en relief avec quelque soin l’inanité.
Commencons par la dernière assertion que la naissance virginale de Jésus est une imagination docétiste, combattue par les premiers apologistes de la christologie réaliste et acceptée seulement ensuite, sous l’influence de l’ascétisme.
1° Il est vrai que tous les premiers écrivains
n’eurent pas des expressions heureuses sur ce point. Pelau, que nous avons déjà cité, était pleinement au courant de ce fait; mais pour certains écrivains, il ‘fait observer que, à travers un langage souvent impropre, ils émettent des idées irréprochables ; que de plus, le nombre de ceux qui doutent de la naissance virginale de Jésus est limité. Il nous plaît d’être sincère. Nous reconnaissons que saint Jérôme, le grand adversaire d’Helvidius et de Jovinien, n'eut pas toujours sur cette matière des expressions heureuses. Ainsi il n’est pas exact, quand il écrit dans l’épitre XXII, 39 : « Novem mensibus in ulero ul nascatur especlal, faslidia suslinet, cruenlus egredilur ».
2° Ces quelques voix contraires ne représentaient pas l’idée de toute l'Eglise. Le fait que les Docètes voulaient tirer parti pour leur doctrine de la naissance virginale, démontre qu'elle était donc entrée dans la conscience chrétienne.
3° On comprend, du reste, que quelques-uns des premiers écrivains chrétiens n'aient pas toujours parlé avec exactitude sur ce point de doctrine, souverainement délicat. La modestie et le respect dû à la Vierge, ainsi que certains égards pour la commune foi des fidèles, leur défendaient de traiter ce sujet d’une façon exhaustive. Les commencements sont toujours difficiles et, pour cette raison, imparfaits. Il faudrait ne rien comprendre à la psychologie de ceux qui étudient, pour s'étonner que chez les premiers qui ont traité les matières théologiques, surtout si celles-ci imposent une certaine
réserve, on rencontre des expressions moins mesurées.
4° Quand les ascètes prirent sous leur patronage, ainsi que le prétend Herzog, la doctrine de la naissance virginale de Jésus, ils ne découvrirent pas une vérité nouvelle, mais seulement ils mirent en relief ce qui est, comme nous le verrons, insinué dans l'Evangile.
5° Enfin, malheur à qui voudrait chercher l’expression de la foi chrétienne dans quelques phrases d'un petit nombre d’auteurs, en désaccord avec la grande masse des autres Pères.
L'Eglise est un corps vivant qui se nourrit de la vérité, qui s’assimile la vérité ; qui, si pour quelque temps elle admet et tolère, mélangées à la vérité, des inexactitudes, sait, le moment venu, fixé par l’Esprit-Saint qui l’anime, séparer le vrai d'avec le faux. Et ce n’est pas sur les matériaux rejetés par l'Eglise, qu’on doit construire la vraie
pensée chrétienne.
IV. La virginité perpétuelle de Marie ne peut aucunement être ébranlé par le fait que l’Evangile parle des frères de Jésus. Sens multiples donnés par l’Ecriture à l'appellation de frères. Dans notre cas, l'Evangile lui-même nous assure que les frères de Jésus n'étaient que des cousins.
Aucune atteinte ne peut ébranler le dogme de la virginité perpétuelle de Marie, du fait que l’Evan-
gile parle des frères de Jésus. Il est impossible plutôt de se défendre d’une douloureuse surprise, en voyant la critique rationaliste avoir recours, sans ombre de pudeur, à un genre d'arguments qui ont été réfutés tant de fois. Ici plus qu'ailleurs, les rationalistes compromettent leur auréole de gens sérieux. Il est vraiment étrange que des hommes, qui s’offenseraient si l'on suspectait leur sincérité, ferment volontairement les yeux en face de la lumière aveuglante, que l’apologie catholique a déjà jetée sur leurs difficultés, et continuent à les répéter avec hardiesse, comme si elles étaient invincibles, alors qu’elles n’ont plus aucune valeur.
Quoiqu'il en soit, les rationalistes combattent la perpétuelle virginité de Marie, à cause des frères de Jésus, qu'ils prétendent fils de la Vierge.
Il est hors de doute que l'Evangile nous parle des frères de Jésus ; mais il est également hors de doute, qu'ils n'étaient point les fils de Marie.
Il y a dans l’Ecriture plusieurs passages où il est fait mention des frères de Jésus. On les trouve en chacun des évangélistes et en saint Paul. On y parle aussi des sœurs du Sauveur. Le nom de certains d’entr’eux est même donné expressément : Jacques, Joseph, Simon et Jude. On lit en saint Matthieu c. x, que Jésus étant à Nazareth, ses concitoyens étonnés de sa science et de son pouvoir thaumaturgique, exprimaient leur surprise par ces paroles : « d’où lui viennent cette sagesse et ce pouvoir ? n'est-ce point le fils de l’ouvrier ? sa Mère ne s’ap-
pelle-t-elle pas Marie, et ses frères, Jacques, Joseph, Simon et Jude ? ses sœurs ne sont-elles pas parmi nous ? d’où lui viennent donc toutes ces choses ? »
Helvidius et Bonose, avant nos modernes rationalistes, se sont servis des frères de Jésus contre la perpétuelle virginité de Marie, ce qui fournit aux Pères l’occasion d’approfondir la question : tous nièrent résolument que les frères de Jésus soient fils de Marie. Contre cette idée, l’Eglise primitive s’est toujours élevée avec énergie et profond dédain.
Même les quelques Pères qui acceptèrent la phrase « frères de Jésus » au sens le plus étroit, furent cependant inflexibles sur le dogme de la virginité de Marie, inaltérablement conservée. Clément d’Alexandrie, Origène et surtout Epiphane, s’appuyant sur les évangiles apocryphes, pensèrent que les frères de Jésus étaient vraiment fils-de Joseph. Selon Epiphane, il aurait épousé Marie en secondes noces, étant déjà devenu octogénaire. Sa première épouse aurait été de la tribu de Juda, et lui aurait
donné six enfants : quatre fils (nommés plus haut),
et deux filles : Marie et Salomé. Etant devenu époux de Marie, son rôle eut été d’être le gardien et le protecteur de sa virginité. (Adv. Hæres, L. m, hær. 78).
Mais hàtons-nous de le dire, point n’est besoin de recourir à une semblable hypothèse, appelons la ainsi, pour résoudre la difficulté.
L'usage scripturaire soit de l’ancien soit du nouveau Testament, comme le fait remarquersaint Jérô-
me, nous autorise à attribuer à la parole frère, diverses significations : « spécialement, dit saint Jérôme, de quatre façons on peut être appelé frère dans la Sainte Ecriture : à cause de la naissance, à cause de la nation, à cause de la parenté et par amitié. — Jam nunc doceberis, qualuor modis in Scripluris divinis fratres dici : natura, gente, cognalione, affectu. » Il en est de fait ainsi. Sont appelés frères dans les saints Livres :
1° Ceux qui naissent des mêmes parents, comme Caïn et Abel (Genèse 1v, 2); Esaü et Jacob (Gen. xxvu, 6); les fils de Jacob (Gen. xxvur, 13); Moïse et Aaron (Exod. 1v, 14); les fils de David (m Reg. I, 9) ; les sept frères Machabées (n Machab. wu. 1); Pierre et André (Matth. 1v, 18); Jacques et Jean (Matth. 1v, 21) et beaucoup d’autres.
2° Ceux qui sont de la même race, de la même nation, de la même tribu. Nous en fournissent des exemples, l’Exode, au chap. ur, 11, etau c. xvi, 18; le Deuteronome c. xv, 2, c. xvi, 15 ; le Lévitique, c. x, 4; les Nombres c. vin, 26, etc. xvi, ro, et beaucoup d’autres passages.
3° L’usage donnaîit aussi le nom de /rères aux amis : Gen. xIx, 7; Job v, 15; ax Reg., chap. 1, 26 et chap. xx, 9 ; ur Reg. 1x, 13, etc. — Dans le Nouveau Testament, Jésus appelle frères ses apôtres. Matth. xxvur, 10 ; Jean xx, 17; et en général il nomme ses frères tous ceux qui écoutent sa parole et font la volonté du Père, Matth. xi, 5o ; Marc. in, 35. — Les apôtres donnent le nom de frères aux chrétiens :
Rom:1,15: Km Cor:1,103 Jacob. x arri Petr. 110% et c'est par cette appellation que les premiers chrétiens se reconnaissaient entr’eux, Matth. xv, 21 ;
Luc, vi, 42 s0Act.u1x, 17 ; 1 Cor. virt; Jacob. 1, 15.
4° Très fréquemment un tel nom est donné aux simples parents, c’est-à-dire, aux neveux et aux cousins, à quelque degré que se soit. La parole frère indique un neveu dans la Genèse au chap. XHI, 8, XIV, 16. Sont évidemment cousins les cent vingt frères d’Uriel, les deux cent vingt frères d’Asaias, les cent trente frères de Joël, et les cent douze frères d’Aminadab, 1 Paral. xv, 5-10.
Ces simples observations suffisent pour montrer combien peu fondée est la difficulté faite par les rationalistes, qui d'ailleurs ne font que répéter ce qui avait été déjà dit par les Antidicomarianites. Du moment que l’appellation frères de Jésus peut signifier autre chose que des frères au sens vrai et rigoureux, il est peu sérieux de ne vouloir admettre, per fas et nefas, que cette seule signification, afin de triompher de la vérité catholique. L’objection des rationalistes perd toute sa valeur, du fait seul que nous pouvons leur répondre : prenez garde que la parole /rères de Jésus n’a peut-être pas le sens que vous lui donnez. Elle pourrait signifier simplement cousins de Jésus. Alors la question ne se peut décider par la seule Ecriture, il faut s’en remettre au jugement de la tradition, laquelle est unanime en faveur de la perpétuelle virginité de Marie. Mème si
nous ne pouvions répondre autre chose, la thèse <atholique serait à l'abri.
Mais nous pouvons répondre bien autre chose.
L’Ecriture elle-même qui parle des frères de Jésus s'est chargée de préciser la signification de cette parole, et nous pouvons, l'Evangile en main, convaincre quiconque ne veut point fermer obstinément les yeux à la lumière, que les frères de Jésus ne sont que ses cousins ; peu importe d’ailleurs à
-quel degré. Qu'ils ne soient point les vrais frères de
Jésus, cela résulte avant tout comme nous l’avons dit plus haut, de l'attitude prise par Jésus, sur la
‘Croix, envers sa mère. Il la confie, non à ses frères,
mais à Jean, qui iui est présenté comme son fils, non comme un de ses fils, o vide.
Qu'ils ne soient que de simples cousins, cela résulte du fait que les Evangélistes nomment expressément la mère des frères de Jésus. De fait en saint Matthieu, parmi les personnes présentes au supplice du Sauveur, est nommée Marie, mère de Jacques et de Joseph. (c. xxvir, 56).
D'un autre frère de Jésus on nomme le père, toutà-fait différent de l’époux de Marie, Mère du Rédempteur. En effet les fils d’Alphée sont appelés frères de Jésus. En saint Marc, chap. xur, parmi les frères de Jésus, est nommé Judas, dont saint Luc, chap. vi, dit qu'il était frère de Jacques. Ce Jacques n’est pas le frère de Jean, fils de Zébédée. C’est l’autre Jacques, distingué de lui, en saint Marc au chap. xv, par l’appellation de Jacques le mineur, nommé
par saint Paul dans sa lettre aux Galates, chap. 1, 19 comme frère du Seigneur. Or ce Jacques est constamment donné par les Evangélistes comme fils d’Alphée.(Mt.x,3; Mo. in, 18; Lo. vi, 15; Act. x, 13).
Les cousins de Jésus sont done spécialement désignés pour les fils de Marie, femme de Cléophas, et pour les fils d'Alphée.
L'opinion identifiant Cléophas et Alphée a de nombreux et savants partisans. Mais ce serait un hors d'œuvre pour nous d'examiner en détail cette question. Quelle qu'en soit la conclusion, il reste toujours vrai, que les frères de Jésus n'étaient que ses cousins.
Les exégètes s'efforcent de déterminer le degré de cette parenté, et beaucoup pensent qu'ils étaient cousins germains du Sauveur. En réalité, Marie femme de Cléophas, mère des frères de Jésus, est dite dans l'Evangile sœur de la Mére du Sauveur. (Saint Jean xrx.) Les partisans de cette opinion pensent qu'il s'agit d’une sœur au sens rigoureux, et alors ils auraient raison de parler de cousins germains du Sauveur. Mais d’autres préfèrent admettre que Marie, femme de Cléophas, ne fut que la cousine ou la belle-sœur de la Vierge. Et dans ce cas la parenté entre Jésus et ceux qui sont appelés ses frères est plus éloignée.
Le pseudonyme Ilerzog connaît cette réponse de la théologie catholique, mais s'efforce de ne point se laisser impressionner par elle, et fait cette obser-
vation, mise par lui sur les lèvres des antiques
adversaires de la perpétuelle virginité de Marie, observation qui en réalité, traduit trop clairement son sentiment :
« Qu’étaient ces frères de Jésus ? Etaient-ils seulement des cousins et par conséquent des neveux de Marie ? On n’ignorait pas sans doute que la Bible donne parfois le nom de frères à des simples parents. Mais cette interprétation était-elle applicable aux textes dont nous venons de parler? Des simples neveux auraient-ils vécu habituellement dans la compagnie intime de Marie, et l’auraient-ils accompagnée dans la démarche qu’elle avait faite pour arrêter son divin fils? D'ailleurs des cousins auraient-ils reçu constamment et uniformément le titre de frères? » (La S. V. dans l’histoire, p. 18).
Cette observation voudrait être désinvolte, fine et ironique; en réalité elle est tout, sauf cela ; elle est sans vigueur et sans sérieux. Mettons à part la démarche de Marie pour arrêter son divin fils, laquelle, comme nous verrons, n'existe que dans l'imagination du courageux pseudonyme; s'étonner qu'entre des cousins germains, peut-être tante et neveux, il y ait beaucoup d'intimité et comme une sorte de communisme, c’est avouer ne rien connaître des habitudes simples, affectueuses, sincèrement cordiales, qui ont toujours caractérisé les personnes de la campagne ou de la montagne, surtout quand elles sont animées de foi vive et agissante. Il est également étrange de trouver. étrange, l'appellation de frères donnée constamment et uniformément à
des cousins, qui d’ailleurs avaient droit à ce nom, selon l’usage courant. Mais, comment dire? . S'ils étaient uniformément et constamment cousins, si Jésus commença tout enfant à les appeler du nom de frères ; si cette appellation ne fut jamais trouvée étrange et ne surprit personne, étant pleinement selon l’usage courant ; quels motifs pouvaient ensuite empêcher d’en user constamment et uniformément ?
Il est d’ailleurs inutile de se perdre en ces subtilités : lorsque l'Evangile nous parle, oui, des frères de Jésus, mais nous fait savoir aussi qu'ils étaient fils d’une autre mère, il n’y a plus de raison sérieuse pour douter qu'il s’agit là, non de vrais frères, mais de simples cousins.
V. Nous pourrions même accorder, ce qui en réalité ne fut pas, que la première génération chrétienne a ignoré la virginité de Marie, sans que cela compromit le dogme : jamais certainement elle ne le nia.
Il ne nous reste plus qu’à solutionner les difficultés faites contre la conception virginale. Le lecteur qui a suivi l’exposition des adversaires, sait qu’ils objectent deux choses : 1° l’idée de la conception virginale était inconnue à la première génération chrétienne, c’est-à-dire à saint Paul, à saint Marc, aux compilateurs et aux premiers lecteurs des généalogies de Jésus ; 2° elle apparaît seulement vers l’an 80 dans les évangiles de saint Matthieu et de saint Luc, mais
LES PRÉROGATIVES DE MARIE 421 A PAT PRE TR PS ES Er te avec des traces évidentes d’interpolation dans la généalogie, et des signes mal dissimulés d’altération de la pensée traditionnelle.
Examinons par ordre ces divers points, mais disons d’abord que nous ne sommes pas loin d’admettre que la conception virginale de Marie ait pu, pendant quelque temps, être ignorée par les premiers fidèles, et même par les personnages évangéliques. Il n’entrait pas dans les plans de la divine Providence, de la révéler tout de suite. Cela est si vrai, qu’un des motifs divins du mariage de Joseph et de la Vierge, fut de cacher au monde le mystère de l’Incarnation du Verbe, et par suite, celui de sa conception virginale. Ces très hautes vérités devaient être révélées, mais seulement à leur heure. Dieu, en cela, fait comme le prudent agriculteur, qui tient en réserve ses semences et ne les jette dans le sillon qu’à la saison propice. Jésus lui-même dans sa prédication ne révéla point ses mystérieuses origines. Il savait qu’on l’appelait fils de Joseph. Il ne protesta pas. Lui-même au contraire donnait à Joseph le titre de père : paler tuus et ego dolentes, etc. Il regardait cette vérité comme une de celles que ses auditeurs n’étaient pas encore préparés à recevoir : non poleslis porlare modo. Il en renvoya la révélation à un moment plus opportun, et peut-être même après la descente du Saint-Esprit.
Tout ceci démontre que si, de fait, la première génération chrétienne n’avait rien su de la conception virginale, nous ne devrions pas en être gran-
dement surpris ; à plus forte raison, nous ne devrions pas voir là un argument sérieux pour en nier la réalité. Il ne répugnait nullement à l’économie de la Providence divine, qui surveillait et favorisait d’un soin jaloux les progrès de l'Eglise primitive, de permettre que, pour un temps, restàt caché ce dogme, important à coup sûr, mais dont l’ignorance n’empéchait nullement de croire à la divinité et à l’œuvre surnaturelle de Jésus-Christ.
Et encore nous pourrions contester aux adversaires que la vérité sur l’origine du Sauveur soit restée dans l’ombre jusqu’à l’an 80, quand furent composés, selon eux, les Evangiles de saint Matthieu et de saint Luc. S'il est en effet une chose qu'ils n’arriveront jamais à démontrer péremptoirement, c'est précisément que la composition de ces évangiles doive se renvoyer aux vingt dernières années du premier siècle. L'on sait, pour peu qu'on ait fait des études bibliques, l'incertitude qui règne sur l'apparition des évangiles. Sur l’époque de leur composition, s’est élevée une nuée si épaisse, qu'on tenterait en vain d’en indiquer la date précise. Il est donc purement arbitraire de dire qu'ils entrèrent dans la littérature religieuse vers l’an 8o. Au contraire des arguments d'une solidité inébranlable nous convainquent, sans toutefois nous indiquer l’année précise, que tous les évangiles synoptiques furent écrits avant la ruine de Jérusalem, survenue l’an 70. Quoiqu'il en soit, tout cela, pour la présente controverse, n’a qu’une
importance très secondaire, La vérité des origines miraculeuses de Jésus s'appuie sur des bases bien plus solides, corroborées d'arguments bien plus inébranlables, que ceux qu’on pourrait déduire d’une vingtaine d'années, avant ou après, sur la composition des évangiles. Dans le cas présent, nous ne perdrions rien, la doctrine catholique ne serait nullement ébranlée, à admettre même qu'aucun parmi les chrétiens ne pensât jamais, avant l'année 80, à la Conception virginale de Marie, Mais ce qui est absolument insoutenable, c’est que les premiers chrétiens, que les premiers prédicateurs de l’évangile aient enseigné quelque chose de positivement contraire à la virginité de la Mère du Sauveur. Sur ce terrain, la position catholique est à l'abri de tout assaut et parfaitement inexpugnable.