VI. Saint Paul et la virginité de Marie
Commençons par saint Paul, Quand ils parlent de son attitude en cette question, nos adversaires le font avec prudence et modération. Ils n’osent point découvrir en lui un ennemi du dogme; ils disent simplement qu’il l’ignorait. Toutefois, sous la courtoisie de la forme et la réserve du langage, il n’est point difficile de découvrir la perfidie de l’idée. L'ignorance de saint Paul sur ce point, bien que n'ayant directement et par elle-même aucun pouvoir pour faire crouler le dogme, ne manquerait point toutefois de faire une certaine impression désastreuse.
Eh bien ! nous n’admettons point que saint Paul fut ignorant de cette vérité. À examiner ses écrits, son attitude christologique, ses rapports avec les autres hagiographes sacrés, à faire cet examen sans parti pris, l’àme simplement ouverte à la vérité, on se convainc sans effort que Paul a connu la virginité de Marie.
D'abord, l’argument par lequel nos adversaires prouvent leur opinion, n’a aucune force probante. Ils disent : saint Paul n’a démontré la divinité du Sauveur que par sa résurection. Il n’a pas utilisé comme preuve sa conception virginale. Il ignorait. donc cette conception.
Admettons la majeure; mais nous nions la conséquence qu'on en tire. Il y a, en effet, au point de. vue apologétique, une différence énorme entre la résurection et la conception virginale. Celle-ci était un fait intime réservé, par sa nature même, à la connaissance directe de la seule Vierge, échappant au contrôle de ceux qui veulent, par tous les. moyens, s'assurer des motifs de crédibilité. Au contraire, la résurection était chose publique, patente, constatée par une foule immense de témoins, desquels beaucoup, au temps de saint Paul, étaient encore vivants, dont tous étaient dignes de foi. L’argument de la résurection devait frapper même les esprits les plus rebelles à accepter la foi : il eut au contraire été d’une ingénuité très grande, de vouloir faire accepter Jésus-Christ comme Dieu, au nom de la conception virginale. Cette ingénuité
n'était point dans la méthode de saint Paul, qui connaissait très bien les règles de la polémique, et. savait donner à ses arguments une forme toujours habilement lumineuse. On comprend donc très bien que saint Paul ait pu, nous devrions dire, ait dù, omettre dans la démonstration de la divinité de Jésus, un argument, démonstratif à coup sûr pour un chrétien qui s'incline devant l’affirmation de la Vierge, mais de nulle valeur pour ceux qu'il s’agit de conduire à la foi. De là à affirmer que l’apôtre ignorait que Jésus-Christ fut entré dans le monde d’une façon extraordinaire, il y a un abîme. Que saint Paul connùt le mystère des origines de Jésus, on se le persuade facilement, en pensant aux relations qu’il eut avec l’évangéliste saint Luc. La critique la plus effrénée et la plus radicale ne pourra jamais détruire l’idée traditionnelle de l'intimité de Paul et de Luc, l’un maître, l’autre disciple. Elle ne pourra jamais démentir l’assertion de Tertullien, que Paul fut l'illuminaleur de Luc. Comment donc est-il possible que le maître ignoràt ce qui était connu par le disciple ? En admettant même que Luc n'ait eu connaissance de la conception virginale, que lorsqu'il écrivait son évangile, supposition d’ailleurs arbitraire, il faudrait toujours admettre que les informations de Luc étaient communes à saint Paul, car en plus d'un endroit de ses lettres, on trouve des indices très clairs qu'il connaissait. l’évangile de l'enfance. C’est là un point mis en lumière par le pasteur protestant Resch, avec beau-
coup de sagacité et d’érudition. Et bien que, selon l’observation du Père Rose, dominicain (1), les reminiscences pauliniennes ne soient niaussi nombreuses ni aussi caractéristiques que le prétend cet érudit diligent, cependant les points de contact signalés .entre les derniers chapitres de la lettre aux Ephésiens et la narration des faits sur les premières années de la vie du Sauveur, ont retenu l’attention des meilleurs critiques. Un passage où, selon toute vraisemblance, l’apòtre parle en connaissance de ce mystère, se trouve dans la lettre aux Galates 1v, 4, où il dit : Quand vint la plénitude du temps, Dieu envoya son fils, formé par une femme. Ces paroles de saint Paul s'adaptent parfaitement aux paroles de l’Ange à Marie, rapportées par saint Luc : le saint qui naîtra de toi, sera appelé Fils de Dieu (Luc 1, 35). Dans les deux endroits, l’idée est la méme : le Fils de Dieu, qui descend du Ciel, entre dans l’humananité en se choisissant une mère, mais sans avoir besoin de l’œuvre d’un père terrestre.
« Quelle est l'impression totale, nous demanderons-nous avec le P. Rose, que dégagera des Epîtres de saint Paul un lecteur sans préjugé et vraiment indépendant? L’apòtre n’a pas écrit une seule parole qui exclut la conception surnaturelle; s’il n’a pas exposé ce fait, s’il ne l’a pas développé, c’est parce qu'il ne rentrait pas dans ce qu’on peut appeler ses postulats théologiques. En supposant au contraire