‹ Marie dans le dogme catholique (volume 2)Chapitre 95 sur 154 · MARC MATTHIEU LUC · texte numérisé non relu

MARC MATTHIEU LUC

N'est-ce point le N'est-ce point le N'est-ce pas charpentier, filsde fils du charpen- 16 fils de Jotier ? Sa mère ne s'appelle-t-elle pas Marie et ses frères Chap. vi, 22.

Jacques, Joseph ?

etc.

Chap. vi, 3. Chap. xm, 55.

Marie, frère de Jacques, de Joseph, de Jude et

seph ?

de Simon ? etc.

Pendant que Matthieu et Luc font appeler Jésus le fils du charpentier, ou le fils de Joseph, Marc le fait appeler le fils de Marie. Pourquoi cette façon de parler ? Baur, le premier, reconnut que cela manifeste en saint Marc le dessein de ne nuire en rien à la croyance de la conception surnaturelle de Jésus. Matthieu et Luc peuvent, sans y ajouter aucun cor-. rectif, faire appeler Jésus fils de Joseph, fils de l'ou-. vrier, parce que dans le prologue de leur évangile, ils avaient indiqué de quelle espèce était l’origine de Jésus. Sur un lecteur de Matthieu et de Luc, les

paroles des Nazaréens, même prises dans leur crudité, ne pouvaient plus faire aucune impression pénible : ils savaient déjà que, prises au pied de la lettre, elles n'étaient point vraies, mais que cependant elles pouvaient s'expliquer sur les lèvres de ceux qui ne connaissaient point le profond mystère.

Pour Marc, au contraire, la chose se présentait sous un aspect bien différent. Comme on le sait, Marc n’a pas de prologue: il ne narre point les mystères de l'enfance du Sauveur, mais commence son évangile par la prédication de saint Jean- Baptiste. Par suite, il n'avait pas eu occasion de raconter la Conception miraculeuse de Jésus : il devait donc supposer que plus d’un de ses lecteurs l’ignorait, et qu’en eux pouvait naître un fort préjugé contre la révélation future de ce dogme, en entendant Jésus appelé par ses concitoyens, fils de Joseph. Alors Marc s'applique à empêcher un tel préjugé de s’accréditer, et pour cela il donne une petite inflexion aux paroles des Nazaréens, inflexion qui n’altère pas leur pensée, mais la met en harmonie avec la vérité (1). Au lieu de mettre sur les lèvres des concitoyens de Jésus les paroles : Celui-ci n'est-il pas le fils de Joseph ? il leur fait dire : n'est-ce pas le fils de Marie ? Ceci montre que l’évangéliste

1. Le lecteur au courant des questions bibliques, sait parfaitement que ces procédés d’adaption des paroles d’autrui, ne sont pour rien en contradiction avec l’inspiration divine des Livres Saints.

connaissait parfaitement le mode surnaturel de la Conception de Jésus.

A moins d’être affecté de préjugés inguérissables, on devra reconnaître le sérieux, la gravité de ces remarques, et être très réservé avant de concéder aux critiques rationalistes que Marc n’a rien su de la mystérieuse formation de l'humanité du Rédempteur.

Mais ce qui est capital pour notre but, c’est de montrer que Marc n’a rien dit de contraire au dogme catholique. Nous nous trouvons ainsi en face de l’argument que la critique, hostile à la virginité de Marie, croit pouvoir tirer du chapite ni de saint Marc. Il y est dit, selon nos adversaires, que Marie crut Jésus devenu fou ; ce qu’elle n’aurait pu penser de lui, si elle l’eut vraiment conçu surnaturellement.

Si les prémisses de ce raisonnement étaient solides, la conclusion serait un peu déconcertante pour nous : elle aurait une force, sinon invincible, du moins fatale au sentiment catholique. Nous disons : sinon invincible; car, à parlerrigoureusement, autre chose est la Conception virginale, autre chose la connaissance de Marie. S'il était vrai que Marie regarda Jésus, même pendant très peu de temps, comme insensé, il ne serait point tout-à-fait exact de conclure : donc Jésus n’a pas été conçu miraculeusement. Seule cette conclusion serait légitime : donc Marie ignorait que celui qu’elle avait conçu miraculeusement, fut plein de sagesse, Ce qui,

est-il besoin de le noter, heurte l'idée que nous avons de la Vierge Marie et ne peut s’accorder avec ce que la foi nous enseigne d’elle.

Mais qu'on ne se trouble point. Le Siège de la Sagesse n’est jamais tombé dans une erreur aussi grossière ; Marc n’a jamais essayé de jeter sur lui cette honte. La critique rationaliste, en imaginant de telles indélicatesses, nous devrions dire de telles sottises commises par Marie envers son divin fils, rêve, et ne fait point autre chose. Eile peut s’illusionner sur la beauté, sur la portée, sur l'efficacité de son rêve, mais qu’elle nous pardonne de venir la troubler : son rêve n’est qu’un rêve détestable.

Mais il sera bon, tout d’abord, de mettre sous les yeux du lecteur le passage entier, objet de la controverse. Saint Marc, chap. ni, aprèsavoir raconté les divers prodiges opérés par Jésus à Capharnaum, après avoir rappelé qu'une multitude venait vers Lui de la Galilée, de la Judée, de Jérusalem, de l’Idumée, et d’au-delà du Jourdain, des environs de Tyr et de Sidon, ajoute, au verset 2r : « Ce que ses parents ayant appris, ils vinrent pour se saisir de lui, car ils disaient : « Il est hors de sens. » Et les Scribes, qui étaient venus de Jérusalem, disaient : « Il est possédé de Béelzébub ; et c'est par le prince des démons qu’il chasse les démons. » Jésus les appela et leur dit en parabole : « Comment Satan peut-il chasser Satan ? » Puis l’évangéliste rapporte la longue réponse de Jésus, pour se défendre de l’accusation portée contre Lui d'agir

au nom de Satan, et continue ainsi au verset 31 : « Sa mère et ses frères étant venus, ils se tinrent dehors et l’envoyèrent appeler. Or le peuple était assis autour de lui, etlui dit: « Votre mère et vos frères sont là dehors, qui vous cherchent. » Il répondit : « Qui est ma mère, et qui sont mes frères ? » Puis, promenant ses regards sur ceux qui étaient assis autour de lui : « Voici, dit-il, ma mère et mes frères. Car quiconque fait la volonté de Dieu, celui-là est mon frère, et ma sœur, et ma mère. » Observons d’abord que ce passage est regardé par le critique Herzog, comme se rapportant à un seul évènement, ce qui est très discutable. Il croit que les personnes nommées au verset 31°, c’est-à-dire la mère et les frères de Jésus, sont les mêmes que ses parents nommés au verset 21°, qui laissèrent Nazareth, pour venirle trouver avec des intentions tout autres que bienveillantes. Mais on n’arrivera jamais à démontrer absolument que ce soit là la pensée de l’évangéliste. Rien, absolument rien, n'empêche de croire que le verset 31° parle d’un fait différent de celui du verset 21. Dans le passage cité, il y aurait alors trois scènes bien distinctes : quelques parents de Jésus le croient fou, et viennent pour s'émparer de Lui; l'évangéliste toutefois ne nous dirait point comment la tentative a échoué : c’est la scène première. La seconde consiste dans la calomnie lancée par les Pharisiens contre Jésus, et la défense qu’Il fait de lui-même. Enfin Marie vient pour chercher Jésus, elle vient avec d’autres parents de Lui, dis-

tincts de ceux de la première scène, lesquels jugeaient si misérablement leur parent divin. Et qu’on ne dise point que par les paroles : celui qui fait la volonté de Dieu est mon frère, etc., Jésus a renié toute sa famille qui le jugeait si mal. Non, ces paroles ne signifient en rien un reniement de ‘sa parenté. En parlant ainsi, Jésus voulait simplement indiquer qu’au-dessus des liens du sang, Il mettait d’autres liens : ceux d'un commun amour envers Dieu. Et Marie précisément possédait ces liens, au plus haut degré. Les paroles dites ici par Jésus font écho à la réponse qu’Il donna à la femme enthousiaste de Lui, qui s’écriait : « Bienheureux le sein qui l'a porté et les mamelles qui l’ont nourri. » Alors Jésus lui dit: Bienheureux, au contraire, ceux qui écoulent et pratiquent la parole de Dieu. Nous avons eu occasion déjà de montrer que par là Jésus ne méprisait, n’offensait en rien sa Mère.

Toutefois afin qu'on ne pense point que, pour repousser les assauts des adversaires, nous ne pouvons nous appuyer que sur de simples probabilités, nous acceptons la pire hypothèse. Admettons donc que Marie soit venue de Nazareth, avec les parents de Jésus qui lui étaient défavorables. Elle fut leur compagne de voyage, mais la logique ne nous permet pas de conclure qu'elle fut aussi leur compagne dans leur jugement précipité et sans fondement. L’évangéliste ne dit point que Marie ait pensé de Jésus qu'il était fou, vouloir lui attribuer un tel jugement, parce que l’évangéliste dit qu'il était

celui de ses parents, est un procédé très misérable, au point de vue logique et critique. L’évangéliste pouvait dire en général que les parents de Jésus le croyaient hors de sens, même si ce n’était là que l’opinion de quelques-uns d’entr’eux. Toutau moins, cette manière de parler est dans le style de saint Marc. Au chap. xiv, après avoir raconté l’acte de courtoisie et de dévouement accompli par Marie- Madeleine, répandant un parfum précieux sur la tête de Jésus, il ajoute : « Plusieurs témoignaient leur mécontentement et disaient : pourquoi perdre ainsi ce parfum ? On aurait pu le vendre plus de trois cents deniers et les donner aux pauvres. Et ils se fâchaient contre elle. » Et pourtant nous savons qu'il n’y en eut qu’un à s’irriter, à critiquer, à se fâcher, à s’attendrir inopportunément sur les pauvres : ce fut Judas, ce Judas qui, quelques jours après, devait accomplir l’infàme trahison. Evidemment Marc aime cette figure de réthorique qui s’appelle syllaxe, et qui porte à généraliser ce qui n’est que de quelques-uns.

Et ainsi, dans notre cas, Marc dit que les parents de Jésus le croyaient hors de sens, pour indiquer ‘que quelques-uns d’entr’eux seulement avaient cette idée fausse. Que quelques-uns des cousins de Jésus se laissassent aller à un jugement aussi irrévérencieux, personne ne doit s’en étonner. Jusqu'alors ils l’avaient regardé et traité comme un des leurs ; ils savaient qu'il n'avait aucune culture humaine acquise dans les écoles, non fréquentées par Lui ;

or, tout d’un coup, ils entendent dire que par sa prédication, Il remue toute la Palestine, et attire des auditeurs même de Jérusalem. Ce fut un problème surprenant pour leur foi, à coup sùr peu forte : ils ne surent trouver d’autre solution, que de penser que Jésus n’était plus maître de ses facultés mentales. Cette conclusion devait leur être pénible et en partie par pitié pour leur cousin, en partie pour sauver l'honneur de leur famille, ils cherchèrent à s'emparer de Lui, et à le faire se désister d’une entreprise qui, si elle lui procurait des admirateurs et des disciples, excitait contre lui des haines, des disputes, des calomnies sans fin. Peut-être que ces parents de Jésus, qui le jugeaient défavorablement, étaient ceux dont parle saint Jean au chap. vu de son évangile, quand il dit : « Pas méme ses frères ne croyaient en Lui. » (verset 5).

Mais que ce fut là l’opinion de Marie, il faut absolument le nier. Nous ne pourrions l’admettre qu’en un seul cas, si l’évangile nous le disait expressément, ce qui n’est pas. On doit le nier, parce que d’abord aucune mère un peu sensée ne réclamerait publiquement contre son fils malheureux ; encore moins Marie le pouvait-élle faire, elle qui depuis longtemps, connaissait l'intention de Jésus de précher le royaume des cieux, elle qui avait déjà entrevu un rayon de cette prédication, lorsque Jésus, à douze ans, s’entretenait au temple avec les docteurs. La manifestation de l'intelligence et du pouvoir de Jésus, pouvait sembler étrange et

impressionnante, mais non pas à Marie, qui avait déjà vu et même provoqué le miracle des noces de Cana.

Du moment qu'elle n'avait aucun doute sur la droiture de l’action de Jésus, pourquoi s’unir à ceux qui lui étaient hostiles ? pourquoi s’unir à eux dans des projets qui, en tout cas, devaient déplaire souverainement à Jésus ?

La chose admet plusieurs explications : nous les indiquons au lecteur, en lui laissant le soin de choisir celle qui lui plaît le mieux.

On pourrait supposer d’abord que Marie ignoràt ces infàmes projets ; elle ne reçut point de Dieu le don de scruter sans cesse les intimes pensées des autres. On pourrait aussi supposer que ses cousins l’ont prise avec eux, sous prétexte de faire une visite de courtoisie à Jésus, de prendre intérêt à son œuvre, alors qu'ils nourrissaient au fond du cœur la pensée secrète de se servir de Marie, pour approcher plus facilement Jésus, et par là s'emparer plus sûrement de Lui.

On peut croire aussi que Marie connut les menées adverses de ses parents contre son fils, et qu'elle est allée avec eux, poussée par cet irrésistible instinct, qui entraîne toutes les mères au secours de leur fils, quand elles le savent sous le coup de quelque péril. Marie serait alors allée vers Jésus, animée des mêmes sentiments qui, plus tard, devaient la faire monter au calvaire, et lui donner la force d'assister au sacrifice sanglant de son Fils unique.

Le texte de saint Marc permet toutes ces hypothèses, il n’en exclut qu’une, à savoir : que Marie ait eu pour Jésus des sentiments injurieux et offensants.

Et si Jésus n'admit point tout de suite en audience Marie, ce fut, répétons-le, pour montrer quel zèle il avait pour son ministère. En ce moment la sensibilité naturelle et la bienveillance de Marie se trouvaient en opposition avec les desseins de son Fils, comme plus tard au jardin des Olives, la sensibilité naturelle de Jésus devait se trouver en opposition avec la volonté du Père éternel.

Mais sa sainteté, sa virginité sortent parfaitement indemnes de cet incident. C’est ce que nous avions hâte de mettre en lumière.

VIII. Les généalogies relatées par saint Matthieu et par saint Luc, ne créent aucun embarras pour le dogme de la virginité de Marie.

Nous voici maintenant aux généalogies qui sont, selon Herzog, le second grand écueil où se brise le dogme de la Conception virginale.

Vraiment, ce monsieur nous fait l'impression de voir des écueils un peu partout, même sur les routes planes qui s’en vont à perte de vue. C’est sans doute parce que, imaginant être un fils de la Suisse (1), il a dû habituer son regard à la vision des écueils.

Mais parlons sérieux : si notre foi à la conception

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