‹ Marie dans le dogme catholique (volume 2)Chapitre 96 sur 154 · ll date ses écrits de Lausanne · texte numérisé non relu

ll date ses écrits de Lausanne

mystérieuse du Sauveur, n’a rien à redouter, c’est surtout des généalogies de Jésus. Que Herzog suppose les deux évangélistes aussi ingénus qu'il lui plaît (pas trop cependant, pour ne point paraître lui-même ingénu), il n’arrivera pas cependant à les faire croire assez simples, pour ne point comprendre qu'ils se seraient contredits puérilement, en rappelant les généalogies, si elles heurtaient ainsi l’idée de la conception virginale. Nous avons déjà démontré que c'est précisément dans leur évangile, qu’il est parlé avec tant d’insistance et d’évidence de la virginité de Marie.

Le critique rationaliste répond à cette observation : les évangélistes se sont aperçus de la difficulté qui provenait des listes généalogiques du Sauveur ; c’est pourquoi ils les ont retouchées d’une main peu habile toutefois, et par suite, la difficulté reste entière.

Nous avons ici deux questions bien distinctes qu’on pourrait formuler ainsi : 1° Est-il vrai que Matthieu et Luc ont retouché et arrangé, avec des intentions rédactionnelles, les listes généalogiques du Sauveur ? 2° étant donnée cette hypothèse, doiton regarder comme indignes de foi les évangiles où se trouvent ces retouches, quand ils parlent de la conception de Jésus ?

A la première question, nous n’aurions aucune difficulté de répondre par une concession, avec les meilleures critiques catholiques. Il est certain que ces listes généalogiques ne furent point composées

par les apôtres, mais furent par eux trouvées en circulation parmiles premiers chrétiens, et recueillies dans la compilation du texte sacré. IL est en effet hors de doute, que chez les Hébreux, chaque famille conservait jalousement ses propres listes généalogiques, qui devaient être reconnues par l’autorité publique, pour faire foi en jugement. En général, tous les peuples sémites ont toujours donné et donnent encore une très grande importance aux documents relatifs à leur descendance. Les Hébreux avaient en outre un intérêt particulier à le faire, car de ces titres dépendaient beaucoup de leurs droits et privilèges. Ainsi personne ne pouvait, pendant l’année du jubilé, entrer en possession de biens appartenant autrefois à sa propre famille, sinon par la présentation et la reconnaissance de ses titres généalogiques. On comprend alors que chaque famille eut grand soin de tenir en règle les titres provenant de leur propre descendance. Pour-

quoi donc la sainte Famille de Nazareth, n’aurait-elle

pas dû avoir les siens? d’ailleurs, il ressort de l’évangile qu’elle fut inscrite sur les rôles publics de la population à Bèthléem, ce qui n'aurait pu avoir lieu, si la descendance de Joseph n'eut été publiquement connue. Matthieu et Luc donc, au moins tout nous pousse à parler ainsi, trouvèrent toutes faites les généalogies qu'ils rapportent. Peu importe leur différence, il sort des limites de notre dessein de rappeler les divers systèmes de conciliation : le lecteur instruit les connait.

Ceci étant admis, il est à supposer que sur ces listes généalogiques, Joseph figurait comme père de Jésus, précisément parce que Joseph avait été choisi par la Providence, pour voiler le mystère de ses origines. Et ainsi il est clair que les évangélistes, en les introduisant dans leurs écrits, ont dû les retoucher, c’est-à-dire ont dû faire connaître que Joseph, vis-à-vis de Jésus, n’était simplement que père légal, c’est-à-dire était considéré comme père, dans les droits de succession qu'il transmettait à Jésus.

Matthieu et Luc ont toutefois modifié les titres généalogiques du Sauveur, mais sans, pour cela, devenir faussaires. Qui osera donc appeler faussaire, celui qui corrige un document dans ses erreurs manifestes ? La logique et le bon sens nous persuadent au contraire que celui-là ne mériterait point d’être cru, qui composant une histoire, ne se donnerait pas la peine d’en choisir les documents et de séparer le vrai du faux.

Et bien que nous avertissant que Joseph n'était pas le vrai père de Jésus, les évangélistes n’ont pas rendu inutile l'introduction de ces documents de famille dans leurs écrits ; car ces généalogies tendent précisément à nous montrer que Jésus appartenait à la famille de David. Orce butilsl’atteignent, car il reste toujours que Jésus est légalement et juridiquement descendant de David, ce qui suffit à la réalisation des promesses faites au Roi psalmiste, sur le Rédempteur. Cela suffit, dis-je: mais par d’au-

tres passages des évangiles, on peut facilement démontrer que Jésus descendait réellement de David, à cause de Marie, laquelle, aussi bien que Joseph, était de descendance davidique, comme nous le verrons ailleurs.

Et ainsi, Matthieu et Luc par leurs retouches rédactionnelles sur les généalogies du Sauveur, n’ont pas fait une œuvre puérile el ingénue, comme l’affirme, avec trop d’ingénuité puérile, Herzog, mais ils ont simplement éclairé la chrétienté sur un point resté, pour les raisons que nous avons vues, caché aux premiers disciples du Sauveur. C’est à coup sûr de Marie que dut venir la révélation des origines mystérieuses du Sauveur, et nous ne trouvons point extraordinaire, qu'ennemie de tout ce qui pouvait l’exalter devant le monde, elle ait attendu, pour révéler cette vérité, presque la fin de sa vie.

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