CHAPITRE III
Marie la Vierge des Vierges
SOMMAIRE
I. La vraie gloire de la virginité est dans le ferme propos de la garder. — Ii. L’amour de Marie pour la virginité apparaît dans son colloque avec l’archange Gabriel: de ce colloque résulte encore que Marie avait fait vœu de rester toujours vierge. — III. Quand fit-elle ce vœu ? — IV. Il fut, dès le début, absolu et non conditionnel. — V. Toutefois, pour de très graves raisons, Marie devait étre fiancée : entre elle et Joseph, il y eut un vrai mariage. — VI. Comment se concilient le vœu de virginité et le mariage contracté par elle ? — nœud de la difficulté — solution à écarter — hypothèse jugée la vraie. — VII. L'union conjugale de Marie fait ressortir davantage le triomphe de sa pureté. — VIII. Pendant que Marie, par son vœu, renonçait autant qu’il dépendait d’elle, à toute idée de mariage, elle se préparait en réalité, et sans le savoir, à devenir la digne mère du Sauveur. — C'était de toute convenance que Dieu naquit d’une Vierge. — L’auréole des Vierges, une des meilleures gloires de Marie.
I. La vraie gloire de la virginité est dans le ferme propos de la garder
Nous avons constaté, à la lumière de la révéla-
tion, l’intégrité virginale de Marie; elle la conserva
toute sa vie, et porta au ciel sa chair intacte, telle
qu’elle l’avait reçue en naissant. La fécondité chez
elle ne porta aucun détriment à la virginité. Marie
Vierge avant de concevoir le Verbe, resta Vierge quand elle le conçut, quand elle le mit au monde ; elle resta toujours Vierge. Ce fut un miracle inouî, qui mit en lumière extraordinaire la toute-puissance divine ; mais ce n'est point là précisément que réside la vraie gloire de Marie, la Vierge par excellence. La seule intégrité corporelle, disait Bossuet, n’est qu'une virginité de vestale. Et saint Augustin écrivit autrefois cette sentence demeurée célèbre : la virginité, considérée dans sa seule matérialité, n'est pas grand chose: Nec nos hoc in virginibus prœædicamus quod virgines sunt. Le grand docteur trouve de quoi vanter le bonheur d’une femme mariée, audessus de celui d’une vierge non mariée, mais qui désire l'être: « Felicior mihi videtur nupta mulier, quam virgo nuplura..... preserlim si nondum vel sponsa cujusdam sit. » (1).
La virginité qui élève la créature, qui l’environne d'un charme indescriptible, est bien plus dans l’âme que dans le corps. Ainsi l’enseigne saint Thomas, qui écrit: Pudicilia est essenlialiler in anima, malerialiler aulem in carne, el simililer virginitas (2).
Aussi saint Augustin peut-il la définir très justement : le dessein de conserver sans corruption une chair corruptible : Virginilas esl, in carne corruptibili, incorruplionis perpelua medilalio. Le mérite, la valeur de la virginité consistent en ce qu’elle déta-