Op. cit,, lez 11, p
Marie donc, parlant à l'Ange, fait preuve à la fois d’une rare prudence et d’une profonde humilité, unies à un amour incomparable pour la virginité. Mais il importe ici de mettre le lecteur en garde contre une exagération dont ne sont pas exempts quelques passages de Bossuet, que nous avons rapportés ailleurs, exagéralion que Serry appelle imprudente et inconsidérée et contre laquelle protestent, en général, les meilleurs théologiens. Elle consiste à dire que Marie avait été mise en demeure d’avoir à choisir entre la virginité et la maternité que Dieu lui demandait. Elle aurait pour conserver la virginité, préféré refuser cette maternité divine. La chose n’est pas exacte parce que la virginité, si elle est opposée à la volonté de Dieu, n’est plus une vertu, et bien que consacrée par un vœu, ce vœu cesse alors que Dieu manifeste des désirs contraires. Nous dirons avec plus d’exactitude que l'amour de Marie pour la virginité fut si grand que pas même l’idée de maternité divine ne pouvait dissiper en elle l’amertume de la perdre. La volonté de Dieu, une fois connue, elle n’aurait pas manqué de l’accomplir, mais en même temps, la virginité perdue aurait laissé dans son âme un regret ineffaçable. Saint Bernard a. cru avoir interprété les sentiments de Marie, quand dans le Sermon 4 Super Missus, il lui attribue ces paroles : Si oporlueril me Jrangere volum (pour obéir à Dieu) ut pariam talem Jilium. gaudeo de filio, et doleo de proposilo.
On doit regarder également comme non fondée -
et à rejeter, bien que se réclamant de l'autorité de quelques Pères, entre autres de saint Augustin et de saint Proclus, cette opinion : que les paroles de Marie : « Comment cela se fera-t-il, je ne connais pas d'homme ? » exprimaient un acte d’incrédulité semblable à celui dont Zacharie fut coupable envers le même Ange Gabriel qui l’en punit en le rendant muet. Il y a, en réalité, une différence énorme entre la réponse de Zacharie et celle de Marie. Zacharie avait dit : « A quoi reconnaitrai-je que cela sera ? car je suis vieux et ma femme est avancée en âge ? (1) ». L’on comprend tout de suite qu'ici Zacharie ne se borne pas à exposer ses difficultés et à demander comment elles seront résolues, il veut avec une pétulante ardeur la preuve de ce que lui annonce l’Ange : « À quoi reconnaîtrai-je que cela sera ? », Ce langage trahit trop clairement son intention peu modeste de vouloir s’ériger en juge de ce que lui dit l’Ange. Les paroles de Marie sont, au contraire, celles d’une personne qui croit, mais qui demande avec simplicité à être instruite. A ce sujet saint Ambroise dit très finement :
« Temperantior est Maria responsio, quam verba sacerdolis : hac ait : QUOMODO FIET ISTUD ? Ile respondit : UNDE HOG SCIAM ? Negat ille se credere, qui negal se scire : isla se facere profitelur nec dubi-