IV. Le Magniacae est de Manie et non d' Elisabeth
Le Magnifical !... Nous ne savons pas quel aveu-
gle sentiment de haïne anime! la critique rationaliste contre Marie; mais il est de fait ét on ne peut le constater sans une profonde tristesse qu 116
essayé d'enlever à Marie l'honneur dé ce Suoi
Selon cette critique, le Magnifical n’a pas été charité
par Marie, il n’est que la continuation du o d’Elisabeth, et pour défendre cette thèse, la critique a dû appeler à son aide toutes les ressources de son érudition. Elle a examiné tous les anciens codex et a'
exulté comme devant la plus grande dés découver- ! tes, quand elle a trouvé trois codex occidentaux où ! le Magnifical est; en effet, ‘attribué à la mère de! Jean: Baptiste. ‘Dans 'ces trois codex, Vercellensis, ' Veronensis, Rhodigerianùs, on trouve précisément la variante « el ait Elisabeth : Magnificat, ete... » Même dans lé Manuscrit Valicanus du De psalmodiæ bono"
de, Nicéta,, dans.une énumération des Cantiques; liturgiques, il est. mentionné cum Elisabeth Domi-. num. anima nostra magnificat., Voilà, tout l'arsenal. dont la critique indépendante dispose. |
Mais, ce n'est pas avec de telles armes que don gagne de semblables, batailles !; Que sont. trois codex, et un quatrième. équivoque, , contre. le très. grand nombre des autres, manuscrits latins, contre. l'unanimité des orientaux qui concordent et disent ;. «el ail Maria: Magnificat, . etc è», Quel est, celui qui voulant respecter les règles les. plus élémentaires du bon sens, rejettera pour trois codex l'autorité de tous lès autres qui sont légion?
Mais puisque les rationalistes aiment tant. et même exclusivement, .quand,.ils le trouvent commode —. les arguments de critique intrinsèque, il suffit d’exa+ miner le, contenu. du Magnificat, pour comprendre : qu'il n'est pas d'Elisabeth. Les idées exprimées dans. ce,cantique, prises dans leurensemble, sonnent trop mal sur les lèvres, de celle qui a salué Marie dans les. termes que nous savons. Après qu'elle eut dit : « Et. d'où me vient ce bonheur que la mère.de mon, Dieu vienne à moi ? » elle ne, peut plus;ajouter sans. incohérence.: «le, Tout:Puissant a fait, en moi de. grandes choses, et toutes les générations ,m’appel-; leront bienheureuse ». Ce: cantique. se comprend très bien. prononcé, par, la Mère. de Dieu, mais autant: il paraît naturel chez elle, autant il serait déplacé. dans, la bouche d’Elisabeth, où il détonnerait misé-. rablement ! Elle qui, tout d’abord, était hors d’elle-
même par son enthouiasme devant la supériorité reconnue de,: Marie et, de son Fils, aurait ensuite’ fini par se complaire, en égoïste, dans la contem=: plation de sa. propre grandeur, comme si.elle était la grandeur idéale, au-dessus de toutes les autres, . comme si, elle, et ,non.pas uneautre, était.la créature , privilégiée. destinée è à donner le Sauveur,au Monde! + Non: la critique rationaliste ne se, fait vraiment:pas,. honneur dans ce cas ! it ai n | Loisy a été le premier à.nier Sr le. rod soit de Marie. Il insinua ce doute en 1893, dans: ses com: menlaires. sur les Synoptiques, mais sans que per-… sonne relevàt ses doutes, ainsi qu'il le constate lui. même.En 1897, il reprit.cette argumentation et la traita avec plus. de développement dans la Revue d’Histoire et de Lillérature religieuse. sous le pseudo-. nyme, de Jacobi, La.thèse de Loisy fut acceptée par Harnack .en 1900 qui ;la soutint dans une mono... graphie intitulée : Das Magnificat der, Elisabeth (Luc, . chap. 1, 16-55), nebsl cinigen ,Bemerkungen zu Luc1 und,.2. Or, qu’ont-ils pu opposer, à l’argument qui; démontre, combien le Magnificat.détonnerait dans la: , bouche d’Elisabeth ? Ils n'ont su opposer, pour, em-.. ployer une expression du: P. Lagrange, que « des.; broutilles:de raison ». (Rev. Bibl,. 1901 oct.). Le lec-.. teur ne sera pas fâché de les entendre afin de mieux se, persuader de leur sérieux. | Voici.leur raisonnement; x L’ eee dit d’ Eli- n sabeth qu’elle .« fut remplie, du, Saint-Espril, ». Or cette plénitude. sans: le Magnificat.elle, ne, l’eut pas
manifestée par sés autres paroles; tandis que de Marie il ne dit pas qu’elle fut remplie du Saint- Esprit, donc on ne peut lui attribuer le Magnificat. Nous répondons: la claire connaissance qu’eut Elisabeth du mystère de l’Incarnation, sans en avoir été instruite auparavant par personne, prouve de façon évidente, qu'elle avait recu la grâce de l’Esprit-Saint en abondance. Mais pour Marie, point n’était nécessaire de dire qu’elle avait reçu la plénitude du Saint-Esprit, après le salut de l’Ange et d’Elisabeth, surtout après son consentement à l’Incarnation qui avait attiré le Fils de Dieu dans son sein.
En 2° lieu: « Le texte grec porte dans le verset 46 zare, et elle dit. Si le sujet qui parlait avait été changé, si ce n’était plus Elisabeth qui continuait de manifester ses impressions intimes, on devrait avoir eirev ds Maptau, ainsi qu'il est écrit dans le verset 38: dixit autem Maria.» — Nous répondons : « l'Evangéliste aurait pu dire ex: à, nous le concédons; mais qu'il ait du dire ainsi, c'est une supposition gratuite, démentie par de nombreux exemples pris dans le même saint Luc, et précisément dans ce même chapitre 1%. » Loisy lui-même n'ose proposer cet argument, tant il le trouve futile. Harnarck lui s'y appuie avec confiance.
Une 3° objection est tirée de la conclusion de tout le récit. L’Evangéliste termine ainsi le verset 56 : « Mansit autem Maria cum illa quasi mensibus tribus.
Marie ensuite demeura avec elle ». Il est dit avec
elle non avec Elisabeth, ce qui semble faire supposer que celle-ci a parlé la dernière, après quoi Marie demeura avec elle pour trois mois. « La conclusion, dit Loisy, où Marie est rappelée direclement à la pensée du lecteur, tandis qu’Elisabeth lui est toujours sensée présente, ferail volontiers supposer que la personne qui vient de parler n’est pas Marie, mais Elisabeth (1. c.).»
Nous répondons: Marie il ne faut pas l'oublier est le protagoniste de tout ce récit. Le récit a comme trois parties accomplies par Marie:
a) Son arrivée chez Elisabeth ;
b) Son cantique du Magnificat ;
c) Son séjour.
Et l’Evangile a soin de mettre en tête de chacune d’elles le nom de Marie « Exurgens Maria — el ail Maria — mansil autem Maria. » Cela prouve la très - grande place qu'elle occupe dans tout ce récit. Il ne dit pas ensuite : « avec Elisabeth » mais « avec elle », parce qu’il suffit de lire le texte pour comprendre tout de suite que cet «elle » se rapporte à Elisabeth, bien qu’elle n’ait pas été la dernière à parler.
Une 4° objection : le Magnificat est trop long pour convenir à Marie décrite par l’Evangile comme taciturne. Nous répondons: si, lisant l’Evangile l’on a l’impression que Marie fut mesurée, parcimonieuse dans ses paroles, ainsi que le fait remarquer saint Ambroise, c’est quand elle avait à parler avec les hommes. Or, il est d'observation courante que moins on parle aux créatures, plus facilement et plus abondamment on converse avec Dieu.
MARIE —T, Ille è 7
On dit encore que dans le Magnifical on retrouve des passages du Cantique d'Anne remerciant Dieu de l'avoir délivrée de l’opprobe de la stérilité, ce qui convient non à Marie, mais à Elisabeth. — Nous répondons : quelques passages peuvent être attri-. bués à la vérité à Elisabeth, nous le concédons ; mais l’ensemble du cantique ne peut convenir qu’à Marie seule. Enfin l'on a tenté de comparer le Magni- Jicat et le Benedictus pour en conclure que si Zacharie plus tard entonne ce cantique, Elisabeth avait déjà fait entendre le Magnificat. Mais la conclusion spontanée de cette comparaison, est toute opposée. Le Benediclus ne dit de Jean-Baptiste aucune de ces choses sublimes qui éclatent dans le Magnificat.
En somme et quoiqu’on fasse, il reste toujours manifeste que le Magnifical sur les lèvres d’Elisabeth serait un hors-d'œuvre, et sonnerait tout à fait faux.
V. Ce cantique nous révéle dans la Vierge une connaissance profonde de la sainte écriture,un sens poétique exquis, une lumière prophétique intense, et surtout un très ardent amour de Dieu joint à une ineffable humilité.
Le caractère de Marie n'apparaît aussi bien dans aucune page de l'Evangile comme dans le Magnifical. Cette hymne qui résonne sur ses lèvres bénies et qui devait être un des cantiques préférés de la chrétienté, jette un rayon de très vive lumière sur l'intelligence de Marie, surtout sur les inclinations et les sentiments de son cœur, Toute l'âme de la
Vierge se fait voir radieuse de lumière, dans ces. versets sublimes du Magnificat.
Ce cantique prouve son expérience consommée de l’Ecriture en même temps qu'un goût poétique exquis.
Harnack s'est chargé de faire un rapprochement entre le Magnificat et les autres parties de l’Ancien Testament. Ces rapprochements du « Magnificat » avec les livres inspirés de l’ancienne loi peuvent se résumer dans le tableau suivant dont le lecteur pourra vérifier la justesse.
Le verset : Correspond à :
46 et 47 deS'Luc) retsdu MagnificatiI. Reg. 11. 1.