ANT VOTE
A ce tableau, nous n’avons rien à opposer, il démontre avec combien de raison saint Ambroise, dans le passage déjà cité, affirmait que la lecture des livres saints était familière à Marie. C’est d’eux qu'elle apprit son style en même temps qu’elle en faisait l’aliment de la foi et la nourriture de sa piété. i
Marie dut prononcer le Magnificat en Araméen.
Malheureusement le texte primitif n’est point venu jusqu’à nous, nous ne le connaissons qu'à travers la traduction de saint Luc ; mais il est très probable que Marie comme tous les prophètes a usé d’un langage rythmé ; le Magnificat devait être au sens propre et vrai, une improvisation poétique, et quoi qu'il en soit de sa forme primitive, le Magnificat est une composition littéraire à travers laquelle passe puissant le souffle de la poésie la plus élevée. Il n’y a là, du reste, rien d'étonnant, il est, au contraire très naturel, que la descendante de David, l’un des plus grands poètes connus dans l’histoire, ait eu comme son ancêtre, l’âme toute pénétrée des plus délicates harmonies poétiques.
Le Magnificat, outre le sens poétique, témoigne encore des intuitions prophétiques de la Vierge. Debout sur le seuil de la maison d’Elisabeth, elle plonge son regard dans l’avenir, elle scrute tous les siècles, elle voit son rôle dans la future histoire de l'humanité, et prophétise d'elle-même : « Toutes les générations m’appelleront bienheureuse ». Cette phrase dans la bouche d’une pauvre et obscure jeune fille, humainement parlant, ou n'aurait pas eu de sens, ou aurait dù se prendre comme le signe d’une pitoyable folie. Mais Marie, en ce moment-là, ne parlait pas humainement, elle ne jugeait pas les choses à la pâle lueur d’une lumière créée ; non ! Son ame était alors inondée d’une lumière divine. Aux rayons de cette lumière, elle avait l’intuition claire des manières d’agir de Dieu avec les créatu-
res. Elle comprenait qu'il se complaît à abaisser les superbes, à humilier en les affamant les cœurs avides de possessions terrestres, tandis qu'il rassasie les affamés de justice et qu’il exalte les humbles. Elle voyait aussi que l’application en elle de de ces divins procédés devait lui donner dans le monde une gloire sans égale. La prédiction s’est vérifiée à la lettre puisque :
Quel pays sauvage, au-delà des mers
Où l’on cueille des fleurs aux noms barbares
Qui ne connaisse de ses doux autels
Le seuil béni ? (Manzoni).
Mais Marie n’aurait pu exactement prédire ainsi sa propre gloire, sans prédire en même temps les éternels triomphes du Fils qu’elle attendait. Marie dans le Magnificat a prédit en résumé la destinée de l'Eglise contre laquelle les portes de l'enfer jamais ne pourront prévaloir.
Le Magnificat prouve surtout d’une manière sublime, ineffable et ardente, la charité qui animait le cœur de Marie, et que nous avons entrevue déjà à travers sa brève réponse à l’Ange : « Voici la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon votre parole. » Il est l'expression ineffable de la plus vive gratitude que jamais créature ait ressentie pour son Créateur. Pour nous en convaincre, il suffit de rappeler qu'il fut une réponse au salut d’Elisabeth et en outre de remarquer la manière dont cette réponse fut faite. Voici : Elisabeth, avait en une description rapide, mais complète, évoqué toutes les gloires de Marie :